COTE D'IVOIRE / NOMINATION D'UN PREMIER MINISTRE / DECLARATION DU PDCI-RDA /RDA
Jeudi 24 Novembre 2005
Le PDCI-RDA a suivi avec attention les négociations menées par leurs Excellences les Présidents Olusegun Obasanjo, Mamadou Tandja et Thabo MBeki relatives à la nomination du Premier Ministre sur la base de la Résolution 1633/2005 du Conseil de Sécurité de l’ONU.
Le PDCI-RDA regrette le blocage de ces négociations par Monsieur Laurent Gbagbo le mardi 22 novembre 2005.
Le PDCI-RDA rappelle que c’est par la Résolution 1633/2005 que la Communauté internationale a imposé Monsieur Laurent Gbagbo, comme chef de l’Etat pendant la transition, alors que son mandat a expiré le 30 octobre 2005. Il importe donc que sur la base de cette même Résolution et conformément à la même procédure déjà engagée, soit nommé par la Communauté internationale, le nouveau Premier Ministre, parmi les deux personnalités que sont messieurs Gaston Ouassenan Koné et Coulibaly Tiémoko Yadé parvenus en tête de liste après de larges consultations.
Le PDCI-RDA traduit sa gratitude aux Présidents Olusegun Obasanjo, Mamadou Tandja et Thabo MBeki et les assure de son soutien quant à l’aboutissement heureux et rapide de la procédure engagée avec l’aval des parties ivoiriennes signataires de Accord Linas-Marcousis, pour mettre fin aux souffrances du peuple ivoirien.
Le PDCI-RDA dénonce et condamne toutes tentatives de blocage de cette procédure.
Fait à Abidjan,
le 23 novembre 2005
Pour le PDCI-RDA
Le Secrétaire général
Pr Alphonse Djédjé Mady
COTE D'IVOIRE / BLOCAGE DE LA NOMINATION DU PREMIER MINISTRE / REACTION DE LEADERS DE PARTIS POLITIQUES
Mercredi 23 Novembre 2005
Les trois chefs d’Etat, Thabo Mbeki de l’Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigéria et Tandja Mamadou du Niger, ont rencontré hier 22 novembre, à la résidence de l’ambassadeur du Nigeria en Côte d’Ivoire à Cocody, les différents acteurs politiques ivoiriens. Au sortir de cette rencontre qui n’a duré qu’environ 4 minutes, ces derniers ont réagi.
Aimé Henri Konan Bédié (président du Pdci-Rda)
‘’La partie est remise’’ Nous sommes venus écouter le président Obasanjo. Nous n’avons pas de consensus. Par conséquent, la partie est remise.
Pascal Affi N’Guessan (président du Fpi)
‘’Nous n’avons pas d’influence sur leur démarche’’ Ce sont les chefs d’Etat qui nous ont informés de ce qu’après avoir fait ce premier tour, ils constatent qu’il est nécessaire de revoir la méthodologie de sélection du Premier ministre et donc, ils vont se retirer et nous proposer une autre méthodologie les jours à venir. Ça fait long, nous aurions souhaité que cela aille plus vite. Malheureusement, c’est ce que dit la résolution. Ils ont mandat de consulter les acteurs politiques ivoiriens. Nous n’avons pas de grande influence sur leur démarche. Nous sommes obligés de nous engager dans cette voie. Nous ferons en sorte que cela aille mieux.
Konaté Sidiki (porte-parole des Forces nouvelles)
‘’Il n’y a pas eu d’entente sur les procédures’’ Non, il n’y a pas eu de Premier ministre. Nous avons été informés par les médiateurs qu’il n’y a pas eu d’entente sur les procédures. Donc, aujourd’hui, la Côte d’Ivoire ne peut pas avoir de Premier ministre. Et très certainement, ils s’en vont, ils reviendront avec une nouvelles méthodologie.
Mabri Toikeusse (président de l’Udpci)
‘’Les Ivoiriens attendent’’ Les chefs d’Etat ont déclaré qu’ils n’ont pas trouvé de personnalités acceptables pour tous, donc ils se retirent, ils reviennent à nous dans un bref délai. Ce n’est pas précisé. Nous espérons que ce délai sera véritablement bref, parce que les Ivoiriens attendent. L’Etat ne fonctionne pas, les populations ne se portent pas bien, l’Economie se détériore et nous n’avons pas besoin d’avancer davantage dans cette situation. Nous avons besoin qu’un gouvernement fonctionne rapidement pour arrêter les souffrances des Ivoiriens.
Anaky Kobena (président du Mfa)
‘’La rencontre n’a duré que 3 ou 4 minutes’’ Nous avons été informés de ce qu’il n’y a pas eu d’accord sur les deux noms qu’ils avaient réservés en dernier ressort sur les 16. Donc, ils se retirent, ils reviennent bientôt avec une nouvelle méthodologie quant à la recherche de ce Premier ministre. Ils nous ont dit qu’il n’y a pas eu d’accord. La rencontre a duré à peine trois ou quatre minutes. Il n’y a pas eu de question. Dès que le président Obasanjo a annoncé cela, il a dit au revoir à tout le monde et ils se sont retirés.
Kahé Eric (ministre Udpci)
‘’Nous faisons confiance aux trois chefs d’Etat’’ Le fait de contribuer à rapprocher les Ivoiriens, à faire en sorte qu’un consensus le plus large soit trouvé, nous réjouit. Nous regrettons que chaque jour qui passe est une souffrance supplémentaire pour la Côte d’Ivoire. Et une solution heureuse, le plus rapidement possible, aurait été pour nous la meilleure voie. Mais nous faisons confiance à la sagesse et à la pertinence des trois chefs d’Etat. Nous sommes respectueux des Instituions, combien à plus forte raison nous serons respectueux des décisions des chefs d’Etat des pays étrangers qui n’étaient pas obligés de venir nous soutenir, mais qui le font dans le simple cadre de la solidarité africaine. Nous continuons à faire en sorte que la représentation de l’Udpci soit la vraie.
Source"FRATMAT"
COTE D'IVOIRE / DECLARATION DE S.E.M.OLUSEGUN OBASANJO SUITE A LA MEDIATION POUR LA NOMINATION DU NOUVEAU PREMIER MINISTRE
Mercredi 23 Novembre 2005
Avant son départ pour le Nigéria , le Président de l'Union Africaine a fait un point de presse suite à la récusion des candidats au poste de Premier Ministre. Voici la teneur de cette déclaration.
"Au nom des Présidents Thabo Mbeki, Tandja et en mon nom personnel, je vous adresse la parole. Si vous vous rappelez bien, la Résolution des Nations unies nous a mandatés pour vous aider à trouver un Premier ministre acceptable par tous.
En ma qualité de Président de l'Union africaine, je suis venu ici le 4 novembre dernier, le Président Mbeki s'est fait représenté par un de ses ministres alors que le Président Tandja a eu confiance en moi, il m' a dit de le représenter.
J'ai eu des concertations de grandes envergures avec tous les partis politiques d'ici.
Mon ministre des Affaires étrangères était avec moi.
Tous les partis politiques ont choisi des noms et en tout, il y avait 16. Cette liste a été dressée par ordre de préférence et mon ministre envoyé ici a également fait de grandes concertations avec toutes les parties y compris les Forces nouvelles.
Il s'est rendu à Bouaké et nous avons pu réduire la liste de 16 personnes à quatre (4). Cet après-midi, nous trois, c'est-à-dire les Présidents Mbeki, Tandja et moi-même, lorsque nous nous sommes penchés sur la question, nous avons pu réduire encore la liste de quatre (4) à deux (2).
Malheureusement aucune de ces deux personnalités n'a rencontré l'assentiment des partis signataires des Accords de Linas-Marcoussis. Ceci étant, cette phase de méthodologie n'a pas produit le fruit espéré.
Alors, nous considérons que cette situation n'est qu'un défi.
Nous allons donc changer de méthodologie et vous produire le fruit escompté.
Nous allons, de ce fait, nous donner beaucoup plus de temps pour changer de méthodologie et nous espérons être de retour d'ici dix (10) jours.
Nous ne considérons pas cette situation comme un échec, non, nous la considérons comme un défi auquel nous sommes en mesure de faire face.
Nous lançons un appel aux leaders des partis politiques de ce pays afin qu'ils se rendent compte que nous n'avons pas le temps et qu'il est très important d'aller plus vite. Déjà presqu'un mois s'est écoulé et nous n'avons que douze mois fixés pour réaliser le processus de désarmement, de démantèlement des milices et pour organiser les élections mais aussi pour réaliser la réunification de la Nation. Nous espérons qu'avec le concours de tout le monde, nous y arriverons et les forces politiques doivent réaliser que c'est l'homme de la rue qui souffre. Je vous remercie ".
Propos recueillis par
Anne-Marie N. .
COTE D'IVOIRE / NOMINATION D'UN PREMIER MINISTRE DE CONSENSUS / ARRIVEE A ABIDJAN DE MM. OBASANJO TANDJA ET M'BEKI
Mardi 22 Novembre 2005
/Il n’y a jamais deux sans trois. Cet adage vient de se confirmer dans la nomination du “nouveau Premier ministre acceptable pour tous”. Après les couacs des 4 et 16 novembre derniers, la diplomatie africaine a encore trébuché hier. La montagne a accouché d’une souris; les Présidents Olusegun Obasanjo (président en exercice de l’Union africaine), Thabo Mbeki (médiateur de l’Union africaine) et Mahmadou Tandja (président en exercice de la CEDEAO) n’ayant pas réussi à trouver un successeur à Seydou Elimane Diarra.
Après une heure environ de discussions à huis clos entre le Président Laurent Gbagbo et les trois mandataires de la communauté internationale, au Palais présidentiel, la cause était entendue. A des proches qui sont venus aux nouvelles au départ de ses hôtes, Laurent Gbagbo a annoncé que, contrairement au 4 novembre, il ne se rendrait pas à l’aéroport Félix Houphouet-Boigny pour dire au revoir au général Olusegun Obasanjo. Message: les négociations ont échoué.
Le décor planté précipitamment en ces lieux pour la déclaration du Président nigérian traduisait éloquemment l’échec des pourparlers. Au départ, deux sièges surmontés de deux drapeaux ont été disposés pour les Présidents nigérian et sud-africain. Mais rapidement le drapeau sud-africain a disparu et un siège a été débarrassé. Et quand le président en exercice de l’UA est arrivé seul, à 19h 05 à l’aéroport, il n’a pas voulu perdre de temps. “Are you ready?”, c’est-à-dire “Etes-vous prêts”, a-t-il lancé à l’attention des journalistes.
Olusegun Obasanjo a fait le point des discussions. Il a reconnu que la méthodologie qu’il a utilisée pour la désignation du Premier ministre n’a pas “produit les fruits espérés”. Celle-ci a consisté à demander aux signataires de l’accord de Linas-Marcoussis de proposer les noms des personnes qu’ils estiment… Premiers ministrables. Ainsi, seize noms ont été retenus. Après la défection de Monseigneur Ahouanan Djro Paul Siméon, évêque de Yamoussoukro, quinze candidats sont restés en lice. Après des sélections, le carré d’as a comprenis Mme Jacqueline Lohoues Oble, Gaston Ouassénan Koné, Coulibaly Tiémoko Yadé et Coulibaly Délinpelna Gervais. Sur ces quatre noms, deux sont restés en course: Ouassénan Koné et Coulibaly Yadé.
Mais au jeu du veto, les signataires de l’accord de la banlieue parisienne se sont neutralisés. L’opposition radicale a rejeté Mme Oble et Coulibaly Gervais qu’elle considère comme des militants “avérés” du FPI, le parti au pouvoir. Le camp présidentiel, de son côté, est resté ferme sur son refus de coopter les propositions du PDCI-RDA (Ouassénan Koné) et du RDR (Coulibaly T. Yadé). “Nous allons changer de méthodologie et nous espérons être de retour d’ici dix jours”, a annoncé le Président Olusegun Obasanjo sans révéler en quoi va consister la nouvelle formule et sans dire si la liste des Premiers ministrables est caduque au point que la communauté internationale va imposer un chef du gouvernement.
Néanmoins, le Président nigérian pense que la communauté internationale va prendre le taureau par les cornes. “Ce n’est pas un échec, c’est un défi que nous sommes à la hauteur de relever”, a-t-il déclaré. Aussi, amer et profondément déçu de l’impasse sur la nomination du Premier ministre, a-t-il interpellé toute la classe politique ivoirienne afin qu’elle mette l’intérêt national au-dessus des intérêts partisans. Car, non seulement les populations souffrent des affres de la guerre, mais aussi la tâche qui attend le futur gouvernement est énorme: désarmement des combattants, redéploiement de l’administration, identification des populations, recensement électoral et organisation de la présidentielle au plus tard le 31 octobre 2006. Un mois va s’écouler, épuisé par les querelles intestines et de clocher, sans que cette nouvelle équipe prévue pour le 31 octobre dernier ait vu le jour.
Repères
ÉCHEC. Le 25 janvier 2003, à Paris, Seydou Elimane Diarra est nommé, par le Président Laurent Gbagbo, Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale de Côte d’Ivoire. Sa principale mission est de restaurer la paix et la stabilité, réunifier le pays, organiser des élections libres, transparentes et ouvertes à tous. Mais le temps est passé et de blocage en blocage, le pays demeure divisé, coupé en deux.
ADDIS-ABEBA. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA) consacre sa 40ème réunion, tenue le 6 octobre à Addis- Abeba en Ethiopie, à la crise ivoirienne. D’importantes décisions sont prises, dont celles du maintien de Laurent Gbagbo comme Chef d’Etat à partir du 31 octobre pour une période de douze mois, la nomination d’un nouveau Premier ministre avec “pleine autorité sur son Gouvernement”.
FORUM. A Addis-Abeba, la réunion décide de la tenue d’un “Forum de dialogue” devant se tenir à Yamoussoukro, co-présidé par les Présidents Olusegun Obasanjo et Thabo Mbeki et devant rassembler, outre les signataires de l’Accord de Linas Marcoussis, la société civile ivoirienne. Ce Forum, qui devait se tenir avant le 31 octobre, ne s’est jamais ouvert. Se tiendra-t-il seulement un jour ?
INTERVIEW DE M.SORO GUILLAUME SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES (EX-REBELLION)
Mardi 22 Novembre 2005
Vous parlez de reconnaissance du statut de la belligérance. Mais ne pensez-vous pas que votre présence au sein du G7 a fini par assimiler la rébellion à une force politique ordinaire ?
Il faut que je clarifie la question du G7, le groupe des sept partis favorables à l’application des accords de Linas Marcoussis signés en janvier 2003 à Paris. C’est nous qui avons été à l’initiative de la mise en place du G7. Et ce que je dis là ne peut être contesté par personne.
