SENEGAL / ENTRETIEN AVEC LE MINISTRE DE L'INTERIEUR OUSMANE N'GOM
Mercredi 31 Janvier 2007
Me Ousmane Ngom, ministre de l'Intérieur :
Le ministre de l'Intérieur a une autre appréciation des incidents survenus vendredi dernier au cours la marche organisée par l'opposition et qui a été réprimée par les forces de l'ordre. Pour Me Ousmane Ngom, les organisateurs ont défié l'Etat et les forces de l'ordre ont réagi dans les règles de l'art. Mieux, le ministre de l'Intérieur estime que cette marche n'était qu'une campagne déguisée à quelques jours de la campagne électorale.
Wal Fadjri : L'opposition réunie autour du front ‘Aar Sénégal’ a organisé ce vendredi une marche interdite et qui a été sévèrement réprimée avec l'arrestation de quelques leaders. Quelle appréciation en faites-vous ?
Me Ousmane Ngom : Je pense qu'il faut remettre les choses à leur juste place. Ce qui s'est passé ce vendredi ne peut pas être considéré comme une répression féroce d'une marche. Il s'est agi d'une dispersion d'un rassemblement interdit parce que la marche dont vous parlez n'avait pas été autorisée par l'administration territoriale. Et c'est la loi qui permet de disperser tout rassemblement non autorisé sur la voie publique. La dispersion s'est faite par les forces de l'ordre dans les règles de l'art après les sommations d'usage et un refus d'obtempérer manifeste des participants à ce rassemblement. On ne peut pas parler de répression féroce parce que, à ce jour, aucun leader participant à cette marche n'a été blessé ou victime d'un quelconque traumatisme. Même parmi les participants, peut-être certains ont dû inhaler des gaz lacrymogènes et avoir quelques malaises ou incommodations. Mais, on ne peut pas parler, à ce jour, de blessures graves pouvant permettre de dire qu'il s'est agi d'une répression féroce. Dans toutes les démocraties du monde, des manifestations interdites sur la voie publique sont quotidiennement dispersées. Et au moment même où se tenait cette marche ici au Sénégal, en Suisse qui est l'un des pays les plus calmes, les plus démocratiques, une manifestation de cette nature était dispersée par les forces de l'ordre. Et on voit tous les jours la même chose, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et partout ailleurs. Il faut considérer que la démocratie a ses règles qui ne s'appliquent pas de façon unidimensionnelle. C'est-à-dire qu'elles s'appliquent dans les deux sens : lorsque la loi permet certaines choses, il faut que tout le monde respecte cela. Mais lorsqu'elle interdit un certain nombre de choses, il faut que tout le monde le respecte.
Wal Fadjri : Certains participants à cette manifestation, notamment les leaders de partis, connaissent bien ces règles. Raison pour laquelle, ils clament que l'autorité n'a pas à interdire une marche et qu'une simple déclaration suffit...
Me Ousmane Ngom : Une marche, on la déclare et à la suite de cette déclaration, l'autorité administrative instruit cette déclaration pour voir si toutes les conditions sont réunies pour que cette manifestation puisse se dérouler dans les meilleures conditions, c'est-à-dire sans incidents : qu'il n'y aura pas de menace de trouble à l'ordre public ; que cette marche ne va pas créer des difficultés pour d'autres citoyens, etc. Bref, il y a des motifs d'interdiction qui sont prévus par la loi. Et lorsque ces motifs sont réalisés, cette marche ne peut pas être autorisée. En revanche, si après l'instruction qui est faite par l'autorité administrative et souvent confiée aux commissariats de police, il est clair que la marche ne crée aucun désagrément aux riverains et autres citoyens, la marche est non seulement autorisée mais elle est encadrée. C'est valable pour les marches comme pour les sit-in. Il faut qu'on soit clair. Aujourd'hui, au Sénégal, nous sommes effectivement dans un régime de liberté où le principe c'est l'organisation de la marche, des manifestations publiques et sit-in. Ces principes sont même constitutionnalisés parce que le président de la République s'est toujours battu pour l'exercice des libertés. Surtout des libertés publiques. Et c'est pourquoi, c'est lui-même qui, dans le projet de Constitution de 2001, a inscrit le droit à la manifestation, à la marche comme un droit constitutionnel. Il l'a fait inscrire au fronton de notre Constitution. Et l'article 8 de ce texte garantit, au moins, 19 libertés. Je l'appelle d'ailleurs l'article des libertés parmi lesquelles la liberté de la marche pacifique. Mais quand on parle de marche pacifique cela suppose que cette marche ait été négociée avec l'autorité administrative aussi bien par rapport à l'itinéraire, aux participants, qu'aux objectifs. A l'issue de ces échanges entre les organisateurs et l'administration, l'autorité délivre une autorisation sous forme d'un arrêté et prend toutes les dispositions avec les forces de sécurité pour que cette manifestation puisse se dérouler sans incidents. A contrario, si à l'issue de cette instruction, il y a des motifs qui font qu'elle ne peut pas autoriser cette marche, elle prend un arrêté d'interdiction et tout le monde doit s'y conformer. Car, il s'agit d'un acte réglementaire. Ce qui n'a pas été le cas la semaine dernière.
Wal Fadjri : Que s'est-il passé, alors ?
Me Ousmane Ngom : Il s'est passé que les manifestants, après avoir déposé leur déclaration et même bien avant, ont déclaré sur toutes les ondes, au niveau des médias, j'allais même dire urbi et orbi que, autorisation au pas, ils feraient la marche. Donc il ont défié l'Etat ; ils ont bravé l'autorité de l'Etat. Je pense que lorsqu'on est dans une démocratie, lorsqu'on est imbu des principes démocratiques, on ne peut pas avoir un tel comportement. On ne peut pas, au moment où on dépose une déclaration auprès de l'autorisation administrative, déclarer déjà que, autorisation ou pas, nous braverons cette autorité-là. Et c'est ce qui s'est passé. Mais ce ne sont pas ces déclarations qui ont amené l'autorité administrative à prendre un arrêté pour interdire la marche. C'est à la suite d'une instruction minutieuse qui a permis immédiatement de voir que la déclaration ne comportait pas l'objet de la marche. Ce qui est un élément fondamental. C'est ainsi que le préfet a envoyé une correspondance aux organisateurs pour leur demander de préciser l'objet de cette marche et les participants. Ils ont répondu à deux jours de la marche. Comment voulez-vous qu'à deux jours d'une marche à laquelle, selon les organisateurs, on attendait au moins un million de personnes que l'autorité administrative ait pu non seulement l'instruire suffisamment mais également prendre toutes les dispositions nécessaires pour l'encadrement de tout ce monde ? Imaginez combien de forces de sécurité cela nécessite ! Combien de dispositions il faut prendre par rapport à l'itinéraire pour détourner la circulation, pour éviter tout télescopage. Donc, matériellement cela était impossible. Il faut donc considérer que c'est en toute bonne foi que l'autorité administrative a pris la décision d'interdire cette marche. Les organisateurs auraient pu reculer la date de cette marche, choisir une autre date et donner à l'administration le temps de préparer l'encadrement de cette marche. Il faut qu'on se dise la vérité : aujourd'hui au Sénégal, l'autorisation et l'encadrement des manifestations publiques, marches et sit-in, est la règle. Alors que l'interdiction est l'exception. Ce qui n'était pas le cas, il faut le souligner, avant l'alternance. Pendant 40 ans, est-ce que vous pouvez me dire une seule marche de l'opposition qui a été autorisée et encadrée ? Jamais. Alors qu'aujourd'hui, les marches et les sit-in sont entrés dans le vécu quotidien des Sénégalais. Ce n'est pas par ce qu'il y a eu une interdiction récente qu'on oublie tout le reste. J'ai les statistiques des deux dernières années pour les manifestations publiques dans le département de Dakar réputé être l'un des plus sensibles. Ce qui veut dire que ces statistiques-là sont beaucoup plus positives pour les autres départements et les autres régions du Sénégal. Dans le département de Dakar, pour l'année 2005, 62 % des manifestations publiques qui ont été déclarées ont été autorisées et encadrées contre 38 % qui ont été interdites. Pour l'année 2006, qui est l'année qui nous concerne - jusqu'au 27 janvier 2007 - 70 % des manifestations publiques qui ont été déclarées auprès de l'administration ont été autorisées et encadrées contre 30 %. Cela fait pour l'année 2006, 132 manifestations publiques qui ont été autorisées contre 58 qui ont été interdites. Cela montre quand même, encore une fois, qu'il y a une vie démocratique très forte, très vigoureuse dans notre pays. Il y a deux fois plus de manifestations autorisées et encadrées que de manifestations interdites.
Wal Fadjri : Ce qui s'est passé n'est-il pas un précédent dangereux quand on sait que l'opposition s'est découverte une nouvelle méthode de lutte, c'est-à-dire affronter les forces de l'ordre ? Cela ne peut-il pas conduire au pire à la prochaine confrontation ?
Me Ousmane Ngom : Non, je ne pense pas. Je crois que l'opposition est une opposition responsable, elle inscrit son action dans le cadre des lois et règlements. Il peut y avoir maintenant, de temps à autre, des montées d'adrénaline ou bien des dérapages que l'on peut comprendre et que l'on rencontre dans certaines grandes démocraties. Mais, je suis persuadé qu'après une telle situation, l'opposition ou les partis politiques en général en reviennent à leur vocation naturelle : celle d'exercer leurs activités dans le cadre des lois et règlements. Surtout que ce cadre existe comme je viens de le démontrer. J'ai eu moi-même à recevoir ici des leaders de l'opposition au terme d'une marche avec leur plate-forme. Mes prédécesseurs également, ont eu, à plusieurs reprises, à recevoir des manifestants, qu'il s'agisse de partis politiques, de syndicats, etc. Nous devons donc maintenir ce cadre-là et cet échange civilisé dans le cadre des lois et règlements plutôt que de procéder à des situations de défiance vis-à-vis de l'Etat. Parce que l'Etat est là pour veiller à la sécurité des personnes et des biens, au fonctionnement régulier des institutions. Par conséquent, on ne peut pas tolérer infiniment des situations de trouble à l'ordre public et des situations de menaces sur les biens publics. Nous sommes obligés de prendre les mesures qu'il faut. D'autant plus que les mesures d'interdiction qui ont été prises ont, toujours, été motivées. Ce qui n'était pas le cas avant l'alternance où l'interdiction systématique était la règle.
Des manifestations ont été par exemple interdites parce que c'était en rapport avec des affaires pendantes devant la justice.
Ou bien l'itinéraire proposé posait un problème de sécurité par rapport au périmètre de sécurité. C'est le cas des gens qui voulaient manifester devant les grilles du palais. Ou bien cela posait tout simplement un problème par rapport à la mobilité urbaine. L'exercice d'une liberté ne doit pas empêcher les autres citoyens d'exercer eux-mêmes leurs libertés.
Je pense qu'il y a des règles sur lesquelles nous devons tous nous entendre. Et une fois que nous nous entendons sur ces règles là, il est parfaitement possible de les assumer ensemble de façon responsable.
(A suivre)
Propos recueillis
par Georges Nesta DIOP
COTE D'IVOIRE/ DIALOGUE DIRECT AVEC LES FORCES NOUVELLES
Mardi 30 Janvier 2007
Mardi 30 Janvier 2007 - 14:15
POLITIQUE/DIALOGUE DIRECT
Trois questions à Soro, Tagro et Bassolé.
Fraternité Matin (Youssouf Sylla). Monsieur Désiré Tagro, ma question s’adresse à vous. Il y a de cela dix ans que vous avez connu Bouaké comme vous l’avez dit. Depuis donc quatre ans qu’il y a eu ces tristes évènements, vous n’êtes pas encore venu à Bouaké. Vous êtes donc ici pour la première fois. Quelles sont vos premières impressions et qu’est-ce que vous retenez ? Deuxièmement, il y a eu quelque chose que nous les journalistes n’avons pas bien compris et qui nous est apparu comme un couac. Vous n’avez pas voulu vous sacrifier aux rites de la revue des troupes, nous voulons savoir à quoi cela répondait.
Monsieur Désiré Tagro : Je voudrais répondre mais je souhaiterais qu’au moment où je prends la parole, qu’on laisse les couacs de côté, que nous parlons essentiellement des choses agréables. J’ai dit tout à l’heure que nous sommes comme des boxeurs qui ont fini le combat. A la fin de ce combat, quelque soit son issue, il faut que nous puissions définitivement quitter le ring et s’embrasser. Je répète cela. Les spectateurs sont fatigués, les arbitres et les commissaires au match également. Et si nous ne quittons pas le ring, nous serons les seuls à y demeurer. Tout le monde sera parti.
Je voulais également rectifier le fait que vous ayez dit que cela fait dix ans que je n’ai pas mis les pieds à Bouaké, j’ai plutôt mentionné que j’ai passé dix ans de ma vie à Bouaké. Je prends donc plaisir à retrouver Bouaké. J’y avais passé deux ans juste avant la crise sans y venir mais je ne voulais pas que ce plaisir me soit particulier. Je souhaiterais que tous les ivoiriens viennent à Bouaké comme je viens de le faire mais je veux qu’ils viennent sans escorte, sans l’ONUCI et quand ils le veulent. En retour que ceux qui sont ici puissent également aller à Gagnoa, à Toumodi, à Yamoussoukro, à Aboisso, à Abengourou sans escorte, sans précaution particulière, sans l’ONUCI quand ils veulent et autant qu’ils veulent. Je voulais également apporter le message d’ouverture, de volonté de paix du Président Gbagbo. Le combat est fini, il faut s’embrasser et quitter le ring.
Nord-Sud (Ibrahim Coulibaly) : Monsieur le Ministre (Djibril Bassolé, ndlr), après l’échec des précédentes médiations, aujourd’hui est-ce que vous pouvez nous dire exactement ce qui doit fonder l’espoir des Ivoiriens avec la médiation Burkinabé?
Le Ministre Djibril Bassolé : D’abord ce n’est pas juste de parler d’échec. Chaque médiation a eu son rôle historique. Chaque médiation a eu le mérite et l’avantage de faire avancer le processus. Il est vrai qu’un bon médiateur, un bon facilitateur travaille à ne pas être utile et moins le médiateur ou le facilitateur interviendra, mieux cela vaudra. Et c’est ce que le Président Blaise Compaoré s’est engagé à faire, celui de faciliter le contact de cette concertation directe entre les différents protagonistes de la crise ivoirienne. L’essentiel n’est pas seulement dans le chalenge du savoir faire du facilitateur mais plutôt avoir la bonne volonté, dans la bonne prédisposition des différentes parties de se parler, de se donner la main et de construire la paix.