C’est après que nous nous soyons rendus à Abidjan dans le cadre de nos activités gouvernementales, qu’au Golf hôtel, à la chambre 455 exactement, nous avons appelé et rencontré le professeur Alphonse Djédjé Mady, en premier lieu.
Et pour cause, le PDCI est le plus vieux parti politique ivoirien.
Dakoury-Tabley, le secrétaire général adjoint des Forces Nouvelles et moi-même l’avons reçu. Nous lui avons expliqué qu’il était nécessaire que les partis politiques qui ont partagé une certaine convivialité à Marcoussis, se retrouvent pour défendre l’accord que nous avons signé. Djédjé Mady a marqué son accord de principe.
Nous avons ensuite rencontré Affi N’Guessan du Front Populaire Ivoirien, Mel Théodore de l’UDCY, ainsi que le Pr Francis Wodié du PIT toujours au Golf hôtel. Puis, nous avons vu Anaky Kobenan du MFA, Paul Akoto Yao au compte de l’UDPCI et Amadou Gon Coulibaly du RDR pour leur faire, à tous, la même proposition. Nous avons souhaité que le PDCI convoque la première réunion, qui a eu lieu à la rotonde de l’Assemblée Nationale. Donc, nous avons été à l’initiative de cette belle alliance. Nous ne serons pas les auteurs de la déchirure de cette alliance.
Vous étiez dix au départ. Aujourd’hui vous êtes sept.
Nous étions dix. Mais au cours des discussions, le Front Populaire Ivoirien a claqué la porte, suivi de l’UDCY. Le PIT est resté un moment puis a claqué la porte par la suite. Ainsi nous sommes restés sept.
A partir de là, nous avons entretenu et consolidé l’alliance. Le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) dont M. Bédié peut être légitimement fier aujourd’hui, est né du fait nos collaborateurs ont appris à travailler ensemble, à tuer la méfiance entre eux et à tisser des liens. Cela a donné le RHDP. Les Forces nouvelles ne peuvent pas détruire ce qu’elles ont construit.
Lorsque nous avons quitté le gouvernement de réconciliation nationale pour nous replier à Bouaké, le G7 s’était essoufflé. De retour à Abidjan après moult négociations, nous avons de nouveau insisté sur la nécessité de voir le G7 se retrouver. Vous pouvez vous en souvenir.
J’ai pris mon véhicule et je me suis rendu au siège du FPI. C’était osé, même audacieux. J’y ai rencontré Pascal Affi N’Guessan.
Puis nous sommes allés au siège des autres partis politiques pour leur dire que nous signé un accord et que nous avons le devoir de continuer à l’expliquer et à le défendre. Nous avons fait cela. Il ne viendra donc jamais à l’esprit des Forces nouvelles de détruire le G7. Nous considérons qu’il est une chance pour la Côte d’Ivoire.
Même si le G7 a fragilisé votre position en ne vous soutenant pas dans la course à la primature de la transition ?
Voyez-vous, pour moi, il ne s’agit pas d’une question de promotion personnelle. Mon ego personnel n’est pas important. Nous avons voulu, mener un combat qui n’a pas été compris. Nous allons continuer par d’autres voies à insister.
C’est vrai que si le G7, après tous les débats que nous avions eus, était resté solidaire sur un seul nom proposé à l’initiative des Forces nouvelles, nous aurions accru la pression sur la communauté internationale, la pression sur Laurent Gbagbo, de sorte à parvenir réellement à le dépouiller de ses pouvoirs au profit d’un premier ministre. Cela n’a malheureusement pas fonctionné ainsi.
A lui seul le G7 avait sept candidats sur les seize présentés.
Exactement. Sept candidats. Nous nous sommes dispersés sur la primature…
Cela remet-il en cause vos accords antérieurs, notamment en ce qui concerne l’élection du président de la CEI concédé à un candidat du PDCI ?
J’ai demandé à notre candidat au poste de président de la Commission Electorale Indépendante de se retirer au profit du candidat du PDCI. Nous l’avons fait de bonne foi. Et si nous devions le refaire pour la cohésion du groupe, nous le referions.
Ceci dit, je constate simplement que les partis ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur le nom d’un Premier ministre. Mais en même temps, cela n’est pas une catastrophe. Le G7 n’a pas pu être solidaire autour de notre nom cela n’est pas une catastrophe. C’est sûr, cela a crée quelques légers désagréments.
Pour moi le plus important ce n’est pas cela, ce n’est pas le poste de Premier ministre. Le plus important c’est de parvenir, par d’autres voies, à faire du Premier ministre un homme qui a de l’autorité, qui est appuyé par la communauté internationale et qui applique les accords avec l’objectif d’organiser des élections transparentes.
Nous ne détruirons pas le G7 pour un poste de premier ministre, cela n’en vaut pas la peine. Les Ivoiriens souhaitent autre chose. Et je peux comprendre que certains soient déçus que nous n’ayons pas eu au moment approprié, la stratégie idoine pour contraindre Gbagbo. Ce qui m’a désolé, c’est que nous avons dit que nous ne voulons pas de M. Gbagbo au pouvoir.
Venir nous battre pour un poste de Premier ministre sans avoir au préalable obtenu que celui-ci ait l’autorité nécessaire pour conduire le processus est vraiment désolant…
Dans cette mini crise, le G7 s’est cassé en trois blocs.
Cette mini-crise, comme vous l’appelez, permettra de tirer des leçons et de renforcer la cohésion du G7. Sans cette crise, peut-être ne serions nous pas suffisamment armés pour affronter les prochaines difficultés. C’est une leçon de choses pour tous. A l’avenir, nous saurons apprécier l’essentiel, l’important du secondaire.
Mini crise peut-être, mais certains de vos collaborateurs n’hésitent pas à parler de trahison parce que l’accord du 18 octobre, c’est-à-dire la CEI au PDCI contre la Primature aux Forces Nouvelles, n’a pas été respecté.
Oui, il y a eu un problème là…
Vous avez été trahis ?
…Il y a eu un problème de respect de la parole donnée. Moi je suis le responsable des Forces nouvelles. Je pense qu’il faut sauver l’alliance. Il ne sert à rien de continuer de guerroyer. C’est un acte qui a été posé. Et l’essentiel est dans notre cohésion, l’union de l’opposition…Il faut aller de l’avant après cette crise. C’est faire en sorte d’avoir un premier ministre qui ait des pouvoirs.
Mais il subsiste un problème Forces nouvelles-PDCI au sein du G7, un problème Soro-Bédié. Au PDCI, il se dit au sommet que M. Bédié estime que les militants de base ne sont pas prêts à vous accepter comme Premier ministre. Ils ne le comprendraient pas, dit-on.
Ecoutez, je pense que… (Il se tait quelques secondes) Je pense qu’il faut donner le temps à Monsieur Bédié de travailler sa base pour qu’elle m’accepte dans un futur que je sais très proche. A mon avis, il n’y a pas de problème.
Moi, ma base, je l’ai déjà travaillée. Elle accepte M.Bédié.
Vous savez qu’il était en exil, il a pu rentrer. Mais il faut lui donner du temps. L’essentiel c’est de sauver l’union. Il faut aller à l’union. Quand demain, nous irons à des élections, il sera toujours nécessaire de travailler ma base pour qu’elle accepte de soutenir Bédié puisque je ne suis pas candidat.
Donc il y a un travail réciproque que chacun doit faire. Je considère que M. Bédié n’a pas eu suffisamment de temps pour expliquer à ses militants que Guillaume Soro est une réalité, qu’il est dans l’alliance du G7. Moi je lui en donne le temps.
Avez-vous évoqué cette crise avec M. Bédié ? Avez-vous vidé ce contentieux ?
Pour la Commission Electorale Indépendante, j’avais eu à échanger avec le président Bédié.
J’ai demandé à la suite de cela, au candidat des Forces nouvelles de se retirer de la course, non sans difficultés. Je l’ai fait en toute responsabilité et en toute loyauté. Maintenant je pense que le doyen Bédié et moi-même nous nous comprenons.
J’étais à l’extérieur quand cette crise a eu lieu. Je suis de retour et j’ai, par les canaux habituels, les informations qu’il souhaite me faire passer.
Il y a eu quelque chose, c’est vrai, mais il faut aller de l’avant. Nous continuerons de préserver le G7, même si à des moments donnés, nous avons des divergences de vue sur des questions que certains estiment prioritaires.
Mis à part le PDCI, considérez vous que le RDR, dont on dit qu’il est votre allié traditionnel, vous a lâché dans cette crise ?
Je vais être franc avec vous. Et je vais même vous faire une révélation. Le vendredi, jour de l’arrivée de M. Obasanjo en Côte d’Ivoire, M. Ouattara et moi-même étions en contact permanent. Nous étions ensemble à Paris. Et j’ai bien vu l’insistance de M. Ouattara pour que le RDR soutienne ma candidature.
A mon avis, M. Ouattara a été loyal avec les Forces nouvelles. A l’impossible nul n’est tenu. A un moment donné, il a été décidé que chaque parti politique donne un nom. C’est M. Bédié qui conduisait la réunion du G7. M. Alassane Ouattara tout seul, ne pouvait rien faire. Donc il a dû se plier à une décision majoritaire du RHDP.
Et c’est ainsi, sans même avoir le temps d’informer les responsables de son propre parti, qu’il a proposé M. Tiémoko Yadé. Jusqu’au bout, il est resté loyal avec les Forces nouvelles.
Et c’est pour lui renvoyer l’ascenseur que nous avons classé M. Tiémoko Yadé en deuxième position sur notre liste, puisque jusqu’au bout M. Ouattara a maintenu, soutenu le candidat Guillaume Soro au poste de Premier ministre. Il n’était pas à Abidjan. Et le RHDP, à la majorité, a décidé que chacune de ses formations politiques devait présenter un candidat. Les Forces nouvelles ne pouvait pas demander à M. Ouattara de saborder les intérêts de son parti. Ce sont là des informations que les militants de base n’ont pas eues.
Je comprends la gêne du RDR et de M. Ouattara à le dire publiquement et officiellement. Mais moi je le dis. Nous n’avons pas été lâché par M. Ouattara .
C’est pourquoi son candidat est deuxième position sur notre liste.
Vous dites aujourd’hui «avançons ». Et le G7 a toujours M. Laurent Gbagbo en face. Comment recoller les morceaux de votre alliance ?
Avec ce que j’ai entendu de la médiation, les quatre noms qui circulent ne pourraient pas faire l’objet d’un consensus. Ils ne seront pas acceptables pour tous. Déjà on nous informe que les partis de la mouvance présidentielle ont tous récusé Tiémoko Yadé et Ouassenan Koné et les partis d’opposition ont rejeté Jacqueline Oble et Gervais Coulibaly.
A mon avis, le G7 doit rapidement se ressaisir afin que nous continuions de constituer cette force unie pour affronter l’autre qui est Gbagbo Laurent. Les petits calculs d’épicier ont failli nous distraire de l’important, de l’essentiel.
C’est dialectique, toute chose a un retour. Comme tout le monde se rend compte qu’il ne s’agit pas de faire la promotion d’un individu, nous avons intérêt à nous réunir pour définir une stratégie, soit pour contraindre M. Gbagbo à démissionner soit pour lui arracher tous les pouvoirs au profit du Premier ministre.
Outre MM.Ouattara et Bédié, quels rapports entretenez vous avec les autres leaders du G7, MM. Anaky Kobenan et Mabri Toikeusse?
Avec M Anaky, nous avons de très bons rapports. Je considère que c’est un monsieur loyal. Avec Mabri, il est vrai, nous ne nous sommes pas beaucoup fréquentés, mais nous avons de bons rapports.
Une question pour conclure ce chapitre. L’opposition a quand même vu cette transition venir. Vous, leaders du G7, avez annoncé la fin du mandat de Laurent Gbagbo pour le 30 octobre 2005. Pourquoi le G7 donne t-il donc tant aujourd’hui le sentiment de n’avoir pas préparé cette échéance capitale, de n’avoir pas prévu d’alternative à Laurent Gbagbo au soir du 30 octobre ?
C’est une question qui mérite d’être posée. Elle est pertinente. Je pense que nous avons manqué d’anticiper sur la date du 30 octobre et de mobiliser réellement nos forces. Nous, nous sommes quelque peu handicapés par la communauté internationale qui fait une interposition. De sorte que toute la mobilisation que nous pouvons réaliser ici à Bouaké, aussi forte soit-elle, ne peut pas gêner le pouvoir de Laurent Gbagbo dans les autres 40% du territoire qu’il occupe. Nous avons tous renoncé à la conquête armée à cause de l’interposition de la communauté internationale.
A partir de là, à mon avis, les espoirs suscités par les différents accords ont distrait le G7. A Abidjan aussi, il y a une situation objective avec les milices, avec une armée manipulée et prête à écraser l’opposant. Tout ceci conjugué a certainement amoindri la capacité des forces politiques à créer l’alternative.
Mais aujourd’hui, il faut continuer à insister parce que ce que vous dites est vrai. Lorsque nous demandons à la communauté internationale de faire preuve de courage, elle nous dit « Vous n’êtes pas aux portes d’Abidjan », comme le LURD à la porte de Monrovia pour qu’on retire Charles Taylor. Si cela est vrai, il est tout aussi vrai que c’est la communauté internationale qui nous a empêché de prendre Yamoussoukro. Au prétexte que Yamoussoukro était la capitale politique. Il est tout aussi vrai que ce sont les hélicoptères français qui nous ont délogés de Grabo parce que nous menacions le port de San Pedro.
Il est tout aussi vrai que les militaires français ont stoppé notre marche sur plusieurs villes. Malheureusement les Français et la communauté internationale ne se sont pas donnés les moyens d’un règlement durable de la crise ivoirienne. C’est notre malheur.
Changeons de sujet pour parler de l’école en zones Forces nouvelles. Irez vous jusqu’au bout pour organiser les examens face à la défaillance du ministère de l’éducation nationale ?
Il me faut vous rappeler que quand la guerre a éclaté le 19 septembre 2002, au cours d’une déclaration à la nation en décembre 2002, j’ai appelé les enseignants, le monde de l’éducation, les parents d’élèves, les élèves, à travailler à la réouverture des écoles dans notre zone.
Un mois après, c’était une réalité palpable, les premières classes commençaient à ouvrir dans notre zone. Et nous avons travailler d’arrache pied pour essayer de rattraper le retard causé par la guerre. Au bout nous avons pu organiser les examens dans des conditions acceptables ou normales. Les diplômes ont été délivrés, les élèves ont eu un taux de réussite honorable. Cela été un soulagement pour les parents et une fierté pour le monde de l’éducation. Pour l’année 2005, nous avons été par les attitudes du ministre FPI de l’éducation nationale a retiré systématiquement nos candidats du calendrier des examens.
D’arguments fallacieux en arguments fallacieux, il a refusé d’organiser les examens. Je puis vous dire que je suis personnellement choqué que les enfants en viennent à être otages d’une guerre qu’ils n’ont pas créée. On veut justement par ce moyen inacceptable provoquer le dégoût des populations à l’endroit des Forces nouvelles. J’ai moi-même reçu ici à Bouaké le ministre de l’éducation nationale qui, dans un passé récent venait passer des week end auprès de ses parents au village. Au décès de son père, le ministre Amani Michel m’a adressé un courrier dans lequel il demandait la coopération pleine et entière des Forces nouvelles pour lui permettre d’enterrer dignement son géniteur.
Vous savez que la mort est sacrée en Afrique. Malgré des observations quelque peu désobligeantes de certains de nos collaborateurs, j’ai reçu le ministre Amani à Bouaké. Il a eu droit aux égards des Forces Nouvelles pour l’organisation des obsèques de son père. Il est venu avec une forte délégation d’environ 500 personnes que nous avons accepté de sécuriser. J’ai été moi-même représenté à ces funérailles.
Nous n’avons donc pas compris que le ministre, qui avait promis à l’ensemble du monde de l’éducation, aux populations, qu’il allait organiser les examens ne le fasse pas.
Il avait pourtant affirmé que les épreuves étaient déjà prêtes et que rien ne s’opposait plus à l’organisation de ces examens. Notre amertume a été grande de constater que le ministre Amani, qui avait déclaré lui-même à la télévision nationale qu’il organiserait les examens au cours d’une réunion avec nos délégués sur ce sujet, affirme désormais qu’il ne disposait pas de moyens financiers pour des examens dans notre zone.
Le système des Nations Unies contacté, s’est dit prêt le même jour à débourser les fonds, environ 400 millions de francs CFA. C’est à ce moment là que le ministre va rebondir sur un autre argument. Il demande cette fois, non pas des moyens financiers, mais que les FANCI viennent dans nos zones pour sécuriser les examens. Il croyait avoir trouver là la faille pour bloquer l’organisation desdits examens. Naturellement les FANCI ont répondu que ceci était inacceptable et impossible. Le ministre est revenu à la charge en insistant pour que ce soient les Forces Onusiennes qui viennent cette fois sécuriser les centres d’examens. Les Forces Onusiennes lui ont répondu qu’elles étaient disposées à sécuriser les épreuves jusque dans nos zones, mais qu’elles ne pouvaient en aucun cas, alors que nous sommes dans un processus de réconciliation, mettre un agent dans tous les centres d’examens. Voilà donc l’argument que tient le ministre Amani jusqu’à ce jour pour ne pas organiser les examens. Alors que faut –il en déduire ? Il faut voir à travers cela la mauvaise foi de M. Amani en tant qu’individu, tout en indexant l’appareil FPI qui a pris le ministre en otage. J’ai même ouïe dire que la vie du ministre était menacée. C’est dire que son intégrité physique était directement menacée si jamais il se hasardait à organiser les examens.
Menacé par qui ?
Par les escadrons de la mort de M. Gbagbo. Il se dit aussi que certains, au FPI même, ont commencé à l’indexer comme un traître, un rebelle parce que ses visites fréquentes ici au centre ne s’expliquaient pas. Mais tout cela n’exonère pas M. Amani ; il aurait pu être courageux. Et je pense que le fait qu’il ne soit pas revenu vers nous pour nous dire « vraiment je vous ai promis d’organiser les examens mais je risque ma vie », n’est pas courtois. Mais la question même de l’organisation autonome des examens dans nos zones se pose.
Que comptez vous faire donc ?
Ecoutez, moi je ne peux pas continuer de résister à la pression sociale. Les élèves, qui pendant deux ans ont suivi des enseignements, doivent être évalués. Et des diplômes doivent être délivrés à ce qui le méritent. J’ai évoqué la question avec le ministre des affaires étrangères du Nigeria qui était scandalisé et qui a trouvé cette affaire totalement inacceptable. Donc je pense que nous allons continuer de poser le problème au niveau de la médiation, de la communauté internationale, à l’ONU. M. Pierre Schori, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU est largement informé sur cette question.
Vous l’en avez saisi ?
M. Pierre Schori est venu lui-même ici où il a rencontré les élèves, il doit donc être le premier à être informé de la situation de la zone. Que cela ne lui paraisse pas une priorité, je suis surpris. Le système des nations unies était prêt à intervenir financièrement, cela veut dire qu’il est informé. Que le droit à l’éducation reconnu par l’ONU ne soit pas son cheval de bataille, je suis aussi surpris.
Que comptez vous faire aujourd’hui ?
Nous allons demander à une équipe de se préparer financièrement et techniquement pour être prête. Nous avons espéré que le premier ministre serait nommé rapidement pour que ces examens s’organisent. Mais si ce n’est pas le cas, les Forces nouvelles prendront leurs responsabilités.
Et la situation sanitaire dans la zone ? Certains hôpitaux, notamment l’hôpital général de Bouaké, ont été légèrement réhabilités ?
Nous avons décidé à notre propre niveau de travailler sur l’éducation, sur la santé, sur l’eau et l’électricité. Je peux vous dire que la situation est suffisamment précaire. Vous savez que l’électricité et l’eau ont été coupés ici pendant une dizaine de jours. C’est inimaginable que quelqu’un qui se considère comme le président de tous les ivoiriens décide de punir près de sept millions de citoyens qui vivent ici. Dans nos zones, nous gérons près de sept millions d’habitants. Quand on coupe l’eau, l’électricité ou le téléphone à sept millions d’habitants, c’est inacceptable. Nous, nous avons vécu ici pleinement. Mais mieux, tous les investissements qui devaient se faire pour la réhabilitation des infrastructures ne sont pas effectués.
M. Laurent Gbagbo entend là punir la rébellion.
Mais en réalité on punit sept millions de citoyens, dont des électeurs. Et c’est ça qui approfondit et accentue la crise. Même quand le pays sera réunifié un jour, il faudra que tous ces crimes perpétrés contre les populations soient exorcisés, c’est important. Il faudra que M. Amani explique au nom de quelle politique il peut détruire l’avenir d’environ 400 milles élèves dans nos zones qui demain, dans cinq ou dix ans le tiendront personnellement responsable de l’avenir qu’il n’ont pas eu.
Et c’est extrêmement important. Je ne peux pas comprendre, à moins que les militants du FPI n’aient pas d’ambition pour leur pays, qu’ils soient obtus et enfermés, dans une logique suicidaire. Que la carrière politique de Gbagbo soit consommée ne veut pas dire que la carrière de tous les militants du FPI le soit aussi.
Et vos combattants, parvenez-vous à les entretenir en attendant que le processus de regroupement et de désarmement ne commence ?
Je pense que dans ce domaine beaucoup reste à faire. Mais beaucoup aussi a été accompli. La guerre a éclaté le 19 septembre 2002. Nous avons de façon embryonnaire essayer de mettre en place une administration économique pour subvenir aux besoins de notre armée. Naturellement, nous avons comme urgence de nourrir nos éléments, de leur assurer la pitance quotidienne trois fois par jour. Nous nous sommes impliqués dans la recherche de moyens pour le réussir. Nous gérons plus de trente mille soldats, c’est quand même énorme comme budget à consentir à notre armée.
Et dans le même temps, il faut de l’argent pour faire d’autres investissements. Donc, nous avons essayé de maintenir ce cap et surtout d’essayer de donner des primes à nos soldats. Beaucoup a été fait. Beaucoup reste cependant à faire pour une amélioration de leurs conditions de vie.
Pendant trois ans, nous avons essayé de faire le minimum. Nous ne demandons pas des félicitations. Mais quand vous avez été confronté à la situation que nous avons vécue, c’est-à-dire quand la guerre à commencé le 19 septembre, l’ensemble de l’administration était une préoccupation majeure. Et nous avons réussi à nous organiser, à mettre une forme d’administration, à organiser une armée parce que ce n’était pas évident. Nous avons réussi à organiser un circuit économique de sorte qu’aujourd’hui nous avons réussi à éviter la famine dans nos zones. Je pense que c’est important. En Afrique, il y a encore la famine. Cette famine aurait pu s’abattre sur nos zones. Nous avons réussi à éviter des fléaux. Il y a eu du travail qui a été accompli. La construction d’une nation n’est pas facile parce que nous avons eu parfois des moments de frayeurs de ne pas réussir la tâche. Nous avons au moins la satisfaction que nous avons pu entretenir nos soldats. Aujourd’hui, nulle part à Bouaké, vous ne verrez de longues files attendant l’aide humanitaire du Programme Alimentaire Mondial (ndlr : une agence humanitaire des Nations Unies). Ce n’est pas encore le luxe, mais quelque chose a été fait. Par le jeu des taxes, nous avons réussi à faire en sorte que la vie soit moins chère dans nos zones.
Interview réalisée par NordSud -Quotidien
COTE D'IVOIRE / SENEGAL COOPERATION CULTURELLE / SUCCES ECLATANT DE "MA FAMILLE"
Lundi 21 Novembre 2005
Les talentueux comédiens ivoiriens de "MA FAMILLE " avec le célèbre "couple" GOHOU/CLECLE ont séduit le public sénégalais et de la diaspora lors de la célébration des journées culturelles ivoiriennes organisées par l'Amicale des Femmes Ivoiriennes (AFIS)au profit des populations rurales sénégalaises victimes des récentes inondations .
Avant leur prestation , ils ont été reçus par S.E.Madame l'Ambassadeur Fatimata TANOE TOURE qui a offert un cocktail en leur honneur en sa Résidence de FANN , entourée de tous ses collaborateurs et des membres de l'Amicale ainsi que des autres associations.
ARRIVEE A DAKAR DE S.E.M.SEYDOU DIARRA EN VISITE PRIVEE
Lundi 21 Novembre 2005
S.E.M.Seydou Elimane DIARRA , Premier Ministre du Gouvernement de transition de Côte d'Ivoire est arrivé à DAKAR pour une visite privée et de repos .
SEMAINE CULTURELLE IVOIRIENNE A DAKAR DU 12 AU 19 NOVEMBRE 2005
Samedi 12 Novembre 2005
L'Amicale des Femmes Ivoiriennes résidant au Sénégal ont pris l'initiative heureuse d'organiser , du 12 au 19 Novembre 2005 , une semaine culturelle au profit des populations rurales victimes des récentes inondations dans ce pays frère .
Ces journées culturelles sont organisées sous le parrainage de Madame Viviane WADE , Première Dame du Sénégal , qui a bien voulu dans un élan de solidarité accepter grâce à l'entremise de S.E.Madame Fatimata TANOE TOURE , Ambassadeur , d'apporter sa contribution à la consolidation des relations entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal à travers cette manifestation.
L'ouverture des journées a eu lieu le Samedi 12 Novembre 2005 par une Conférence sur le micro-crédit prononcée par Madame GUEYE Khady , Administrateur du Fonds de Promotion Economique (FPE), suivie de la visite des stands ou regorgeaient des produits ivoiriens notamment l'attiéké , l'igname , la banane plantain , l'artisanat et autres produits touristiques.
Le clou de cette manifestation sera la représentation théâtrale du groupe de comédiens de la série "MA FAMILLE" ,le Vendredi 18 Novembre 2005 au célèbre Théâtre Daniel SORANO de DAKAR en présence de Madame la Présidente , les Membres du Gouvernement , du Corps diplomatique etc...
Il faut préciser que le thème des journées est :
" FEMME , PAIX et DEVELOPPEMENT "
DECLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN (FPI) SUR LES DECISIONS DU GROUPE INTERNATIONAL DE TRAVAIL(GIT)
Samedi 12 Novembre 2005
Le Groupe International de Travail (GIT) créé par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union Africaine le 06 octobre 2005 et institué par la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies a tenu sa première réunion et a produit un communiqué qui tant dans sa forme que dans son fond soulève des interrogations et des inquiétudes et appelle des observations.
I – La synthèse du communiqué du Groupe International de Travail
Au terme de sa première réunion tenue le 08 novembre 2005 à Abidjan, le Groupe International de Travail Ministériel sur la Côte d’Ivoire a donc publié un communiqué final.
Après avoir rappelé son mandat tel qu’énoncé par le communiqué de l’Union Africaine du 06 octobre 2005 et confirmé par le Conseil de Sécurité de l’ONU ; mandat qui précise que le Groupe International de Travail a été créé en vue «d’assister le Gouvernement de (Réconciliation Nationale) dans la mise en œuvre de son programme et aux fins de consolider et de renforcer les mécanismes de suivi existants», le Groupe International de Travail s’est cru obligé de se prononcer maintenant sur les pouvoirs du Premier Ministre à nommer prochainement.
Selon le Groupe Internationale de Travail, la Résolution 1633 «confère au Premier Ministre qui prendra ses fonctions prochainement des pouvoirs propres et tous les moyens lui permettant d’accomplir effectivement sa mission…» (…).
Plus loin, le Groupe International de Travail, certainement en rapport avec l’expression «le Premier Ministre exercera pleinement son autorité sur son Cabinet» contenue dans la Résolution 1633 (précisément au point 6 de la Résolution 1633), ajoute sans sourciller que le Premier Ministre «dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l’Administration Civile et Militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières…»
Ce sont les points saillants de ce communiqué qui ne manquent pas de susciter des inquiétudes (…)
II - Des affirmations erronées et inquiétantes
(…)
1 – L’opportunité de la réunion
Il y a lieu de s’interroger sur l’opportunité et le moment même choisi par le Groupe international de Travail pour tenir sa première réunion. Pourquoi maintenant alors que le Gouvernement qu’il a pour mission «d’assister dans la mise en œuvre de son programme et aux fins de consolider et de renforcer les mécanismes de suivi existants » (voir notamment le point 24 de la résolution 1633 de l’ONU) n’est pas encore mis en place ?
Pourquoi est-ce au moment où l’on s’attendait plutôt à ce que le Groupe International de Travail puisse avec la démarche qui convienne aider les Présidents de l’Union Africaine et de la CEDEAO ainsi que le Médiateur de l’Union Africaine dans leur travail de consultation des Parties Ivoiriennes en vue de la désignation d’un nouveau Premier Ministre, que de façon bruyante le Groupe International de Travail se met-il à définir, outrepassant ainsi ses droits, les « pouvoirs » du nouveau Premier Ministre ?
N’est-ce pas là une certaine façon de procéder pour influencer le travail en cours en vue de la désignation du nouveau Premier Ministre ?
N’est-ce pas une façon de faire des consignes ?