Notre voie (Faustin Yao): Ma question s’adresse au Secrétaire Général de la rébellion, le Ministre Soro Guillaume. Vous dites dans la plupart de vos discours que le dialogue direct d’accord mais qu’il s’inscrive dans le cadre de la résolution 1721. J’ai suivi votre intervention tout à l’heure à moins que je n’ai mal entendu, je ne vous ai pas entendu réitérer cette exigence là .Est-ce que cela signifie que vous l’avez abandonnée?
Le Secrétaire Général des FN Guillaume Soro : Merci, je voulais simplement dire que nous avons donné notre position sur le dialogue direct. Nous avons dit que nous voulons discuter dans le cadre de la 1721. J’ai aussi répondu que si le facilitateur, le Président Compaoré a engagé le dialogue direct, c’est parce qu’il se sera assuré en s’accordant avec les parties concernées que ce dialogue direct réponde aux précautions, aux exigences, aux éléments proposés par les différentes parties. Il n’ y a pas de raison de croire que ce n’est pas ce qui est en marche.
Et si le Ministre Bassolé est ici pour que nous puissions avoir ce premier contact c’est que le médiateur s’est assuré que si nous devons engager les discussions, ce sera certainement pour répondre aux préoccupations des uns et des autres.
Donc vous êtes ici chez les Forces Nouvelles, il y a eu une rébellion en Côte d’Ivoire, c’est pourquoi nous sommes en train de travailler de sorte que le pays retrouve son unité. Je n’ai pas honte du mot ‘’rébellion’’ donc que ce soit le Secrétaire Général des FN ou le Secrétaire Général de la rébellion, c’est la même chose.
ALLOCUTION DU CHEF D ETAT - MAJOR DES FORCES ARMEES DE COTE D'IVOIRE
Jeudi 25 Janvier 2007
Excellence Monsieur le Président de la République,
En ce début de l’an 2007 et avant tout propos, permettez au Chef d'Etat-Major des Armées, aux différents Commandants et Directeurs Généraux des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire, de marquer, au nom de l'ensemble des personnels: • des Forces Armées Nationales,
• de la Gendarmerie Nationale
• de la Police Nationale,
• des Douanes Ivoiriennes,
• des Eaux et Forêts,…
de marquer disais-je, le souvenir de -leurs camarades tombés au champ de l'honneur, non seulement ce Jeudi 12 Janvier 2007 à Noé mais partant, depuis le 19 Septembre 2002 pour la Défense de la République, de ses Institutions, en un mot pour la défense de la Nation. Pour ces amis et frères lâchement assassinés, et dont la plupart n'ont pu communier avec les leurs l'avènement de cette nouvelle année, je vous prierai, Mesdames et Messieurs d'avoir une pensée pieuse et compatissante pour les familles, en une symbolique minute de silence …
Je vous remercie !
Excellence Monsieur le Président de la République,
Une fois de plus, les Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire ont l'insigne honneur de se retrouver devant vous, afin de partager quelques modestes réflexions sur notre Pays, ses acquis, ses difficultés, mais surtout sur ses perspectives de sortie de crise.
Excellence Monsieur le Président de la République, L'année écoulée ne nous aura malheureusement pas permis de combler les attentes du peuple ivoirien par le désarmement, la réunification du Pays et la tenue des électrons.
Une année 2006 qui avait pourtant suscité d'énormes espoirs avec la résolution 1633 et la mise en place du Gouvernement de Transition. Des espoirs qui n'ont hélas pu se concrétiser pour des raisons aussi diverses que variées que les Ivoiriens et l'ensemble de la Communauté Internationale ont pu relever par eux-mêmes. Fort heureusement (et cela est très loin d'être un satisfecit) les Forces de Défense et de Sécurité ont su jouer leur partition dans ce brouillard de contradictions. Aussi se sont-elles attelées à rester dignes et à accomplir leurs obligations républicaines dans toutes leurs dimensions.
L'Ecole des Forces Armées, l'Ecole Nationale des Sous-officiers d'Active, les Ecoles de Gendarmerie, l'Ecole Nationale de Police, les Ecoles et Centres de Formation des Douanes et des Eaux et Forêts sont restées fonctionnelles et en ont ainsi ajouté aux qualifications des hommes et à la valeur opérationnelle des unités.
Des unités qui tout au long de l'année 2006, auront largement contribué à une certaine stabilisation de la situation sécuritaire du Pays. La Gendarmerie, la Police Nationale et le Centre de Commandement des Opérations de Sécurité (CeCOS), quotidiennement sollicités, ont encore fait montre de leur grand professionnalisme et de leur abnégation, aussi bien dans les opérations de maintien de l'ordre que dans la lutte contre la criminalité.
Tandis que les Forces Armées, les Eaux et Forêts et les Douanes Ivoiriennes s'attachaient les uns à la défense opérationnelle du territoire, les autres à la survie de notre économie. Mieux, les Forces de Défense et de Sécurité sont même allées au delà de leurs prérogatives en allant, (une fois n’est pas coutume) à la rencontre de nos hommes politiques.
Elles ont échangé avec Monsieur le Premier Ministre et certains Leaders de Parti, respectivement les 30 novembre et 06 Décembre 2006 afin d'aider encore et toujours notre Pays a sortir de l'impasse.
L'an 2006 aura donc pour ainsi dire réitéré notre farouche engagement à poursuivre la lutte en faveur et aux côtés des populations ivoiriennes. C'est à ce stade de mon propos qu'il me revient Excellence Monsieur le Président de la République, avec votre permission, devant vous, devant la Nation, de féliciter l'ensemble des personnels des Forces de Défense et de Sécurité pour la bataille menée au quotidien dans le seul but de garantir les libertés individuelles et collectives de tous ceux qui vivent sur ce sol qui n'aurait jamais dû écorcher ses vertus de tolérance et de fraternité.
Monsieur le Commandant Supérieur de la Gendarmerie Nationale,
Monsieur le Directeur Général de la Police Nationale,
Monsieur le Directeur Général Douanes Ivoiriennes,
Monsieur le Directeur Général des Eaux et Forêts,
Officiers, Sous-officiers, Officiers Mariniers, Cavaliers, Sapeurs, Artilleurs, Marins, Gendarmes, Policiers, Douaniers, Agents des Eaux et Forêts, militaires du Rang des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'Ivoire, je voudrais saluer votre courage et votre détermination.
Je vous exhorte à honorer davantage la mémoire de nos martyrs, à servir avec fidélité et loyauté les Institutions républicaines, à pérenniser l'amour de notre Pays et à demeurer à son service au péril de notre vie. Merci donc pour votre sens élevé de l’Honneur et de la Patrie.
Un sens de la Patrie et un Loyalisme encore mis en exergue face à la récente tentative d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Je voudrais ici me réjouir de ce que l'écrasante majorité de nos hommes ait enfin compris qu'un Etat ne saurait se développer au rythme des conspirations, des insurrections, des assassinats et de leurs traumatismes subséquents.
Comme vous le dites SI bien Excellence, l'époque des coups d'état est bel et bien révolue. Nous avons des devoirs républicains que ne sauraient refouler les difficultés rencontrées en chemin. Et la récente attaque des postes de Noé ne nous sapera pas le moral. Bien au contraire le sang versé doit davantage aiguiser notre sens du combat et de la solidarité, nous emmener à plus de vigilance et de rigueur dans l'exécution de nos missions. Nous devons rester unis, déterminés et forts.