Le Front Populaire Ivoirien ne comprend pas qu’une première réunion qui devait consister pour le Groupe International de Travail, à se présenter officiellement aux Autorités Ivoiriennes ainsi que le veut la tradition Républicaine, puisse se transformer en un forum pour statuer sur les pouvoirs du Premier Ministre… (…)
2 – Sur le fond du communiqué :
Il faut avouer que le Groupe international de Travail outrepasse dangereusement et exagérément ses compétences et ses fonctions comme l’a rappelé le Groupe lui-même, à savoir «assister le Gouvernement dans la mise en œuvre de son programme et aux fins de consolider et de renforcer les mécanismes de suivi existants…». Son rôle n’est donc aucunement de statuer sur les pouvoirs du Premier Ministre, préoccupation qui, à la lecture du communiqué final, semble avoir essentiellement retenu son attention.
(…) Par exemple le Groupe international de Travail soutient qu’il «considère que la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité confère au Premier Ministre des pouvoirs propres et tous les moyens lui permettant d’accomplir effectivement et intégralement sa mission… ». Cette affirmation est erronée car que ce soit dans les Accords de Marcoussis, d’accra III ou de Pretoria qui se réfèrent tous à la Constitution Ivoirienne, nulle part il n’est inscrit «pouvoirs propres». Dans ces différents Accords, l’on parle plutôt de «pouvoirs nécessaires» pour mettre bien en évidence l’idée de pouvoirs qui doivent être délégués au Premier Ministre dans l’accomplissement de sa mission.
D’où vient-il donc que le Groupe international de Travail parle de «pouvoirs propres» ?
Et malencontreusement, s’appuyant sur cette affirmation erronée, le Groupe international de Travail arrive à cette conclusion scandaleuse qu’il formule dans ces termes : «s’agissant en particulier de l’exercice de la pleine autorité du Premier Ministre sur son Gouvernement (là où, au demeurant la résolution parle de « Cabinet » -point 6 la résolution 1633 -), il dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l’Administration Civile et militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières…».
Ainsi qu’on peut le constater, il s’agit d’une interprétation absolument fausse et dangereuse du terme «pleine autorité sur son Cabinet» tel que mentionné dans le point 6 de la Résolution 1633.
En parlant de «pleine autorité», il n’a jamais été question, nous semble-t-il, dans l’esprit des membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine de faire «un coup d’Etat en douceur», en dépouillant le Président Gbagbo de tous ses pouvoirs, au profit de son Premier Ministre. Selon l’accord d’Accra III qui a réglé ce problème de la délégation des pouvoirs, le Premier Ministre ne disposera que des pouvoirs que le Président de la République, détenteur exclusif du pouvoir exécutif lui donnera (…)
Le Premier Ministre n’est nullement détenteur de «pouvoirs propres» au point qu’il puisse nommer et révoquer les responsables de l’Administration civile et militaire.
Et puis, quel rapport cela a-t-il raisonnablement avec sa mission, qui est de réaliser le désarmement, la réunification du pays et d’organiser les élections ? Pense-t-on que c’est en donnant la possibilité au Premier Ministre de nommer le chef d’Etat-Major des Armées ou les directeurs généraux des régies financières que les rebelles accepteront de déposer les armes et d’aller aux élections ? (..)
III – Analyse et positions du FPI
Le Front Populaire ivoirien refuse absolument de croire que l’objectif visé par le Groupe international de Travail, à travers toutes ces affirmations contradictoires qu’il nous a été donné de lire soit d’aider la rébellion et le G7 à réussir ce qui a toujours été au centre de leurs préoccupations à savoir, réaliser un «coup d’Etat» en douceur en enlevant au président Laurent Gbagbo tous ses pouvoirs.
Non ! Le Front Populaire ivoirien refuse d’y croire et tient à souligner à l’endroit des partisans de l’apocalypse sa ferme volonté à s’opposer, quoique cela doive lui en coûter, à la décapitation de l’Etat de Côte d’Ivoire et de ses Institutions.
Le Front Populaire ivoirien demande par conséquent, à tous les pays qui composent le Groupe international de Travail de se ressaisir et surtout de ne pas se laisser manipuler par ceux qui ne veulent pas de paix en Côte d’Ivoire (…)
C’est pourquoi le Front Populaire ivoirien en appelle à la vigilance du président de l’Union Africaine, du Président de le CEDEAO, du Médiateur de l’Union Africaine ainsi que du Secrétaire Général des Nations Unies pour faire en sorte que la gestion de la crise ivoirienne ne connaisse pas de nouveaux dérapages (...)
Fait à Abidjan, le 11 novembre 2005
Le Secrétaire Général,
Porte-parole du parti
Sylvain MIAKA OURETTO
INTERVIEW DE M.LANSANA KOUYATE EX-SECRETAIRE EXECUTIF DE LA CEDEAO SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE IVOIRIENNE
Samedi 12 Novembre 2005
Malgré plusieurs sommets et des résolutions, la Côte d’Ivoire n’est pas encore au bout de ses peines; la responsabilité incomberait aux négociateurs.
Dans votre intervention sur les problèmes de l’Etat africain, vous sembliez prôner un retour aux sources et aux valeurs africaines.
Oui. C’est à peu près cela.
Mais c’est surtout la combinaison de tout ce que nos structures traditionnelles et les structures de nos royaumes et empires avaient de positif.
Comment combiner ce côté positif à ce qu’il y a de positif dans l’Etat moderne. Parce qu’il arrive très souvent qu’on prenne les aspects négatifs de deux cotés sans prendre ce qui est positif.
J’aimerais également rappeler au monde que l’histoire africaine était une histoire où il y avait une base. Nos empires et nos royaumes étaient structurés en Etat.
La colonisation a démantelé, systématiquement démantelé, et comme héritage, nos états ont eu à prendre les structures laissées par la période coloniale. On ne peut donc pas s’asseoir confortablement dans ces structures sans répéter les vices cachés ou les vices réels mêmes des structures de l’Etat colonial.
Le problème de l’Etat en Afrique se résume donc au fait que l’État est importé de l’Occident?
Absolument. Il faut être imaginatif, tout ce que l’homme fait doit être en adéquation avec la culture, avec le milieu. Il y a quelque part un tronc commun entre toutes ces cultures. On peut avoir un optimum mais fondamentalement on ne peut pas copier in extenso ce qui vient de l’extérieur. C’est là aujourd’hui l’un des problèmes de ce continent. Tout ce que la colonisation nous a légué, on s’assoit confortablement la dessus. Je vous donne un seul exemple, la cohabitation.
L’instabilité du Niger a commencé par la pratique d’une cohabitation ou le Premier ministre et le Chef de l’Etat ne pouvaient plus venir participer à un conseil de ministre ensemble.
Cela fait partie des méfaits de l’importation…
Le mot cohabitation Excellence nous ramène à l’actualité en Côte d’Ivoire où il sera question d’une cohabitation entre le chef de l’Etat, le Président Gbagbo et un Premier ministre de consensus.
On est dans une période de crise et il y a eu beaucoup de débats là-dessus.
La voie choisie par la communauté internationale et par les Ivoiriens eux-mêmes est la voie négociée.
Quand je parle de cohabitation, je parle de cohabitation en temps normal à la suite d’un vote, mais dans le cas d’une crise, on ne peut pas appeler cela cohabitation parce qu’il s’agit d’accommoder ce qui est accommodable pour pouvoir aboutir à la paix.
De par votre expérience des questions africaines, Quels sont selon vous les clés de résolution de la crise ivoirienne ?
Il serait trop présomptueux pour moi de vous dire une clé ou bien même les clés. Personne n’a le monopole de la connaissance et de l’appréhension des questions ivoiriennes.
Les Ivoiriens eux-mêmes d’ailleurs n’en n’ont pas le monopole, il faut le reconnaître.
La crise ivoirienne me parait simple, simple par les données de base de la crise.
Mais complexe par l’idée que s’en font les acteurs.
A mon avis, depuis que les négociations ont commencé, malgré les avancées virtuelles, les parties n’ont pas changé de position. Les positions originelles n’ont pas bougé d’un iota, or en matière de résolution de crise plus le temps passe et plus il y a d’accords, mieux ont doit voir les changements d’attitude des acteurs.
Ce qui n’est pas le cas en côte d’Ivoire.
Un autre obstacle.
Jusqu’ici, la communauté internationale n’a pas pu trancher entre l’option d’un choix politique de règlement du conflit et l’option d’un choix constitutionnel. S’il faut respecter la Constitution, il faut l’appliquer à cent pour cent.
Mais s’il faut l’écarter pour des raisons d’accommodement politique, alors il faut le dire. C’est ce manque de clarté qui a entretenu une certaine nébuleuse qui fait qu’aujourd’hui la communauté internationale elle-même est prise dans ses contradictions.
Il faut que chacun des acteurs fasse confiance au peuple ivoirien qui en dernière instance doit décider. Mais dès lors qu’on ne veut pas changer d’attitude du début, eh bien on se trouvera toujours en train de tourner en rond.
Ce n’est donc pas pour demain la fin de la crise?
Non, je ne dirais pas cela. Il y a tous les efforts qui sont en train d’être faits, on a beau dire c’est une situation qu’il est difficile de dépeindre, il y a comme une sorte d’évolution. Mais comme je le dis toujours, c’est l’optimisme de la volonté qui fait que le pessimisme de la réalité sera vaincu.
Vous avez relevé les problèmes qui freinent l’Etat en afrique. Les Etats africains ont pourtant formé plusieurs générations d’intellectuels qui devraient créer cette adéquation entre les aspects positifs des cultures africaines et les méthodes modernes de gestion de l’Etat.
Là où cela a été compris, il y a eu du progrès. Je ne dirais pas que tout est dans le noir en Afrique.
Il y a des pays qui ont compris leurs problèmes et qui y ont fait face. Prenez le cas de l’Ile Maurice où le fonctionnement de l’Etat, probablement connaît certains dysfonctionnements mais ce ne sont pas des dysfonctionnements endémiques tels qu’ailleurs.
Prenez le Botswana, c’est aussi une source de fierté où l’Etat a des règles et des principes et où la corruption est moins prononcée. Prenez le petit Cap Vert, qui s’installe avec un taux d’éducation très élevé et qui a pratiquement pris l’habitude de l’alternance politique sans accroc.
Comment ces Etats ont-ils réussi?
Ils ont réussi en créant la justice sociale, le système judiciaire qui répond bien. Ils ont réussi en assurant l’éducation de base, ils ont réussi en créant une main d’œuvre qualifiée capable de faire face au défi de l’investissement. Vous savez aujourd’hui, la comptabilité de British Airway ne se tient pas en Grande Bretagne. Ça se tient en Inde ou Indonésie. La comptabilité d’Air France ne se tient pas en France.
Partout où vous avez une économie, où les investisseurs n’ont pas à payer une masse importante de salaire mais où ils ont la qualité du service donné par le travailleur, il y a de l’investissement. L’un des pays qui a aujourd’hui l’un des plus grands taux de croissance du monde, c’est le Vietnam.
La qualité du travail et le coût de la main d’œuvre font que les compagnies américaines ont délocalisé et ils sont dans un taux de croissance à deux chiffres. On a trop fondé nos espoirs sur l’aide multilatérale. L’aide multilatérale permet d’appuyer des moments, mais elle ne développe pas un pays.
Il faut inciter ceux qui doivent venir. On a des idées là-dessus qui ne sont même pas vraies. On pense que le développement vient de l’intérieur. L’intérieur crée les conditions, mais le développement vient toujours de l’extérieur. La révolution industrielle européenne qui a commencé en Italie et qui s’est étendue à la Grande Bretagne et en France et tout le reste n’allait jamais commencé si les explorateurs de ces pays n’étaient pas allés à l’extérieur. La route de l’Inde a servi énormément à la révolution industrielle.
L’Amérique n’allait jamais connaître ce développement qu’elle a. L’Amérique est le résultat de l’afflux d’Européens et de la main-d’œuvre africaine. Le Japon et les autres sont venus d’Amérique. Il faut simplement créer les conditions qui rassurent, c’est ce qui fait le développement : la justice, le droit, l’éducation, la santé et le respect des lois.
J’ai toujours dit que si j’étais député dans mon pays, le projet de loi que j’aurais déposé, aurait été le projet de la loi sur les lois. Autrement dit, créer le mythe des lois, que tout le monde se plie à la loi
Même l’État?
C’est l’Etat qui est le premier concerné. Pourquoi remarque t-on souvent que dès la disparition de certains Chefs d’Etat, qui ont été des grands chefs d’Etat, tout s’écroule?
Comme le cas du Président Houphouët?
Je ne cite personne. Mais je dis simplement que ces chefs d’Etat ont certainement fait de bonne choses, ils ont crée quand même des structures qu’ils faisaient et défaisaient. Mais l’homme transcendait les structures. Or quand l’homme transcende les structures, lorsqu’il disparaît, les structures s’écroulent. Il faut que la pérennité des structures dépende de la soumission de tous y compris celui qui a apporté le plus grand concours à leur conception. Dès lors qu’on se plie à ces exigences, les structures deviennent pérennes.
Interview réalisée à Milan
Par Célestin Gnonzion
Correspondant à Rome.
INTERVIEW DU PRESIDENT ABDOULAYE WADE PAR L'EXPRESS
Vendredi 11 Novembre 2005
L'Express du 10/11/2005
Abdoulaye Wade
«Idrissa Seck a trahi ma confiance»
propos recueillis par Vincent Hugeux
Le chef de l'Etat sénégalais, Abdoulaye Wade, s'explique sur son divorce avec son ancien Premier ministre, aujourd'hui en prison. Il réagit aux critiques formulées contre lui par une partie de la presse et de la classe politique de son pays
Des rumeurs alarmistes courent à Dakar quant à votre état de santé. Comment allez-vous?
Comme vous me voyez: fort bien.
Est-il vrai que, lors de votre récent séjour parisien, vous avez subi une intervention mineure à l'œil?
C'est exact. Intervention réussie, liée au fait que je suis astigmate.
La Côte d'Ivoire peut-elle encore conjurer le pire?
Sur ce dossier, je collabore étroitement avec le Nigérian Olusegun Obasanjo, président en exercice de l'Union africaine. Et j'appuie la désignation par les parties ivoiriennes d'un Premier ministre doté de prérogatives élargies. Le chef de gouvernement sortant, Seydou Diarra, n'avait pas de pouvoirs. Son successeur pourra décider seul. Ce n'est pas, il est vrai, la lecture du président Laurent Gbagbo; selon ses proches, c'est lui qui nommera le futur Premier ministre. Or, d'après le dispositif arrêté au sommet d'Addis-Abeba, le choix revient aux partis politiques, non à Gbagbo. Il s'agit d'amener les uns et les autres à respecter des décisions africaines soutenues par le Conseil de sécurité des Nations unies. Chacun doit se plier à ces règles, qu'il le veuille ou non. A défaut, il n'y aura pas de solution.
«Ceux qui ne parviennent pas à m'atteindre se retournent contre ma famille»
Au Sénégal, pourquoi voulez-vous «coupler» les élections législatives, prévues en 2006, et le scrutin présidentiel, programmé en 2007?
Dès 2000, à mon arrivée au pouvoir, j'avais l'intention de regrouper les échéances nationales et locales dans une même année, pour que les Sénégalais ne se retrouvent pas en campagne électorale perpétuelle et puissent un peu travailler. De plus, nous avons ramené de sept ans à cinq ans la durée du mandat présidentiel. Raison de plus pour harmoniser les calendriers.
Pour ce faire, souhaitez-vous prolonger d'un an le mandat des députés ou écourter le vôtre?
J'écoute les uns et les autres. Rien ne presse. Mais ma préférence va bien sûr à la prorogation du mandat des députés.
Comptez-vous profiter de ce délai pour mettre de l'ordre au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS)?
Ce ne sont que de petits tiraillements, tout à fait normaux dans un grand parti qui compte plus d'un million d'adhérents. A l'approche des scrutins, les gens se placent, pour briguer un siège de député, de sénateur - car nous allons rétablir le Sénat - de conseiller régional ou municipal. C'est inévitable. Mais vous ne verrez jamais une instance régulière du parti, depuis la cellule de secteur jusqu'à la convention régionale, via les sous-sections, les sections ou les fédérations départementales, se dresser contre moi. Cette structure pyramidale ne bouge pas. C'est ce qui est important.
Comprenez-vous l'amertume des vétérans du PDS, qui vous reprochent de les négliger au profit des ralliés de fraîche date?
Les gens qui se battent avec moi depuis 1974, aussi fidèles aujourd'hui qu'hier, se plaignent, et c'est humain. Ils s'attendaient tous, après la conquête du pouvoir, à obtenir quelque chose. Or c'est impossible. La priorité, c'est de construire des routes, bâtir des dispensaires, créer des emplois, instruire les jeunes. Certains ne le comprennent pas. Mais ces grognements sont sans portée. J'ai décidé de réunir bientôt les anciens du parti pour leur décerner une distinction. Ce qu'ils veulent, c'est avant tout voir le président, lui parler, constater qu'il ne les a pas oubliés.
Est-il sain que vous demeuriez à la tête du PDS?
Je suis toujours son secrétaire général national, et j'entends le rester. Car c'est le parti qui m'a amené au pouvoir. En Afrique, il est absurde pour un chef d'Etat de céder les rênes de sa formation.
«Au Sénégal, le chantage est devenu un sport national»
Idrissa Seck, votre ancien Premier ministre, est en prison. Si les charges retenues contre lui quant aux «chantiers de Thiès» paraissent précises, chiffrées, datées, on a en revanche du mal à saisir les fondements de l'accusation très grave d' «atteinte à la sûreté de l'Etat et à la Défense nationale».
Au Sénégal, il y a la séparation des pouvoirs. Quand le ministre de la Justice, le ministre de l'Intérieur et le procureur de la République me disent qu'ils ont suffisamment d'éléments pour l'inculper, je m'en tiens là. Il est vrai que ce délit n'est pas aussi matériel que celui de Thiès, et il exige des recherches plus fines, sur les plans national et international.
Est-il exact que les enquêteurs ont découvert des documents sensibles relatifs à l'armée?
J'en ai entendu parler.
Pourquoi votre ministre des Finances, épinglé lui aussi par le rapport de l'Inspection générale de l'Etat sur les malversations de Thiès, n'est-il pas inquiété?
Mais ce n'est pas moi qui prononce les inculpations! Mon rôle, c'était de mener une enquête, de passer le dossier au ministre de la Justice en lui demandant de le transmettre au procureur. Les juges ont toute latitude d'interroger qui bon leur semble.
Vous êtes-vous trompé sur Idrissa Seck?
Absolument. Je me suis trompé et il m'a trahi. Après son bac, je lui ai payé ses études en France, depuis une école préparatoire à Sciences po jusqu'à son diplôme. C'est grâce à moi qu'il a séjourné aux Etats-Unis. Il a été mon directeur de campagne. J'avais tellement confiance en lui que je lui ai quasiment remis les clefs du PDS. Moi, je dormais. Un jour, grâce à Dieu, je me suis réveillé.
Entre lui et vous, le point de non-retour a-t-il été franchi?
C'est clair. Sur un plan personnel, je suis très indulgent. Mais il est tout à fait exclu que nous continuions à coexister dans le parti. Quand vous réchappez à la morsure du serpent venimeux, vous ne l'hébergez plus chez vous.
Est-ce vous qui avez exigé à la mi-octobre la suspension des émissions de la radio privée Sud FM, et la fermeture, temporaire elle aussi, du journal Sud Quotidien, après la diffusion des propos séparatistes de Salif Sadio, dissident du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC)?
Le ministre de l'Intérieur prend les décisions, mais c'est ce que j'ai voulu. Car il y avait atteinte à l'intégrité du territoire. Je me bats pour mettre un terme en Casamance à une guerre de vingt-deux ans. J'ai reçu des rebelles à toute heure, de jour comme de nuit, lors d'audiences secrètes. Je parviens à rétablir la paix avec la direction du mouvement. Je m'efforce de convaincre les réfractaires. Et voilà que l'on donne la parole depuis la Gambie à l'élément le plus radical du MFDC. C'est intolérable. Les gens qui ont agi ainsi voulaient me mettre des bâtons dans les roues. Quand l'unité nationale est en cause, je ne l'admets pas. Voilà pourquoi j'ai suivi le parquet dans les poursuites judiciaires engagées contre le Groupe Sud.
Considérez-vous qu'une campagne de presse concertée vous vise ainsi que vos proches?
C'est évident. Ceux qui ne parviennent pas à m'atteindre se retournent contre ma famille. Mais, comme le dit mon fils Karim, «chaque fois que je vais au tribunal, au Sénégal ou en France, je gagne». Moi, j'ai dépassé le stade où on peut m'atteindre. J'ai des titres universitaires, des titres de combattant pour la paix, un peu partout dans le monde. De plus, ce que j'ai fait pour les journaux, aucun président ne l'a fait, et pas seulement au Sénégal. Dès mon arrivée au pouvoir, j'ai doublé les aides à la presse. Mais j'ai eu le regret de constater que l'argent que je donnais allait non vers les journalistes, mais vers les patrons de presse qui, pour la plupart, ne paient même pas leurs impôts. J'ai donc décidé de créer une Maison de la presse, dotée de tous les outils modernes. Puis j'aiderai les jeunes reporters. Je l'ai dit à leurs aînés: voilà quatre ans que vous m'attaquez, et ça ne sert à rien; ce n'est pas moi que vous blessez, mais le Sénégal, dont vous écornez l'image. Chez nous, beaucoup se disent journalistes et ne le sont pas. Ils n'ont même pas le niveau du brevet, ignorent tout des règles de déontologie. J'ai commis l'erreur de libéraliser la création de journaux, qui n'est plus soumise à autorisation. J'avais promis la dépénalisation des délits de presse, mais comment, dès lors, va-t-on sanctionner les injures, diffamations, offenses au chef de l'Etat? Des journalistes m'ont soumis un projet que j'étudie. Eux demandent le remplacement des peines de prison par des amendes. Je vais certainement accéder à leur requête. Mais je sanctionnerai sévèrement la récidive. L'acharnement par voie de presse doit être puni de façon rigoureuse, jusqu'à l'emprisonnement.
Vous évoquez donc une campagne dirigée contre vous et les vôtres. Qui l'orchestre?
Un vieux Sénégalais disait ceci: quand vous regardez les pigeons, vous ne savez jamais qui est mâle et qui est femelle; mais, entre nous, nous nous connaissons. Sur ce front-là, il y a plusieurs pôles. Au Sénégal, le chantage est devenu un sport national, ou quotidien. Moi, je ne donne pas d'argent. Alors, on me matraque, dans l'espoir de décrocher une enveloppe. Ça ne sert à rien: vous donnez et, quand l'intéressé est à sec, il recommence.
Dans quelques mois paraîtra à Dakar un livre-enquête d'Abdou Latif Coulibaly, dont une version approximative circule déjà sur Internet, consacré à l'assassinat en mai 1993 de Me Babacar Sèye, alors vice-président du Conseil constitutionnel. L'ouvrage défendra la thèse d'une implication de votre parti dans ce meurtre. Cela vous inquiète-t-il?
Non. J'ai été jugé dans cette affaire sous le régime du Parti socialiste. En clair, par mes pires ennemis, qui auraient aimé m'imputer ce crime ou d'autres. Or les tribunaux, la cour d'appel puis la Cour de cassation ont délivré un non-lieu.
La grâce présidentielle accordée en février 2002 aux trois meurtriers, bénéficiaires en outre de la loi d'amnistie votée en janvier dernier, a suscité le trouble…
Je le sais. Mais je savais aussi que des gens préparaient des livres qui seraient sortis en pleine campagne électorale, de sorte que je n'aurais même pas eu le temps de réagir. Ce plan a été éventé. Faut-il par ailleurs laisser le pays ressasser indéfiniment cette affaire-là? On ne peut installer le Sénégal dans d'interminables procès. Quand les députés ont pris l'initiative de la loi d'amnistie, je les ai donc soutenus.
Comprenez-vous les doutes des Sénégalais les plus humbles envers des «grands chantiers» - aéroport, ville nouvelle - qui, pour l'heure, n'ont guère d'impact sur leur quotidien?
Au moins, tout le monde admet que ces chantiers sont là, en construction. D'ailleurs, qui se plaint? Pas les travailleurs. Je ne connais pas un pays où, le 1er mai dernier, 16 centrales syndicales se sont accordées pour féliciter le président. J'ai fait beaucoup pour les salariés. J'ai augmenté à deux reprises les traitements des fonctionnaires, et les augmenterai une fois encore dans quelques jours. Et le privé a suivi spontanément. Je recrute 5 000 enseignants par an. Le secteur de la santé, qui fait le plus la grève, est aussi le plus gâté. Les paysans sont heureux. Allez voir en brousse: il n'y a plus de famine. Reste, bien sûr, le lumpenprolétariat des villes, laissé pour compte malgré les emplois créés.
Vous aviez promis que le premier avion décollerait du futur aéroport de Ndiass en février 2006. Pari perdu…
C'est vrai. Mais s'il en est ainsi, c'est que le Fonds monétaire international m'en a fait voir de toutes les couleurs, même si son directeur général vient de m'informer par lettre de la levée de ses objections. Si on m'avait laissé faire… J'avais trouvé d'emblée les investisseurs prêts à couvrir 100% du financement. Nous avons perdu quatre ans dans cette affaire. Sans cela, le nouvel aéroport me garantirait déjà 16 milliards de CFA [près de 25 millions d'euros] de recettes par an, soit davantage que les crédits que me donnent certaines institutions internationales qui font beaucoup de bruit… A deux ans de la fin de mon mandat, je suis obligé d'aller de l'avant.
Des centaines de Sénégalais figuraient, à Ceuta et Melilla, parmi les naufragés du mirage occidental. Quelles leçons tirez-vous de ce drame?
C'est un phénomène ancien qui a atteint le seuil de la tragédie. J'ai donc lancé mon plan et donné des instructions aux préfets et sous-préfets, afin qu'ils délimitent les terrains attribués à des exploitations agricoles qui accueilleront ces jeunes tentés par l'aventure du désert. Il faut leur démontrer qu'ils peuvent gagner ainsi leur vie au Sénégal, que des marchés énormes existent, en Europe et aux Etats-Unis, pour les filières bio. De même, j'ai lancé un appel aux agriculteurs français, jeunes ou retraités, afin qu'ils viennent les encadrer. Par ailleurs, nos grands projets génèrent des emplois, tout comme les chantiers d'infrastructures liés à la tenue chez nous du sommet de l'Organisation de la conférence islamique, en 2006. Cette tragédie renforce ma conviction: la question de l'immigration se joue certes en partie chez vous, en Europe, mais plus largement en Afrique. C'est un vaste continent, doté de ressources naturelles et humaines, mais qui a besoin de formation pour entrer dans la modernité. Il n'y a aucune raison qu'il n'attire pas, comme hier les Etats-Unis, des travailleurs, des financiers ou des savants.
En France, on sent poindre la crainte d'une distension du lien entre Dakar et Paris, au profit d'un flirt américano-sénégalais. Cette crainte est-elle fondée?
J'ai toujours été un grand admirateur des Etats-Unis. Ils fournissent à l'Afrique un modèle de développement rapide que ni la France ni l'Europe ne peuvent lui procurer. Mais cela n'a rien à voir avec le lien traditionnel qui nous unit à la France, et qui demeure.
COTE D'IVOIRE / DISCOURS DE S.EM.LAURENT GBAGBO LORS DE LA CEREMONIE DE COMMEMORATION DES EVENEMENTS DU 09 NOVEMBRE 2004
Jeudi 10 Novembre 2005
Je vous remercie d’être venus ce matin à l’occasion de cet anniversaire du 9 novembre. Je crois qu’il faut détendre l’atmosphère donc je vais parler sur un ton paisible parce qu’on a trop pleuré.
Chez nous, un adage dit que trop pleurer ‘‘casse’’ la tête. Aux jours du combat, on fait une halte pour pleurer les morts ; mais après on reprend la lutte, car la bataille n’est pas finie. Les générations futures nous demanderons des comptes, c’est pourquoi nous nous battons aujourd’hui et c’est pourquoi nous mourront. J’ai préféré attendre ce jour exceptionnel du 9 novembre pour recevoir les parents des victimes parce que cette rencontre n’est pas ordinaire. De cette façon, les gens comprendront mieux que des patriotes sont morts pour notre liberté.
Chers parents, je vous remercie d’être restés dignes dans la douleur et de montrer ainsi que la Côte d’Ivoire est une et libre.
Je remercie aussi les spécialistes et experts, particulièrement les médecins dont l’ardeur au travail m’a énormément touché. Le jour où les hélicoptères français tiraient sur ma maison, j’ai vu des médecins qui sont venus avec leurs nattes pour veiller sur place, au cas où il y aurait des blessés. J’ai compris, ce dimanche là, qu’il y avait des patriotes tout court, non pas seulement les jeunes patriotes. Je me suis ensuite rendu dans les hôpitaux où j’ai pu voir que des adultes, cadres étaient parmi les blessés.
Nous prendrons des mesures et des décrets seront signés pour que le 9 novembre soit un jour commémoratif. Nous nous réunirons pour penser à ceux qui sont morts pour la liberté car un pays qui ne se souvient pas est un pays perdu.