A ceux qui s'évertuent hélas encore à demeurer dans la division, à ceux qui n'ont pas encore tiré les leçons du désastre des années 1999 - 2000 et dont nous vivons à ce jour le terrible prolongement naturel, nous tendons la main et disons qu’il est encore temps de se ressaisir en s'inscrivant dans une logique de Paix et de Fraternité vrais.
Cette logique de Paix qui caractérise, Excellence Monsieur le Président de la République, vos dernières- propositions de sortie de crise et auxquelles les Forces de Défense et de Sécurité souscrivent pleinement.
Un climat social apaisé- nous l'avons compris avec vous - passe en effet nécessairement par une Jeunesse saine et laborieuse. La réinstauration du Service Civique devrait donc mettre fin au désœuvrement d'une certaine jeunesse et à la rupture d'une certaine main d'œuvre servile et bon marché tant affectionnée par les déstabilisateurs de tout poil.
Les Forces de Défense et de Sécurité qui ont déjà eu l'honneur de vous soumettre leurs premières propositions continuent d'affiner la réflexion sur le sujet. De même qu'elles ont sur vos instructions, repris depuis peu le dialogue militaire avec le désarmement comme priorité. Ayant achevé les opérations de pré regroupement depuis le 29 mai 2006, nous attendons les conditions et instructions devant nous permettre de réaliser la deuxième phase de l’opération, celle du regroupement des Forces qui devrait en tout bon sens s'accompagner de la suppression de la zone de confiance.
La suppression de cette zone devenue un véritable espace de non droit devrait, tout en accordant plus de sécurité aux populations, constituer un signal fort en prélude au désarmement et la réunification du territoire.
Voici donc Excellence, les challenges des Forces de Défense et de Sécurité pour l'année 2007. Poursuivre l'instruction pour être efficace, continuer d'assurer la sécurité des personnes et des biens, participer pleinement aux opérations pouvant et devant nous ramener la Paix. Excellence Monsieur le Président de la République, les Forces de Défense et de Sécurité ne sauraient mettre un terme à cette adresse sans une attention particulière pour la Communauté Internationale et les Forces Impartiales.
Des hommes et des femmes qui depuis bientôt cinq (05) années ne ménagent aucun effort pour nous aider à retrouver la Paix. Nous voudrions ici leur rendre un hommage appuyé de reconnaissance er souhaitant vivement que cette année 2007 soit enfin le couronnement de leur engagement en faveur de notre Pays à travers le désarmement et la réunification du territoire.
Merci à vous Excellence Monsieur le Président de la République,
Merci pour votre constante disponibilité à l'égard des Forces de Défense et de Sécurité et surtout en faveur des vaillantes populations de Côte d'Ivoire auxquelles nous voudrions ici réaffirmer notre détermination à assurer la sécurité et à œuvrer dans le sens de la réconciliation entre toutes les filles et tous les fils.
Bonne et heureuse année 2007 à vous Excellence Monsieur le Président de la République.
Bonne et heureuse année à votre famille et à tous ceux qui vous sont chers, rai 1 nommé l'ensemble des populations vivant dans ce pays.
Que Dieu vous bénisse,
Que Dieu bénisse votre famille,
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire et tous ceux qui lui apportent leur concours dans sa quête de Paix.
Je vous remercie!
PELERINAGE 2007
Dimanche 21 Janvier 2007
Bienvenue du pélérinage 2007 à toutes celles et tous ceux qui ont effectué le déplacement et notamment à Madame S.E. Hadja Fatimata TOURE SY qui a profité de son séjour dans les Lieux Saints pour prier pour le retour de la PAIX en Côte d'Ivoire.
COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES
Dimanche 21 Janvier 2007
Un Conseil des Ministres s’est tenu ce mercredi 17 janvier 2007 de 11 heures à 14 heures, au Palais Présidentiel, sous la présidence du Chef de l’Etat, son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO.
Avant d’aborder l’ordre du jour, le Président de la République a donné la parole aux ministres concernés pour faire le point de la situation relative aux problèmes :des ordures à Abidjan, des grèves intempestives et anarchiques dans la Fonction publique.
En ce qui concerne les ordures qui menacent gravement la santé des populations, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique et le ministre de l’Environnement et des Eaux et Forêts ont informé le Conseil des dispositions qu’ils ont prises afin d’éviter à nouveau l’entassement des ordures dans le District d’Abidjan, dû à la fermeture intempestive de la décharge d’Akouédo par les populations riveraines.
Suite à ces informations, le Chef de l’Etat a instruit le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique des mesures nécessaires et urgentes à prendre, notamment la réouverture de la décharge d’Akouédo et le redémarrage de l’opération “Abidjan ville propre”, afin d’assainir le plus rapidement possible le District d’Abidjan.
En vue de résoudre durablement ce problème des ordures, le Président de la République a indiqué les dispositions nécessaires à prendre, notamment la mise à la disposition des opérateurs économiques du secteur par l’Etat de Côte d’Ivoire, de sites appropriés pour la création de centres d’enfouissement technique. En ce qui est des travaux concernant ces centres d’enfouissement qui doivent être créés sur des terrains appartenant à l’Etat et ce dans un bref délai, le génie militaire pourrait être mis à contribution pour la célérité de l’opération.
Le Chef de l’Etat a en outre indiqué que le règlement durable de la question des ordures dans le District d’Abidjan nécessite également un toilettage des textes régissant cette question. Il a dès lors instruit les ministres de l’Administration du Territoire ; de la Santé et de l’Hygiène publique ; de l’Environnement et des Eaux et Forêts ; de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat ainsi que le Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la Protection civile afin d’élaborer le nouveau cadre juridique devant régir la gestion des ordures par les Collectivités publiques concernées.
Il s’agit ici d’élaborer un texte qui mette en place un dispositif tendant à une unité d’action et de décision en matière de gestion des ordures.
S’agissant des grèves intempestives, le ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative appelé à intervenir sur la question a brièvement indiqué que les revendications d’aujourd’hui sont les mêmes que celles formulées depuis longtemps. Et c’est pour y répondre de manière efficace qu’il avait été prévu un forum social en 2003 qui n’a pu avoir lieu pour des raisons évidentes.
Cependant, le gouvernement qui n’a pas renoncé à rechercher et trouver des solutions idoines aux problèmes posés, entend toujours le faire par le dialogue, seul gage de la paix sociale.
C’est à ces fins qu’un pré-forum sera organisé du 15 au 22 février 2007 à Yamoussoukro par le Ministère de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative.
Toujours sur ce point des revendications syndicales, le Chef de l’Etat a rappelé que celles-ci, bien que fondées, sont en ce moment inopportunes du fait de la grave crise que traverse le pays depuis quatre ans.
Quant au Premier ministre qui est également revenu sur le caractère inopportun de ces revendications, sans en contester la légitimité, il a surtout insisté sur le fait que les textes régissant les grèves doivent être appliqués et respectés.
Par ailleurs, avant qu’il ne soit mis un terme à ce débat préliminaire, la question des incendies du marché de Yamoussoukro, du magasin ORCA-DECO et autres a été évoquée.
Là-dessus, le Président de la République a instruit le Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la Protection civile, des mesures à prendre urgemment pour éviter ce genre de catastrophes. Il s’agit entre autres d’inviter les populations à respecter scrupuleusement la réglementation en la matière.