Avec le maire de Cocody, j’ai décidé de baptiser la rue de Blockhoss du nom de Coulibaly Kouassi Jean Louis. Présentement, nous cherchons la place des martyrs du 9 novembre, l’espace de l’Hôtel Ivoire étant une place privée. Avec le maire de Cocody, nous y travaillons pour que tout le monde soit représenté et que personne ne soit oublié.
Il faut qu’un siège soit construit dans lequel nous trouverons toutes les photos agrandies et numérotées des victimes, de sorte que le peuple s’en souvienne. L’Etat doit se souvenir, car le 9 novembre est un jour important dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. J’ai vu des jeunes gens porter leurs amis tombés, les remettre aux médecins et secouristes puis revenir devant les chars. Grâce aux films amateurs, le 9 novembre est dans l’esprit de tous et de chacun, un jour de courage et d’héroïsme. Je n’ai pas le droit de pleurer.
Ce samedi là, je suis resté chez moi, contre l’avis de mes collaborateurs inquiets. L’on ne pourra jamais dire que GBAGBO, fuyant, a reçu une balle dans le dos. Cela aurait été la honte non seulement pour moi, pour toute ma famille et pour ma descendance, mais aussi pour toute la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi j’avais décidé de mourir dans ma maison.
Ce jour de barbarie et de deuil est un jour de gloire, car je n’ai jamais vu une telle mobilisation. Des cadres et leurs épouses sont venus, pendant quinze jours, se coucher sur leurs nattes devant ma résidence, après avoir garé leurs voitures devant le lycée Sainte Marie. C’était émouvant. Au vu de cela, le minimum de respect que je leur devais était de rester debout devant eux et digne d’eux, même si je ne pouvais pas leur serrer la main à chacun.
Je suis fier des blessés qui portent leurs cicatrices avec dignité, comme des trophées.
Quant aux décorations posthumes, je vais demander à Madame le Ministre de recueillir tous les noms et d’en parler avec le Grand Chancelier pour décider du nombre de médailles. Je propose que les décorations se fassent le jour de l’inauguration du siège des victimes.
Pour ce qui est de la prise en charge, voyez aussi Madame le Ministre pour les mesures pratiques. Je vous remettrai déjà dès la semaine prochaine une somme de 50 millions f CFA, pour vos premières dépenses.
Courage, car nous sommes tous des survivants. Nos frères, nos sœurs, nos conjoints et nos amis n’ont pas eu cette chance. C’est pourquoi nous avons le devoir de témoigner. Et nous le ferons. Nous allons tous mourir, c’est certain. Mais c’est la manière de mourir qui nous distingue et qui se raconte ou pas aux générations futures.
Certaines personnes n’ont malheureusement pas compris que la Côte d’Ivoire a changé. Aujourd’hui, les jeunes sont les interlocuteurs de la Côte d’Ivoire. Il n’est nullement question de tribus. Les jeunes, que ce soit à Yopougon, Cocody, ou à Port Bouet, se retrouve à l’allocodrome qui est leur arbre à palabre. Ils ne connaissent que leur lieu de naissance. Oui, ils connaissent Mama, parce que je dis souvent que je vais me reposer au village et je les y emmène quelques fois. Du fait des mariages mixtes, certains parmi eux ne maîtrisent pas parfaitement leur langue. Nous sommes en quelque sorte, une Nation de métis.
Nos adversaires d’en face ne le comprennent pas, c’est pourquoi ils veulent jouer la carte de l’ethnie. Ce qui fait leur retard. C’est la raison pour laquelle ils sont de temps en temps brutaux parce qu’ils veulent ramener la Côte d’Ivoire des ethnies, alors qu’elle est dépassée.
Nous avons une génération nouvelle attachée à un homme nouveau pour les guider.
En 1990, certains avaient à peine 10 ans, quand ils entendaient mon nom pour la première fois. C’était pareil en 1945 : Ceux qui avaient 10 ans, ont entendu parler d’Houphouët, l’on voté Président, en 1960. C’est ainsi que vont les cycles.
70% de la population a aujourd’hui moins de 30 ans. Soyez forts. Je vais, dès demain, travailler à la recherche de votre siège avec le Ministre de la Construction. Je tiens à ce que la salle soit dénommée la Salle des Héros. Je n’aime pas cette insistance de "morts". Il nous faut avoir leurs photos les plus vivantes et les belles, agrandies et affichées. Dès que les rues seront prêtes, ensemble, nous mettrons les plaques de marbre.
Grâce à nos martyrs car ils ne sont pas morts en vain_ le pays est en train de sortir de la crise. Dieu pourvoit toute chose au bien de ses enfants. Le jour où les militaires français tiraient sur les patriotes, Thabo MBeki était à Abidjan. Il a suivi avec nous tout ce qui se passait. C’est à partir de ce moment-là que, ce Chef d’Etat a commencé à régler la crise Ivoirienne.
Dieu a fait de telle sorte qu’il y ait un étranger, un témoin extérieur pour constater, avec nous, le carnage de la
Licorne. Personne ne nous aurait cru si nous avions été les seuls témoins directs. Mais devant un témoin envoyé par l’Union Africaine, les faits ne seront pas occultés. Pour quelqu’un qui a connu l’Apartheid, c’était inadmissible de voir notre aéroport et nos deux ponts occupés. C’est pour toutes ces raisons que je dis que nos martyrs nous Ont rachetés.
Gloire à nos martyrs ! Gloire à nos héros ! Nous nous montrerons dignes de leur sacrifice.
Que Dieu vous bénisse ! Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !
Je vous remercie.
Source "laurentgbagbo"
COTE D'IVOIRE / REFLXIONS DE M.ALBERT TEVOEDJRE SUR LA CRISE IVOIRIENNE
Mardi 8 Novembre 2005
COTE D’IVOIRE :
Le diable est dans les détails
Par Albert TEVOEDJRE :
On peut s’interroger sur le but poursuivi par l’esprit « malin » qui glissa dans la Résolution du 6 Octobre de l’Union Africaine l’expression « nouveau Premier ministre ». Car désormais tout se focalise sur ce terme « NOUVEAU » qui devient le récif pouvant faire chavirer le navire. L’origine de ce piège est douteuse, injuste, diffamatoire même. Il convient de s’en affranchir résolument car il recèle un danger véritable, celui de distraire l’opinion et de retarder une fois encore l’issue de la crise par des élections transparentes et incontestables.
La récente mission, en COTE D'IVOIRE, du Président de L’Union Africaine en vue de dégager le nom d’un Premier Ministre « acceptable pour tous » a donné l’occasion d’observer la savante manière dont on peut manipuler les légitimes ambitions individuelles pour torpiller une démarche essentielle.
On laisse de côté la mise au travail de la Commission Electorale Indépendante et on s’égare dans des procédures alambiquées qui retardent le fonctionnement effectif d'un gouvernement de transition sous la conduite d’un Premier ministre enfin doté des pouvoirs qu'il n’a jamais eus et que le Conseil de sécurité des Nations Unies lui attribue désormais clairement.
Le problème posé n’est donc pas la personne de Seydou Diarra.
Lorsque tel vice-ministre d’un pays lointain prend la liberté de déclarer qu’ « il faut en Côte d'Ivoire un nouveau Premier ministre plus fort et ayant de meilleurs rapports avec le Chef de l’Etat », il affiche tout simplement sa parfaite ignorance de la situation ou il professe son parti pris en des propos absolument contradictoires parce que totalement inconciliables.
Le fond du problème est que l’on se trouve déjà en face de deux logiques antagonistes.
La première est celle qui veut – malgré quelques verbes lénifiants - ignorer délibérément la Résolution 1633 du Conseil de sécurité et réaffirmer la primauté constitutionnelle du Chef de l’Etat, détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Le discours du 30 Octobre confirme cette option.
Dans cette logique, Laurent Gbagbo délègue les pouvoirs, les compétences, les moyens qu’il veut, pour le temps qu’il veut et à qui il veut - puisque c’ est lui qui SIGNE OU NE SIGNE PAS le décret de nomination.
Face à cette logique surgit celle du Conseil de sécurité qui tient essentiellement à mettre en place une « ADMINISTRATION PROVISOIRE » avec un Chef d Etat – candidat à sa propre succession - ayant à ses côtés un Premier ministre, Chef de Gouvernement.
Si le Chef de L’Etat - dont le mandat a expiré et dont l’opposition réclamait le départ – se trouve maintenu, c’est dans le cadre d’un compromis laborieux proposé par L’Union Africaine en présence d’une délégation officielle ivoirienne et avalisé plus tard par le Conseil de sécurité dans son rôle d’arbitre d’une situation de pays en crise majeure, fracturé, socialement meurtri et qui fait l’objet d’une Opération de maintien de la paix.
Ce difficile compromis articule des conditions précises et l’échafaudage ne peut tenir que si ces conditions, énoncées dans la Résolution 1633, sont scrupuleusement respectées.
« L’honneur, le bon sens et l’intérêt supérieur » du peuple ivoirien devraient commander de privilégier et de faire prévaloir la logique du Conseil de sécurité sans chercher à distraire le monde dans une malsaine querelle de personnes.
Le « Groupe international de travail » dont la premiere réunion s' est tenue à Abidjan le 8 Novembre parait montrer le bon chemin en insistant sur «les pouvoirs propres » du Premier ministre.
Le problème ,en effet, ce n’est pas une liste de 16 candidats à charcuter. Ce n’est pas de dénicher « l’oiseau rare »
Le problème est ailleurs.
Il s’agit de « bonne foi et de volonté collective de vaincre la fatalité».
Obasanjo a déjà averti : « Si vous voulez brûler votre pays, allez-y donc » !
Albert TEVOEDJRE
COTE D'IVOIRE / COMMUNIQUE DU GROUPE DE TRAVAIL MINISTERIEL
Mardi 8 Novembre 2005
Le Groupe de travail international (GTI) ministériel sur la Côte d’Ivoire a tenu sa première réunion le 08 novembre 2005 à Abidjan.
Il convient de rappeler qu’il a été créé, sur recommandation du sommet de la CEDEAO du 30 septembre 2005, par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine réuni à Addis Abeba, le 06 octobre 2005 en vue « d’assister le gouvernement dans la mise en œuvre de son programme et aux fins de consolider et de renforcer les mécanismes de suivi existants ».
Par sa résolution 1633 du 21 octobre 2005, le Conseil de sécurité des Nations Unies a fait sienne cette décision, en engageant le GTI à se réunir le plus tôt possible.
La réunion a été coprésidée par SEM Oluyemi Adeniji, ministre des Affaires étrangères du Nigeria, et SEM Pierre Schori, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, en présence des ministres du Bénin, du Ghana, de la Guinée, du Niger, de la France, du Haut représentant des Nations Unies pour les élections et des représentants de l’Afrique du Sud, du Royaume uni, des Etats-Unis, des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
En vertu de son mandat, le Groupe est chargé d’évaluer, de contrôler et de suivre le processus de paix, en veillant notamment au respect des engagements pris par toutes les parties ivoiriennes.
Après adoption de l’ordre du jour et de son règlement intérieur, il a examiné les moyens de mettre en œuvre concrètement ce mandat, pour toute la période intérimaire qui s’est ouverte le 31 octobre 2005 pour une durée n’excédant pas douze mois.
La discussion a permis l’expression d’une unanimité des membres du Groupe, notamment quant à son rôle de garant et d’arbitre impartial du processus de paix et de réconciliation, avec pour objectif la tenue d’élections incontestables avant le 31 octobre 2006.
Le Groupe constate que ce processus trouve désormais sa source principale dans la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies, dont il rappelle qu’elle s’impose à toutes les parties ivoiriennes.
Le Groupe considère que cette résolution confère au Premier ministre qui prendra ses fonctions prochainement des pouvoirs propres et tous les moyens lui permettant d’accomplir effectivement et intégralement sa mission conformément à la résolution 1633.
Le Groupe rappelle que la résolution prévoit, entre autres, que « le Premier ministre doit disposer de tous les pouvoirs nécessaires conformément à l’accord de Linas Marcoussis, ainsi que de toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues, en particulier dans les domaines de la sécurité, de la défense et des affaires électorales, en vue d’assurer le bon fonctionnement du gouvernement, de garantir la sécurité et le redéploiement de l’administration et des services publics sur l’ensemble du territoire ivoirien, de conduire le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration et les opérations de désarmement et de démantèlement des milices, et d’assurer l’équité de l’opération d’identification et d’inscription des électeurs, ce qui permettrait d’organiser des élections libres, ouvertes, régulières et transparentes avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies ».
S’agissant en particulier de l’exercice de la pleine autorité du Premier ministre sur son gouvernement, il dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l’administration civile et militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières. A cet égard et en application de la résolution 1633 et des accords en vigueur, le Groupe a décidé :
- d’apporter tout l’appui nécessaire au nouveau Premier ministre et au gouvernement qu’il constituera. Le Groupe traitera notamment avec une vigilance particulière les obstacles de toute nature (politique, juridique, financière, humaine etc) auxquels le Premier ministre serait confronté dans le plein exercice de son autorité pour l’accomplissement de sa mission ;
- de créer entre toutes les parties ivoiriennes les conditions de la confiance indispensable à la réussite de l’ensemble du processus de paix et de réconciliation en Côte d’Ivoire ; le désarmement, en particulier, résultera de la confiance des parties dans la bonne application de la résolution 1633 ; l’identification est aussi un élément essentiel de cette confiance et constitue une priorité en vue des élections ;
- de privilégier une approche concrète et pragmatique marquée par le souci de l’efficacité ; s’estimant tenu, à l’instar des parties ivoiriennes, à une obligation de résultat, il est résolu à remédier sans délai aux éventuels blocages ou aux ralentissements du processus de paix et de réconciliation en Côte d’Ivoire ;
- d’inviter le Groupe de médiation quotidienne, coprésidé par l’Afrique du Sud et le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies et comprenant le Haut représentant des Nations Unies pour les élections en Côte d’Ivoire ainsi que les représentants de l’Union Africaine et de la CEDEAO, à le saisir en tant que de besoin de tout obstacle mis à la bonne marche du processus ainsi que tout manquement susceptible de nécessiter son intervention ; le Groupe, conscient des attentes placées en lui par les Nations Unies, identifiera les responsabilités en cause, il en tirera toutes les conclusions de droit, y compris en référant, si nécessaire, au Conseil de sécurité ou à son comité des sanctions.
Dans la perspective de la désignation très prochaine du nouveau Premier ministre, et comme il en a été chargé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, le Groupe a élaboré une feuille de route en vue de tenir des élections libres, régulières, ouvertes et transparentes dès que possible et au plus tard le 31 octobre 2006.