Abordant son ordre du jour, le Conseil a examiné plusieurs projets de décrets et entendu diverses communications.
I- DECRETS
A- Mesures générales
Au titre du ministère de la Justice
Sur présentation du ministre de la Justice et après délibérations du Conseil, le Président de la République a signé une ordonnance portant dispositions spéciales en vue de la reconstitution des Registres de l’état civil disparus ou détruits entièrement ou partiellement.
La présente ordonnance vise à autoriser la reconstitution des registres de l’état civil (registres de naissance, de mariage ou de décès) dont les originaux et les doubles ont disparu ou ont été détruits soit entièrement, soit partiellement.
Elle institue à cet effet au niveau de chaque sous-préfecture, une Commission de reconstitution des registres de l’état civil qui a pour mission de dresser un état, année par année, des personnes dont les actes de naissance, de mariage et de décès figurent sur les registres dont les originaux et les doubles ont disparu ou ont été détruits soit entièrement, soit partiellement.
Cette Commission comprend :
le Sous-Préfet, président,
le président du Conseil général, membre,
le maire, membre,
le député de la circonscription, membre,
les représentants locaux de l’Office national de l’Identification (ONI), membres,
la notabilité notamment le chef du village ou le chef de quartier, membres,
les membres des Commissions locales de Supervision de l’Identification (CNSI), membres.
L’état ainsi dressé par ladite commission est publié pendant quinze (15) jours au chef-lieu de la circonscription ou du centre secondaire de l’état civil ou encore en tout autre lieu du territoire national de sorte à permettre à toute personne intéressée de faire ses observations.
L’ordonnance indique qu’une fois cet état dressé, éventuellement revu et corrigé, il est transmis au Procureur de la République du ressort territorial concerné qui, après observations, saisit le Tribunal compétent en vue d’ordonner le rétablissement des actes dont l’existence a été constatée.
Il convient de préciser qu’un décret va intervenir pour déterminer la durée de cette opération qui, à terme, va doter notre pays d’un important instrument de statistique et de planification des populations.
Au titre du ministère de l’Administration du territoire ; Au titre du ministère des Droits de l’Homme; Au titre du Secrétariat d’Etat auprès du Premier ministre chargé
de la Protection civile,
Sur présentation des ministres concernés et du Secrétaire d’Etat et après délibérations du Conseil, le Président de la République a signé trois décrets portant respectivement organisation du ministère de l’Administration du territoire, du ministère des Droits de l’Homme et du Secrétariat d’Etat auprès du Premier ministre chargé de la Protection civile.
Ces décrets offrent à ces départements ministériels ainsi qu’au Secrétariat d’Etat, un cadre organique approprié devant leur permettre d’accomplir les missions qui leur sont assignées.
B- Mesures individuelles
Au titre du ministère de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme Administrative
Sur proposition du ministre et après délibérations du Conseil, le Président de la République a signé un décret portant nomination de M. YEBOUE KOUAME Brou Yves en qualité de Directeur de la Médecine du Travail au ministère de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative.
Au titre du ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l’Economie et des Finances
Sur proposition du ministre délégué et après délibérations du Conseil, le Président de la République a signé un décret portant nomination de M. Lassana SYLLA, Administrateur des Services Financiers, en qualité de Directeur des Affaires administratives et financières du ministère.
II - COMMUNICATIONS
Mesures individuelles
Au titre du ministère de la Défense
Le Conseil a donné son agrément à la nomination du Capitaine de Vaisseau SOUKOULE OUSMANE, en qualité de Directeur de Cabinet civil et militaire du ministre.
Au titre du ministère de l’Administration
du territoire
Le Conseil a donné son agrément à la nomination de M. GOHOUROU DJADJI Parfait, en qualité de Directeur de Cabinet du ministre.
Au titre du ministère de l’Agriculture
Le Conseil a donné son agrément à la demande de détachement de Mme KAMARA Awa, Docteur Vétérinaire auprès du Projet d’Appui au Développement Rural de la Région des Lacs (PADER- LACS).
Au titre du ministère des Mines et
de l’Energie
Le Conseil a donné son agrément à la nomination de Mme DOUKA épouse KADIO-MOROKRO N’Guessan Marguerite Françoise, en qualité de Directeur de Cabinet du ministre.
Au titre du ministère de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative en liaison avec le ministère de l’Education nationale
Le Conseil a donné son agrément au détachement de M. ROBALE KAGOHI, Chef du Service Autonome d’Alphabétisation au ministère de l’Education nationale, auprès de la Fondation “International Cocoa Initiative”.
Au titre du ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de l’Economie et des Finances
Le Conseil a donné son agrément à la nomination de M. KOFFI AHOUTOU Emmanuel, en qualité de Directeur de Cabinet du ministre délégué.
Avant de clore la séance, le Président de la République a fait remarquer le caractère scandaleux de l’organisation du Hadj par des Associations privées qui n’ont pas toutes les compétences requises, ce qui a entraîné des blocages et empêché les pèlerins ivoiriens de se rendre à la Mecque cette année. Pour le Chef de l’Etat, la cause principale de ce problème est le manque de moyen de transport.
Il convient donc de régler à temps ce problème pour éviter, à l’avenir, des désagréments. C’est à ces fins que le Président de la République a instruit les ministres concernés des dispositions à prendre, en vue de faire désormais de la Société “AIR IVOIRE”, la Compagnie désignée pour assurer le transport des pèlerins ivoiriens qui se rendent à la Mecque.
Il est bien entendu que la Société “AIR IVOIRE” devra pouvoir répondre à cette attente du gouvernement.
Fait à Abidjan, le 17 janvier 2007
Le SECRÉTAIRE GÉNÉRAL
DU GOUVERNEMENT
Félix TYEOULOU-DYELA
INTERVIEW DE M.SORO GUILLAUME SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES
Samedi 20 Janvier 2007
Le ministre d’Etat Guillaume Soro s’est prêté à nos questions. Sans faux fuyants, il a donné son appréciation du dialogue direct auquel il est invité et les pièges que récèlent une telle invitation.
Au sortir d’une récente rencontre avec le Premier ministre Charles Konan Banny vous avez annoncé, répondant à une question, «Moi Premier ministre, pas question!». Est-ce un rejet définitif de ce poste ?
La question de la primature telle que posée dans le contexte actuel me gêne parce qu’il me semble que cette question n’est pas à-propos. Il ne s’agit pas de quête de poste. Il ne s’agit pas de promotion personnelle. Je veux simplement dire ceci. Quand le mandat constitutionnel de M. Laurent Gbagbo s’est achevé le 31 octobre 2005, les Forces nouvelles ont réclamé que la communauté internationale puisse instaurer en Côte d’Ivoire une transition. Et dans le cadre de cette transition, nous avons demandé qu’on procède à un partage du pouvoir politique entre les deux ex-belligérants. Nous avions dit que si l’on trouvait un statut au Président pour en faire un chef d’Etat, il fallait donner un statut à l’autre ex-belligérant qui, alors, devrait occuper la primature. Dès l’instant où cela n’a pas été accepté par la communauté internationale et même la communauté nationale, nous avons souscrit à la résolution 1633. Aujourd’hui, nous avons endossé la 1721, que nous soutenons. Dans la résolution 1721, il est bien marqué que le Premier ministre de transition de notre pays est M. Charles Konan Banny. Je ne peux pas être en train de dire que je soutiens la 1721 et contester M. Charles Konan Banny au poste de Premier ministre ! C’est pourquoi j’ai dit et je le répète, que pour nous ce n’est pas une question de poste. Nous soutenons la résolution 1721 et nous soutenons tous les éléments contenus dans la résolution 1721.
Aujourd’hui le chef de l’Etat a lancé cette idée de dialogue direct avec les Forces nouvelles. Beaucoup y voient la reprise par lui de votre idée de partage du pouvoir sous une autre forme…
Comme les Ivoiriens sont très attachés aux postes, c’est cela qu’ils entrevoient dans ce dialogue direct. Mais ce n’est pas ce que nous, nous voyons. Pour nous, le dialogue direct doit conduire les deux ex-belligérants à un compromis pour sortir la Côte d’Ivoire de la crise. Le dialogue direct doit être un instrument, tout en étant parallèle au processus, pour accélérer l’application de tous les articles contenus dans la résolution 1721. Donc, je le répète, il ne s’agit nullement de postes à partager, mais de trouver des voies et moyens pour sortir de la crise.
Le chef de l’Etat souhaite un dialogue direct avec vous, les Forces nouvelles. Le président du PDCI-RDA lui voudrait un dialogue direct élargi. Ne serait-ce pas une forme de méfiance exprimée envers vous ?
Je ne crois pas que l’idée de M. Bédié traduise de la méfiance. De toutes les façons, l’idée du dialogue direct ce n’est pas quelque chose de nouveau. Le dialogue direct existe depuis 2002. Quand nous étions à Lomé, c’était un dialogue direct entre les mouvements armés et la délégation du gouvernement dirigée par M. Laurent Dona-Fologo. Il y a eu un autre dialogue direct à Marcoussis, quand après la signature de l’accord, il fallait mettre le gouvernement en place. MM. Chirac, Bongo, Kofi Annan et Dominique de Villepin ont reçu en dialogue direct MM. Gbagbo Laurent et Soro Guillaume. C’était déjà un dialogue direct. Même à Pretoria il y a eu un dialogue direct. Le principe du dialogue direct n’est donc pas nouveau, sauf que, cette fois, cela a été un appel solennel du chef de l’Etat. Le contexte d’Etat tel que nous le vivons aujourd’hui, avec le rejet par l’une des parties de la 1721, fait que le dialogue direct anime aujourd’hui l’actualité. Ceci dit, le président Bédié a souhaité un dialogue élargi. Je ne crois pas qu’il y ait une forme de méfiance. Et je ne crois pas non plus que ce soit quelque chose qui soit exclu. Il est évident que si le chef de l’Etat discute directement avec les Forces nouvelles et que nous partons à ce dialogue direct sur le même statut d’ex-belligérant, il n’est pas exclu que toujours dans la recherche de la paix le dialogue soit élargi.
A quoi servirait un dialogue direct actuellement qui se tiendrait dans le cadre de la 1721 ? Vous soutenez la 1721, qui a tracé un certain nombre de tâches à réaliser et a même fixé le chronogramme de réalisation pour toutes ces tâches. On s’interroge donc : pourquoi un dialogue direct, quand la 1721 a tout prévu ?
Une résolution onusienne fixe le cadre général de règlement des conflits et non les principes. Dans une résolution, vous ne trouverez pas les détails des principes généraux qui ont été évoqués. J’imagine que ce dialogue direct pourrait consister à décliner ces principes en tâches et en actions. Je prends un exemple. Dans la résolution 1721, il est écrit qu’il faut restructurer les forces de défense. Il n’est pas écrit là-dedans qu’il faut mettre en place un état-major intégré pour y parvenir. Le dialogue direct peut permettre justement que nous nous entendions, dans le cadre de la restructuration des forces, à la mise en place d’un état-major intégré. Le dialogue direct pourrait même aller jusqu’au choix des personnes qui animeraient cet état-major intégré. Il y a des tâches à accomplir et le dialogue direct peut permettre d’aller dans le détail des principes qui ont été annoncés. C’est pourquoi, à mon avis, en prenant le chef de l’Etat au mot, nous considérerons que ce dialogue direct doit pouvoir faciliter, accélérer, la mise en œuvre de la résolution. Outre ces éléments, le dialogue direct pourrait peut-être créer un climat de confiance, de sérénité permettant aux deux ex-belligérants de se doter de la volonté politique, sans laquelle aucun accord ne peut aboutir.
Peut-on croire en la sincérité de ce dialogue quand on sait que pour le chef de l’Etat la résolution 1721 ne s’appliquera pas, dès lors que certains de ses points touchent à la Constitution, tandis que pour vous et les autres acteurs politiques ivoiriens, il faut l’application intégrale de la 1721.
Il ne me revient pas en l’état actuel des choses, de juger de la sincérité au non de cette proposition. Je suis un ex-belligérant. Un dialogue direct a été proposé officiellement par le chef de l’Etat, à deux reprises, au cours de déclarations télévisées. Le président Burkinabé m’a aussi saisi et informé de l’intention du chef de l’Etat de mener ce dialogue direct. Il ne me revient pas de juger ou non de la sincérité de cette proposition. Ceci dit, le chef de l’Etat, vous l’avez rappelé, a rejeté publiquement la 1721. Les Forces nouvelles disent qu’elles ne veulent discuter que dans le cadre de la 1721. Il revient au médiateur de trouver le point d’entente. Je suppose que si demain, le président Compaoré m’appelle pour venir engager le dialogue direct, c’est parce qu’il se serait assuré au préalable, officieusement ou officiellement, que nos allons discuter à l’intérieur de la 1721. Et je n’ai pas de raison de douter du président Compaoré.
Le chef de l’Etat Laurent Gbagbo a dépêché auprès de vous un émissaire, en l’occurrence le ministre Désiré Tagro. De quoi avez-vous parlé ?
Cette information n’est pas totalement fondée. Si envoyer un émissaire, c’est recevoir M Tagro, sachez que je ne l’ai jamais vu, depuis l’annonce de ce dialogue direct. Ce qu’en revanche, je peux affirmer ici, c’est que le président Compaoré m’a appelé, et m’a passé M Tagro au téléphone. Ce dernier m’a expliqué la démarche du chef de l’Etat ivoirien. Cette démarche consistait à demander aux Forces nouvelles de mettre par écrit leurs préoccupations essentielles, de proposer des solutions et de motiver les solutions proposées. J’ai saisi le président Compaoré par écrit pour donner notre position. J’ai à peu près dit que les préoccupations des Forces nouvelles ont eu le privilège d’être analysées, discutées lors des nombreuses négociations qui ont eu lieu. Des solutions satisfaisantes ont été conclues et sont contenues dans les accords que nous avons pu signer. Les Forces nouvelles, avons-nous écrit, souhaitaient s’en tenir strictement à ces accords et à la résolution 1721 qui nous apparaît comme importante pour l’application et pour l’accélération du processus de paix.
La demande du dialogue direct aujourd’hui, remet le chef de l’Etat au cœur du processus de transition. Cela veut-il dire aujourd’hui que de façon définitive, irrémédiable, la revendication des forces d’opposition, principalement des Forces nouvelles sur la mise à l’écart de Laurent Gbagbo du processus de transition est abandonnée ?