Cette feuille de route est articulée autour des composantes suivantes : Gouvernement et processus politique, désarmement, démobilisation et réinsertion des ex-combattants, désarmement et démantèlement des milices, redéploiement de l’administration, identification et citoyenneté, processus électoral, rétablissement de la sécurité avec l’appui des forces impartiales, respect des droits de l’Homme, sanctions et entraves à la liberté de mouvements, le suivi des média et l’action humanitaire.
Cette feuille de route est également accompagnée d’un chronogramme.
Le Groupe est convenu de tenir sa prochaine réunion la première semaine de décembre en Côte d’Ivoire.
Source "Abidjan.net"
COTE D'IVOIRE / NOMINATION DU NOUVEAU PREMIER MINISTRE / LETTRE DE M.OBASANJO PRESIDENT DE L'UNION AFRICAINE AUX LEADERS POLITIQUES IVOIRIENS
Mardi 8 Novembre 2005
Conformément à la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l’ONU du 21 octobre 2005, en particulier à son article 5, j’ai effectué une visite de 24 heures à Abidjan accompagné par le représentant du Président THABO MBeki, alors que je représentais le président Tanja comme Chef de délégation de la CEDEAO.
Nous avons fait des consultations avec toutes les parties signataires des accords de Linas-Marcoussis, ainsi qu’avec le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, le Haut Représentant aux Elections, les Représentants de toutes les Commissions et le Représentant du Secrétaire Exécutif de la CEDEAO.
Les noms suivants ont été proposés par nos différents interlocuteurs en Côte d’Ivoire :
1) Son Eminence Ahouana
2) Amany Réné
3) Aquegnan Koffi
4) Banny Konan
5) Bléou Martin
6) Coulibaly Gervais
7) Dacoury Tabley-Louis
8) Diarra Seydou
9) Kobena Innocent
10) Koné Ouassénan
11) Lainé Gilbert
12) Oble Jacqueline (Mme)
13) Soro Guillaume
14) Toikeusse Mabri
15) Wodié Francis
16) Yadé Tiémoko
Tous les noms, écrits par ordre alphabétique pour convenance personnelle seront envoyés à tous les signataires des Accords de Linas-Marcoussis pour un examen préliminaire et l’expression de leur préférence dont les réponses devraient me parvenir au plus tard le 10 novembre 2005.
Après l’analyse des réponses,je vous adresserai une prochaine communication concernant le procédé qui nous permettrait de conclure ce processus de nomination du Premier ministre au plus tard le 15 novembre 2005.
Je crois pouvoir compter sur vous pour saisir l’urgence que nous accordons au dénouement et voulons compter sur votre coopération totale pour arriver à une issue heureuse au plus tard la date indiquée ci-dessus.
Ampliations :
Son Excellence Monsieur Kofi Annan, Secrétaire Général de l’ONU
Son Excellence Monsieur Thabo MBeki président de l’Afrique du Sud
Son Excellence Monsieur M. Tandja Président de la République du Niger
Son Excellence Professeur Alpha Konaré, représentant de la Commission de l’Union Africaine.
COTE D'IVOIRE / INTERVIEW DE M.BLE GOUDE CHARLES RESPONSABLE DES "PATRIOTES" / "RECONCILIONS-NOUS"
Lundi 7 Novembre 2005
Après la destruction des aéronefs ivoiriens, un face à face sanglant a opposé l’armée française aux patriotes ivoiriens.
Le 6 novembre 2004, alors que la France mettait brutalement un terme à l’opération “Dignité”, vous lanciez un appel des Ivoiriens en général et des jeunes en particulier. Un an après, quelles impressions vous laissent ces événements?
C’est une impression d’une dignité que l’on a voulu bafouer et que nous avons rétablie; et donc qui entraîne un sentiment de fierté. Fier de la jeunesse ivoirienne, fier des patriotes de Côte d’Ivoire. Mais en même temps, il y a une note de tristesse, puisque beaucoup de nos amis sont tombés. Beaucoup de nos amis, aujourd’hui aussi, sont marqués de manière indélébile, à vie.
Il y a vraiment eu beaucoup de pertes. Mais une révolution ne va pas sans toutes ces pertes en vie humaine ou toutes ces marques indélébiles. C’est cela aussi une révolution.
En ce moment précis, nous voudrions avoir une pensée pieuse pour tous ceux qui, connus comme inconnus, sont tombés sous les balles assassines de l’armée française. Pour ceux aussi qui sont en vie mais qui sont marqués à vie. Pour tous, nous devons avoir une pensée pieuse.
Peut-on avoir aujourd’hui un chiffre exact du nombre des victimes faites lors de ces événements?
Jusqu’à aujourd’hui la bataille des chiffres continue. Nous attendons que le ministère de la Solidarité ou de la Santé puisse produire les chiffres officiels. Mais pour nous, que ce soit une victime, que ce soit deux victimes ou trois cents victimes, une vie humaine est égale à une vie humaine.
Ce que nous retenons, c’est que des Ivoiriens aux mains nues, qui réclamaient leur dignité et leur liberté, ont été tués par l’armée française. Alors que des moyens conventionnels existent pour disperser une foule, l’on a préféré des canons et des chars pour disperser une foule. Nous souhaitons que justice soit faite et que la vérité éclate.
Dieu merci, la vérité est en train de voir le jour petit à petit. Si à Man, à l’ouest du pays, Mahé a été étouffé et qu’on a voulu encore étouffer l’affaire qui est découverte aujourd’hui, imaginez ce qui a pu se passer devant l’hôtel Ivoire.
S’agissant des tueries de novembre 2004, comment analysez-vous la lenteur avec laquelle la France reconnaît la réalité de ces faits?
Cela a été toujours le cas dans l’histoire.
C’est récemment que l’on a reconnu que l’apartheid était un mauvais système. Pourtant au cours de l’apartheid, les promoteurs de ce système dangereux et déshumanisant trouvaient les moyens, à travers leurs canaux de communication, de le valoriser, de le justifier.
Prenez le génocide rwandais qui a eu lieu en 1994, c’est seulement dix ans plus tard que les bourreaux ont commencé à reconnaître les faits.
Mais d’abord pour reconnaître que c’était un génocide, cela a été difficile au niveau de l’ONU, c’était une bataille qu’il fallait mener. La France a voulu banaliser, la Belgique a voulu banaliser, mais le temps a fait son effet. Dans de telles crises, on ne peut que faire du temps son ami. C’est avec le temps que les choses se révèlent.
Regardez l’assassinat de Patrice Lumumba, combien de temps s’est écoulé pour que la Belgique, la CIA, reconnaissent leur implication? Vous comprenez que nous devons accepter que ce soit ainsi que l’histoire se passe.
Mais nous vivons une époque moderne.
Il a fallu moins d’un an pour que l’on reconnaisse l’implication de Poncet dans l’assassinat d’un jeune ivoirien dans l’ouest du pays. Si nous persévérons et que nous avons confiance que nous sommes dans le vrai, je pense qu’avec le temps, la vérité va commencer à voir le jour.
Avec le recul, persistez-vous à dire que les événements de novembre ont permis de révéler la France comme un acteur majeur de la crise, une sorte de parrain de la rébellion ivoirienne?
Je ne souhaiterai pas dans ce moment de rapprochement des deux peuples, Français et Ivoirien, remuer le couteau dans une plaie à peine cicatrisée.
Je souhaite qu’on regarde devant et qu’on ne s’attarde pas sur cela. Pas que ce n’est pas important, mais le temps nous situera. Vous savez, chaque discours politique doit répondre à un contexte. Je ne refuse pas de dire la vérité, c’est important que l’on sache exactement quel a été le rôle de la France dans cette crise.
Tous les observateurs sérieux savent, aujourd’hui, quel rôle la France a joué et continue de jouer dans cette histoire.
Mais pour moi, il faut éviter, en ce moment précis, de jeter l’opprobre sur untel ou un tel autre.
Tirons les conséquences de ces trois années de guerre et voyons comment, ensemble, on peut faire converger nos efforts pour sortir la Côte d’Ivoire de cette crise.
Cela veut-il dire que vous avez laissé tomber la plainte que vous aviez initiée, notamment avec des cabinets d’avocats londoniens, contre l’armée française?
Ah, non! Réconciliation ne veut pas dire que la justice ne suit pas son cours. Notre dossier est en cours, nos avocats travaillent d’arrache-pied, certainement qu’ils viendront ici d’un moment à l’autre. Nous avons confié l’affaire à un cabinet d’avocats anglais qui est en train de faire son travail, ce qui n’a rien à voir avec nos sentiments personnels. Nous pensons qu’en ce moment il faut rapprocher les deux peuples, nous le faisons. Chacun doit faire un effort.
Où en est la procédure exactement?
La procédure est tellement sérieuse, et l’Etat s’y est également engagé, qu’il faut éviter d’en parler publiquement pour ne pas la bloquer la procédure. Donc, ne me poussez pas à révéler beaucoup de choses. Retenez que les avocats travaillent d’arrache-pied.
Vous demandez la réconciliation avec la France, qui a pris pour prétexte ces événements pour diaboliser les jeunes patriotes; pensez-vous qu’au niveau de ce pays l’on est dans les mêmes dispositions d’esprit?
La France ne pouvait pas faire autre chose que de nous diaboliser. Parce que notre action n’avait pas été prise en compte par ceux qui ont déclenché cette guerre, tant le 19 septembre 2002 que le 6 novembre 2004.
Pendant un certain temps, la télévision ivoirienne avait commencé par faire disparaître toutes les traces patriotiques à la télé, pour tuer l’esprit patriotique en l’Ivoirien. Ode à la patrie devait disparaître, tout ce qu’il y avait comme images patriotiques devait disparaître à la télévision.
L’on était maintenant convaincu que l’Ivoirien n’était plus à même de répondre à un mot d’ordre des patriotes de Côte d’Ivoire; et que le mouvement patriotique s’était essoufflé, voilà le mot qui était employé. C’était un mauvais calcul.
Lorsque nous avons chamboulé tous les calculs, évidemment de gros intérêts étant en jeu, tous les canaux de communication ont été mis en branle pour nous diaboliser. Mais cela ne change en rien notre conviction. Nous ne nous battons pas pour faire plaisir à qui que ce soit.
Nous nous battons pour notre liberté. Nous ne serons jamais ce que l’on veut que nous soyons. Nous serons nous-mêmes, et nous allons demeurer nous-mêmes. Ce que nous pensons être juste comme combat, nous le mènerons.
Partout où nous aurons un combat juste, nous nous engagerons. Donc aujourd’hui, nous faisons notre part de sacrifice en demandant le rapprochement des deux peuples Français et Ivoirien. Il appartient à la France de saisir au bond la balle que nous lançons.
Lors de ces événements de novembre 2004, la communauté française vivant en Côte d’Ivoire a déclaré avoir subi beaucoup d’exactions. Un an après, qu’avez-vous à dire aux Français qui sont partis et à ceux qui sont restés?
Je demande à ceux qui sont partis de revenir, parce qu’ils ont tout en Côte d’Ivoire et que personne ne les a de la Côte d’Ivoire. Nous avons tout fait ici ensemble.
Un ami doit être un ami de tout temps. Quand il y a la belle époque, on reste; quand la maison subit la tempête, on doit rester, pour ensemble placer les meubles et pouvoir en bénéficier plus tard ensemble.
Il faut demander au Président Chirac de changer le regard qu’il a sur les peuples africains en général, et que le temps de la colonisation est passé.
Aujourd’hui, nous aspirons à notre autonomie, à notre liberté et à notre indépendance réelle. C’est vrai, des Français ont subi des préjudices, dus aux débordements que nous regrettons d’ailleurs; des Ivoiriens sont morts, on ne peut pas mettre dans la même balance un matériel et une vie humaine; mais il faut passer l’éponge sur tout cela, pour qu’on comprenne où se trouve notre intérêt. Notre intérêt se trouve dans notre collaboration.
Notre intérêt se trouve dans ce qu’on doit comprendre que l’un ou l’autre apporte quelque chose à l’ensemble et qu’on doit se respecter mutuellement. Un Français est un être humain, un noir Ivoirien ou Africain est un être humain. Acceptons-nous dans nos différences. Les complexes de supériorité doivent prendre fin dès maintenant, cela ne rime plus avec notre époque.
Il y a une campagne dans la presse française visant à faire croire que les Français sont dans une situation profonde d’insécurité en Côte d’Ivoire. Vous qui êtes un acteur du terrain, pensez-vous que ce sentiment est justifié? Si oui, comment faire pour y remédier? Si non, comment faire pour contrer cette campagne?
Ce ne sont pas les Français seulement qui sont dans un climat d’insécurité. Tous ceux qui vivent dans un pays en guerre, que ce soit en Irak, en Côte d’Ivoire et partout où il y a la guerre, y sont confrontés.
L’insécurité va de pair avec la guerre, elle est une conséquence directe de la situation de guerre. Vous ne pouvez pas être en plein Bagdad et réclamer la sécurité, c’est impossible.
Vous êtes en Côte d’Ivoire qui est un pays en guerre, évidemment il y a un climat d’insécurité. La seule voie pour qu’il puisse avoir la sécurité dans un pays comme la Côte d’Ivoire, c’est d’exhorter les gens à déposer les armes. Les armes légères et aussi les armes lourdes circulent.
Ceux qui avaient pris les armes, qui aujourd’hui sont en train de se reconvertir et qui reviennent sur Abidjan parce que fatigués de la guerre, sont des gens dont il faut changer les habitudes.
Ce sont tous ces éléments-là qu’il faut prendre en compte et ne pas toujours viser le régime. Mais avec le CECOS, je pense que les choses commencent à rentrer dans l’ordre.
Il n’y a pas de sécurité particulière pour les Français et de sécurité particulière pour les autres. Nous sommes tous ensemble ici dans le même bateau. Il faut faire en sorte de sécuriser le bateau.
Vous sentez-vous quelque part coupable par rapport aux débordements qui ont eu lieu et quelles responsabilités avez-vous eu exactement dans l’ensemble des événements de novembre 2004?
Moi, j’assume mes actes.
Je suis le président du COJEP, je suis le président de l’Alliance des jeunes patriotes. Nous avons lancé un appel, devant l’humiliation que notre pays était en train de subir, devant les attaques qu’étaient en train de subir les symboles de l’Etat.
Quand on tire sur le domicile du Chef de l’Etat, sur le Palais présidentiel à Yamoussoukro, quand on détruit l’aviation de la Côte d’Ivoire, quand on occupe l’aéroport de mon pays, je ne peux pas rester muet, étant donné que je suis à la tête des patriotes qui attendaient le mot d’ordre de leur leader. Non, je ne pouvais pas rester muet parce que j’attends qu’on me lance des fleurs. Non. Je veux simplement dire qu’il y a eu des débordements, parce que des prisonniers ont été libérés nuitamment. On ne le dit pas assez. Des prisonniers ont été libérés nuitamment et le ministre de la justice est de la rébellion, est du G7.