Nous n’avons pas remis Laurent Gbagbo au cœur du processus. Nous avons restitué l’exactitude des faits. Nous avons simplement dit que M. Laurent Gbagbo est un acteur important du processus de paix, parce que c’est un ex-belligérant. Les Forces nouvelles constituent aussi l’autre ex-belligérant. C’est cela la réalité. Il contrôle une partie de la Côte d’Ivoire, les Forces nouvelles en contrôlent l’autre partie. A partir de là, ce sont des acteurs importants du processus. Bien sûr, il y a d’autres acteurs. Mais il y a deux ex-belligérants, et ces deux ex-belligérants, à notre avis, doivent avoir la possibilité de discuter d’un certain nombre de spécificités. Ceci dit, le chef de l’Etat a lancé son mot d’ordre de dialogue direct. Personne n’est dupe dans le contexte actuel. Mais nous disons, nous Forces nouvelles, qu’il faut prendre le chef de l’Etat au mot.
Qu’est-ce que vous attendez par personne n’est dupe, M. le ministre ?
Je veux simplement dire que nous n’allons pas de façon naïve à ce dialogue. Nous savons bien que ce dialogue peut cacher des arrière-pensées. Je dois vous rappeler que c’est quand même depuis le 4 novembre 2006, que l’idée de ce dialogue direct a été lancée. Nous n’avons pas tout de suite répondu. Ce n’est que le 1er janvier 2007, après réflexions internes, que nous avons donné la réponse que vous savez. Cela suppose, comme je l’ai dit, que personne n’est dupe. Nous savons bien que cela peut cacher des choses.
Qu’est-ce qui pourrait garantir le succès d’un tel dialogue quand on sait que les approches soutenues par l’Onu, la France, la CEDEAO, l’UA, ont toutes échoué?
Ce n’est pas moi qui ai lancé le dialogue direct. Moi j’étais à Bouaké quand on m’a dit qu’il faut un dialogue direct. Si le dialogue direct peut permettre d’appliquer la 1721, à la limite, ce serait une bonne chose. Vous me parlez de l’ONU, de la Cedeao, de l’UA, je veux bien, moi. Mais il faut être honnête. La communauté internationale, malheureusement, ne s’est pas donnée les moyens de mettre en œuvre les résolutions qu’elle-même a adoptées. Il y a la communauté internationale en Palestine et en Israël. Cela n’a pas mis fin à la guerre. Il y a la communauté internationale au Darfour et en Somalie mais la guerre continue dans ces pays. Lorsque le chef de l’Etat a publiquement rejeté la 1721, qu’a dit la communauté internationale ? Je pense qu’il faut réévaluer le rôle de cette communauté internationale. La communauté internationale est là d’abord pour aider les Ivoiriens à faire la paix. Elle ne fera pas la paix à la place des Ivoiriens. A mon avis, s’il y a une initiative, s’il y a une possibilité de faire avancer les choses, de donner espoir aux Ivoiriens, d’aller vers la paix, il est du devoir des Forces nouvelles d’y souscrire.
Ce dialogue direct, vos partenaires du RHDP y ont souscrit, à condition toutefois qu’il se fasse dans le cadre de la 1721. Est-ce un soutien politique fort ?
Nous avons été les premiers à dire que nous ne discutons que dans la 1721. Ils nous ont soutenu en tout point. Ils m’ont dit, vous avez le mandat et notre soutien. Donc cela a été un soutien fort auquel nous souscrivons pleinement. Et je comprends aussi la lourde responsabilité qui est la mienne, de faire en sorte de ne pas décevoir les Ivoiriens, de ne pas décevoir l’espoir de la paix. C’est une lourde responsabilité comme vous pouvez l’imaginer. En même temps, je comprends qu’il y a des risques que la communauté internationale, qui n’a pas pu faire son travail, qui a été incapable de sanctionner Affi N’Guessan et Mamadou Koulibaly, puisse trouver là une échappatoire d’une certaine forme d’incapacité. J’en suis conscient. Mais nous avons une responsabilité à assumer et nous l’assumerons. Le vrai problème qu’il y a, il faut le dire, c’est quand la communauté internationale prétend donner des pouvoirs à un gouvernement, des pouvoirs qu’elle-même en tant que communauté internationale, n’a pas en Côte d’Ivoire. Quand cette communauté internationale doit venir à Abidjan, c’est l’autorisation du chef de l’Etat qui est demandée. On dit dans les résolutions que Laurent Gbagbo n’est que chef de l’Etat, mais eux-mêmes (les membres de la communauté internationale) le reconnaissent en tant que Président. La Côte d’Ivoire continue d’être souveraine, d’avoir une armée, qui proclame dans les médias sa fidélité au chef de l’Etat. Que voulez-vous que nous disions ? Voilà la réalité. Du moment où la communauté internationale n’a pas pu être unie pour suspendre la Constitution ivoirienne, elle renonçait de facto à prendre le pouvoir en Côte d’Ivoire, pour ensuite le déléguer à quelqu’un. Là où on a délégué le pouvoir, il n’existe plus quasiment d’Etat central. C’était le cas au Liberia, au Bosnie, etc. voilà, la réalité. Vous savez, malheureusement, j’ai été obligé de réévaluer mon appréciation de la communauté internationale. La même communauté internationale était ici quand, le 4 novembre 2004, sous leurs yeux, les Sukhoï sont venus bombarder Bouaké. Je me suis alors rendu compte que depuis janvier 2003, des troupes qui étaient supposées être sur une ligne de cessez-le-feu, ne faisaient en fait que de la comédie. On s’est rendu compte que c’était de la bravoure inconsciente, quand nous nous levions de Bouaké pour venir à Abidjan. Nous risquions nos vies. Et vous voulez que je continue dans cette situation avec une communauté internationale qui n’a pas encore le pouvoir de décider en Côte d’Ivoire? Voilà le vrai problème. L’opposition ivoirienne doit prendre ses responsabilités et doit s’assumer. Il ne faut surtout pas renoncer à la lutte politique.
Vos alliés ont manifesté une sorte de crainte d’être mis à l’écart par rapport à ce dialogue direct. Est-ce la raison qui vous a motivé à appeler à une rencontre d’urgence du G7?
Nous avons appelé le G7, parce que pour nous, une alliance, ça se respecte. Mais nous n’avons pas fait que consulter le G7, nous avons également consulté le Premier ministre qui est le conducteur de la feuille de route. Ils comprennent bien que les Forces nouvelles, c’est l’autre ex-belligérant, et d’ailleurs, le G7 y est parfaitement habitué. Quand nous sommes allés à Pretoria, ce n’est pas tous les signataires de l’accord de Marcoussis qui y étaient. Nous sommes sept dans l’alliance du G7, mais seuls 3 ont été retenus dans l’accord de Pretoria. Mabri et Anaky ne se sont pas plaints par ce que leurs alliés sont allés discuter sans eux. Ils ne se sont pas sentis marginalisés ou exclus. Ce sont des choses qui sont bien comprises au sein du G7. Je ne crois pas et je n’ai personnellement pas perçu de crainte.
Vous ne pouvez pas nier qu’il existe des frictions au sein de votre alliance. Il y a notamment le refus du PDCI d’aller tenir la plateforme de dialogue du G7 à Bouaké. Alors quel est l’état exact des rapports des Forces nouvelles avec le PDCI ? Quel est l’état exact des rapports du ministre d’Etat Guillaume Soro avec le président Henri Konan Bédié ?
Je ne suis pas complaisant dans mon analyse et dans ma critique. Publiquement, je me suis interrogé sur l’existence de cette alliance du G7, sur la sincérité de cette alliance. Je suis donc naturellement le premier à reconnaître qu’il y a eu des problèmes au sein du G7. Il y a eu des problèmes parce que nous n’avions certainement pas fait le bon diagnostic de la situation à l’époque. Mon discours n’avait pas pour objectif d’aller à l’éclatement du G7. Il avait pour objectif d’amener à une remise en cause pour repartir du bon pied. C’est pourquoi, je pense que quand j’ai fait l’appel à une concertation urgente, le PDCI n’a pas refusé le principe de la concertation. Pour des raisons de convenances personnelles, le président Bédié a souhaité que la réunion des leaders se tienne à Abidjan. Il y avait également quelques problèmes de calendrier. Nous nous sommes accordés et vous avez vu que la rencontre à Abidjan a été un succès. Donc la friction n’était pas sur les principes. On ne peut même pas parler de friction, puisque Bédié, dès que je lui ai envoyé un émissaire, en l’occurrence le ministre Amadou Koné, a dit qu’il est parfaitement d’accord avec l’appel à la concertation du G7. Et a donné son accord pour y prendre une part active.
C’est quoi le complexe de la rébellion dont vous parliez dans votre discours du 1er janvier ?
Le complexe de la rébellion (rires)…A un certain moment, certains de nos alliés montraient des signes indiquant qu’ils ne voulaient pas s’afficher avec la rébellion. Je pense que ce sont des choses qui, avec le temps, doivent se régler. (…) Mais en même temps, nous avons suggéré, et vous l’avez constaté dans le communiqué du G7, qu’il faille mettre en place une commission qui travaillerait à la restructuration du G7. Et ne croyez pas du tout que nous avons pris ombrage. Nous assumons pleinement nos actions. Ce que nous demandons, c’est de constituer une alternative crédible pour notre pays.
La rencontre du G7 a renouvelé son soutien au Premier ministre tout en faisant un diagnostic sévère sur sa feuille de route qui n’a pas démarré. N’est-ce pas une méthode pour affaiblir Charles Konan Banny ?
Ce n’est pas une affaire personnelle. Nous avons fait un diagnostic précis et sans complaisance de la résolution 1721 et de sa mise en œuvre. Est-ce vrai, oui ou non, que les audiences foraines n’ont pas démarré, et même qu’il n’existe pas jusqu’à ce jour un mode opératoire consensuel? Nous avons fait des constats précis. Maintenant, les causes sont à rechercher. Est-ce que c’est parce que le Premier ministre est incompétent ? Est-ce parce que la communauté internationale ne s’est pas donné les moyens de faire appliquer la feuille de route ? Est-ce que c’est le camp présidentiel qui n’a pas endossé les résolutions et qui est le principal obstacle ? Les responsabilités peuvent être partagées. Il ne s’agit donc pas de la personne de Charles Konan Banny. Il s’agit de dire que depuis l’adoption de la résolution 1721, nous sommes dans l’impasse, et qu’elle n’a pas connu un début d’application.
Concrètement, quel commentaire faites-vous du fait que le Premier ministre depuis l’adoption de la résolution 1721 n’ait signé aucune ordonnance, aucun décret?
Ce débat m’embarrasse. Nous avons vu le Premier ministre suspendre certaines personnalités mêlées à l’affaire des déchets toxiques. Tous les Ivoiriens ont applaudi. Ils étaient contents du discours du Premier ministre. Quelques jours après, le chef de l’Etat les réinstalle. Vous avez suivi toutes les péripéties. Le Premier ministre même a été interdit d’accès à la télévision. A partir de là, je ne sais pas s’il faut totalement lui en vouloir. Moi, en tant que ministre, j’ai souffert de l’absence totale de pouvoirs, dans l’ancien gouvernement de Seydou Diarra. Dans celui-ci, je ne suis pas convaincu que si la ministre déléguée à la Communication prenait des mesures à la RTI, ces mesures seraient respectées. Je pense à mon avis que le Premier ministre a craint la paralysie. Il a évité de prendre des ordonnances ou des décrets parce qu’il sait que s’il prend ces ordonnances et décrets, le soir même, le chef de l’Etat en prendrait d’autres pour contester les siens. Et la communauté internationale accepterait les décrets du chef de l’Etat de façon fatale. A partir de là, il tomberait dans la banalisation. Je ne sais pas si ce serait profitable pour le processus. A mon avis, si le Premier ministre n’a pas signé de décret ou d’ordonnance, c’est parce qu’il sait que le pouvoir est encore dans les mains du chef de l’Etat. Mais mieux, il sait qu’il ne peut pas compter sur la communauté internationale. La preuve, il a suspendu des gens. Ces gens ont été réinstallés et il n’y a eu aucune réaction de la communauté internationale. Et c’est à peine si elle n’a pas honte d’évoquer cet épisode douloureux pour la Côte d’Ivoire.
Concrètement, si aujourd’hui, dans le cadre d’une résolution nouvelle, il vous était proposé, à vous M. Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles d’occuper la primature pour exécuter un mandat relatif au processus de sortie de crise, quelle serait votre réponse ?
Pour le moment nous n’y sommes pas. Vous comprendrez que je ne puisse pas répondre à une proposition qui n’est pas encore faite. Le sujet est sérieux et important. Nous, notre logique c’est de savoir si on est dans la 1721 ou si on est dans une autre transition. Si on est dans la 1721, il n’y a qu’un seul Premier ministre : Charles Konan Banny. Si demain, la 1721 était mise de côté et que la communauté internationale décidait de faire des aménagements importants dans la transition, alors nous allons nous asseoir avec tous les acteurs ou avec la communauté internationale pour regarder les mécanismes de fonctionnement de cette transition. Dans ce cas alors, les Forces nouvelles seraient fondées à réclamer un partage du pouvoir politique et militaire. Et nous serons là pour dire qu’en tant qu’ex-belligérant, et au nom de ce statut, nous voulons, si le camp présidentiel est président de la transition, que les Forces Nouvelles soient par exemple vice présidente ou vice versa. Voilà ce que nous voulons. Mais il y a une résolution à laquelle nous souscrivons. Nous la soutenons.
Est-ce que les réaménagements dont vous parlez, n’ont pas déjà commencé, quand on sait qu’il y a une cassure dans le cadre de la médiation, qui voit la mise de côté de Sassou N’Guesso en faveur du président Blaise Compaoré ?
Ecoutez, ce n’est pas la communauté internationale, mais M. Laurent Gbagbo lui-même qui a sollicité le président Compaoré. Et je crois que le président Compaoré est en phase avec le président de l’Union africaine. Je vous précise que le ministre des Affaires étrangères, le ministre d’Etat Adada, membre du GTI, co-président du GTI était bien là quand nous avons parlé du dialogue direct. Et vous savez la réponse que le GTI a donnée en ce qui concerne le dialogue direct. Je crois que toutes les initiatives et les bonnes volontés pour amener la Côte d’Ivoire à la paix sont salutaires.
A quand votre retour au gouvernement ?
Mais n’ai jamais quitté le gouvernement
A quand votre retour au Conseil des ministres ?
Il n’y a eu à ce jour qu’un seul Conseil des ministres. Vous pouvez quand même accepter que j’aie été absent à ce seul conseil. Quand il y en aura, je viendrai.
Interview réalisée par Touré Moussa et D. Al Séni en collaboration avec “Le Patriote"