Il faut prendre tout cela en compte. Quel temps avaient les patriotes, qui étaient en train de protéger le domicile du Chef de l’Etat, qui voulaient libérer l’aéroport et qui eux-mêmes étaient en train d’essuyer les balles assassines de l’armée française?... Quel temps aient-ils pour aller piller les domiciles? Il faut faire attention. Les patriotes Ivoiriens ne sont pas ceux qui sont allés piller.
Il y a eu des infiltrations. Mais ce que je reconnais, c’est que tout cela a été fait dans l’appel que j’ai lancé, mais en même temps tout cela est la conséquence de l’attaque que la Côte d’Ivoire a subie. Ensemble, nous devons assumer. C’est pour cela que je dis que chacun doit se mettre devant une glace et reconnaître sa part de responsabilité dans cette histoire.
Ma part de responsabilité est que j’ai lancé un appel et que, au cours de la mobilisation qui a eu lieu, il y a eu des débordements. Voilà ma part de responsabilité, je la reconnais. Tous ceux qui ont subi des préjudices, je voudrais leur présenter ici mes excuses. En toute franchise.
Et qu’ils comprennent qu’il ne pouvait en être autrement que j’appelle mes amis dans la rue, au nom de l’équipe que je dirige, au nom de la dignité que nous devions rétablir pour notre pays. Aujourd’hui vous voyez ce qui se passe en France, les jeunes ne sont pas contents dans les banlieues, ils se sont soulevés.
Plus de mille véhicules incendiés, les policiers ont même été attaqués, mais je n’ai pas vu l’armée française attaquer ces foules-là avec des armes ou avec des chars! Au contraire, ils sont en train de négocier. C’est cela que nous voulons. Il n’y a pas une d’attitude vis-à-vis des jeunes Français et une autre vis-à-vis des jeunes Ivoiriens.
C’est la même vie humaine que nous protégeons. Vous avez vu tout ce qu’il y a comme préjudices, mais on n’a pas dit dans les médias français que ces gens-là étaient des voyous, des criminels, etc. Une colère, qu’on soit en Côte d’Ivoire ou en France, voilà comment on l’exprime.
Interview réalisée par Michèle PEPE
SENEGAL / RETOUR TRIOMPHAL DE S.E.MAITRE ABDOULAYE WADE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Lundi 7 Novembre 2005
Après un séjour de quelques jours de repos en FRANCE et suite aux folles rumeurs qui ont suivi cette absence du pays , le peuple et les militants du PDS (Parti créé par lui) ont réservé un accueil triomphal à S.E.Maître Abdoulaye WADE qui a saisi l'occasion pour faire une mise au point sur son état de santé qui a l'air de préoccuper les populations et notamment la classe politique et les hommes de média sénégalais.
" Je pardonne à ceux qui ont répandu ces rumeurs… "
J’avais envisagé de m’offrir entre trois semaines et un mois. A peine, je suis resté dix jours, que la rumeur a circulé à telle enseigne que beaucoup de gens étaient très inquiets et finalement, j’ai fait part au Premier ministre de ma décision de rentrer au pays.
Cela dit, j’ai passé quelques jours de vacances. J’aurai pu rester un peu plus.
Je suis en train d’écrire un livre qui est la somme de mes réflexions de droit, d’économie, de philosophie sur la marche du monde, mais la dominante est surtout économique.
J’ai rencontré aussi mes éditeurs dont Hachette qui vient de publier « La Pensée Economique de Wade » pour programmer l’encadrement de cette parution. L’événement le plus important se passera au mois de février ou mars parce que l’éditeur veut faire une grande réception, avec 300 personnalités du monde politique, économique, pour poser des questions sur ce livre.
J’en ai profité pour parler à l’éditeur Lafont qui est en train de préparer deux livres sur moi. Il fallait que je discute avec ceux qui sont responsables de ces ouvrages dont l’un est l’actualisation du livre fait par Jean-Marc, livre terminé en 1988 et qui n’avait pas été publié.
Je voudrais en profiter pour vous dire que j’ai vu mon oculiste pour actualiser mes lunettes. Il m’a fait savoir que j’avais un début de cataracte. Et qu’il était disposé à l’enlever et que cela ne prendrait qu’une quinzaine de minutes. Il me l’a enlevée. Vous voyez, je suis comme vous me voyez avant, mais avec l’avantage que je n’ai plus de cataracte qui évolue avec l’âge. Je n’ai plus aucun risque d’avoir de la cataracte. Donc, j’ai très bien fait de subir cette petite intervention chirurgicale.
Cela dit, en ce qui concerne les rumeurs ici – « gueureum na Yallah, Yallah bi ma yoni dellousima »- (je remercie Dieu de m’avoir donné la force de voyager et de revenir en bonne santé) j’ai fait exprès de dire cela en wolof.
Je voudrais féliciter les journalistes qui, ayant appris cette nouvelle de ma maladie, se sont concertés et ont décidé de ne pas la publier. C’est Sidy Lamine Niasse qui me l’a dit, lorsque les journalistes étaient en train de parler avec le Premier ministre. J’ai trouvé cette attitude très responsable. Quand on a une nouvelle, il faut aller à la source et si vous n’avez pas de réponse, vous dites : je suis aller voir le Premier ministre ou X, Y ou Z, ils n’ont pas donné de réponse. Mais cette fois, véritablement, je pense que la presse a eu le sens des responsabilités et en définitive, je crois qu’elle a eu raison. Je voudrais féliciter les journalistes en disant que je souhaite que nos relations continuent dans ce sens, c’est-à-dire celui dégagé lorsqu’ils ont rencontré le Premier ministre.
Personne n’a plus que moi saisi le sens de l’importance de l’information. D’abord, parce que j’ai fait de l’information. J’ai créé des journaux pour rompre le monolithisme en matière d’information et j’encourage la presse.
Je vais créer une maison de la presse moderne, avec tous les équipements techniques.
Cela dit, ceux qui ont répandu ces rumeurs, « balnalène » (je pardonne à ceux qui ont répandu ces rumeurs). Ce qui est important, c’est qu’à partir de maintenant, chacun doit se ressaisir et qu’on travaille. Cela est plus important que le bavardage.
Je vous apporte beaucoup de travail, de projets que je ne vais pas maintenant les citer. Mais d’ici deux ans, tous ces nouveaux projets vont être entrepris, financés. Et chacun de ces projets a besoin d’un dirigeant en management, d’un encadrement, d’un personnel.
Chaque jour, je voudrais pouvoir inaugurer quelque chose.
Propos recueillis par Bacary Domingo MANE
Source"SudQuotidien"
INTERVIEW DE M.GUILLAUME SORO SECRETAIRE GENERAL DES FORCES NOUVELLES SUR LA NOMINATION DU PREMIER MNISTRE PAR LE JOURNAL sénégalais "SUD-QUOTIDIEN"
Samedi 5 Novembre 2005
« Gbagbo et moi-même devrons forcément travailler à la paix »
Guillaume Soro, le Secrétaire général des Forces nouvelles de la Côte d’Ivoire en partance pour la France a fait une escale de 48 heures à Dakar.
Il a, à cette occasion accordée une interview à Sud Quotidien le mercredi 2 novembre dernier tard dans la soirée, au Méridien Président.
Dans l’entretien, il est revenu sur la crise dans son pays et a donné son sentiment sur la prolongation par la Communauté internationale du mandat du président Laurent Gbagbo.
Il a informé aussi sur le choix de ses partisans qui le désignent comme le Premier ministre de transition.
Guillaume Soro a averti également sur le fait que « pour que la Côte d’Ivoire retrouve l’unité, il faut que le chef de l’équipe A du Sud et le chef de l’équipe B du Nord se retrouvent dans un même processus de gestion politique pour réconcilier les citoyens ivoiriens ». Entretien.
Quelles sont les raisons de votre visite au Sénégal ?
Je pars en réalité pour Paris. Je fais simplement escale ici à Dakar pour prendre notre avion. J’en ai profité pour saluer des amis, échanger avec eux quelques idées. Le président Wade n’étant pas sur place et je dois dire que je n’avais pas un rendez-vous avec lui.
Avec la fin du mandat du Président Gbagbo depuis le 30 octobre dernier, qu’est ce que vous comptez faire ?
La fin du mandat de Gbagbo est consacrée par une résolution des Nations-Unies. Nous n’allons plus reconnaître Gbagbo, encore moins son titre de président de la République ni aucun autre de ses titres.
Pour nous, cela suffit pour que les Ivoiriens prennent leurs responsabilités. Vous avez eu les échos des manifestations importantes aussi bien au nord et au Sud pour récuser M. Laurent Gbagbo et lui signifier qu’il doit démissionner.
La Communauté internationale a prolongé le mandat du Président Laurent Gbagbo. Tandis que les Forces nouvelles vous proclament Premier ministre. On semble être dans le flou total dans votre pays. Comment expliquez-vous cette situation ?
Je dois préciser que la résolution 1633 de l’Onu, la dernière en date portant sur la Côte d’Ivoire n’a jamais dit qu’elle prolongeait le mandat du Président Gbagbo.
L’article 3 de la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies dit ceci : que le 30 octobre, le mandat du Président Gbagbo est fini.
Cela veut dire que sa légitimité est consommée. La même résolution dit également qu’elle souscrivait à la décision de l’Union africaine qui stipule que Gbagbo demeurera chef de l’Etat et pas président de la République.
Il y a une nuance et une différence entre un chef d’Etat et un président de la République. Un président de la République est celui qui est nommé par le suffrage du peuple souverain à accorder la légitimité. Je prends l’exemple.
Ely Mohamme Vall a fait un coup d’Etat en Mauritanie. Il n’est pas le président de la République, il est le chef de l’Etat.
C’est différent.
Pour nous, il est évident que par souci à un arrangement politique qui sauve une situation relativement calme en Côte d’Ivoire, la communauté internationale a déchu Gbagbo de son piédestal de président de la République en le confinant à celui strict d’un chef d’Etat.
Gbagbo à notre avis est maintenu Chef de l’Etat simplement parce qu’il contrôle 40% du territoire ivoirien.
L’enlever pourrait déstabiliser ces 40%. C’est la raison pour laquelle, des Ivoiriens ont préféré le maintenir comme chef de l’Etat.
De sorte qu’automatiquement, l’autre belligérant qui contrôle 60% du territoire occupera et jouera un rôle de premier plan dans la transition qui s’ouvre. Or, il y a un poste de Chef de l’Etat et un poste de Premier ministre.
S’il y avait un poste de Vice chef d’Etat, il serait revenu aux Forces nouvelles.
C’est pourquoi nous disons de fait, il est de droit et de bon droit pour les Forces nouvelles d’occuper la primature.
Pensez-vous que la proposition des Forces nouvelle réalisable?
Ecouter, non seulement elle est raisonnable mais elle est logique. Si M. Gbagbo qui a fini son mandat est nommé par la Communauté internationale comme Chef de l’Etat en Côte d’Ivoire, ça ne peut être que du fait qu’il contrôle 40% du territoire ivoirien.
Il faut que de facto l’autre protagoniste du Nord qui contrôle 60% du territoire, à défaut d’un poste de Vice chef de l’Etat, occupe la primature.
Et c’est pourquoi tout logiquement que les Forces nouvelles nous ont proclamé Premier ministre.
C’est tout logiquement que les forces nouvelles m’ont proclamé Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire.
Je ne peux que me réjouir de ce choix et saluer l’ensemble des Ivoiriens qui y ont adhéré.
Je peux les assurer que je me mettrais à la tâche pour aider le processus de réconciliation dans mon pays.
Je profite de l’occasion pour remercier tous les Ivoiriens qui nous font confiance, qui ont adhéré à cette proclamation et nous leur promettons que nous allons nous attacher et nous atteler très rapidement à résoudre les questions d’identification, à résoudre les questions sécuritaires pour que nous allions le plus rapidement possible à des élections démocratiques et transparentes.
Que ferez-vous si la Communauté internationale portait son choix sur un Premier ministre, disons, « plus neutre » ?
Quel rôle voudriez-vous pour les Forces nouvelles qui gèrent 60% du territoire, soit environ 7 millions de citoyens ivoiriens, qui ont gèrent une zone ?
Quel rôle voulez-vous nous assigner ?.
Ecoutez, en République démocratique congolaise (Rdc), au Congo, il y a des fractions rebelles qui n’ont pas la portion de territoire que nous administrons qui ont un vice-président.
Feu John Garang a quand même était vice président au Soudan, Feu Fodé Sanko a été Vice-président en Sierra Léone.
Pourquoi voudrez-vous que les Forces nouvelles n’aient aucune responsabilité à assumer.
Il ne faut pas cautionner et soutenir le mépris qu’on peut avoir pour des responsables et des acteurs importants que nous sommes, qui avons assumé pendant trois ans la gestion d’une zone qui représente 193 300 Km2. Autrement, il sera difficile d’avoir la paix en Côte d’Ivoire.
Je pense qu’il faut un rééquilibrage au niveau de la gestion du pouvoir en Côte d’Ivoire pour que les deux morceaux se collent à nouveau. Pour que la Côte d’Ivoire retrouve l’unité, il faut que le chef de l’équipe A du Sud et le chef de l’équipe B du nord se retrouvent dans un même processus de gestion politique pour réconcilier les citoyens ivoiriens.
Si la communauté internationale entérine votre choix. Est-ce qu’on ne risque pas de revivre la même cohabitation précédente entre Laurent Gbagbo et les Forces nouvelles ?
Ce qu’il faut savoir et je le répète, c’est qu’au Soudan, John Garang en tant que Chef de la rébellion a été nommé Vice président. Les Forces nouvelles ne sont pas plus mal comportées que le Ruf (Front de révolutionnaire uni) en Sierra Léone que dirigeait feu Fodé Sanko qui était devenu vice-président de la Sierra Leone pour la période de transition.
La réconciliation a ses exigences.
La Côte d’ivoire est un pays divisé en deux depuis trois ans. Ceux qui sont dans le Sud de la Côte d’Ivoire sont gérés par une politique mise en place par M. Laurent Gbagbo et les Ivoiriens restés au Nord sont régis par une administration que nous avons mise en place.
Le litre d’essence coûte 400 F. Cfa à Bouaké, il coûte 600 F cfa à Abidjan. Le Kilo de viande coûte 800 Fcfa à Bouaké et coûte 2000 Fcfa à Abidjan.
Donc c’est deux réalités différentes, qu’il va falloir maintenant harmoniser. Et pour remettre ensemble ces deux portions de territoires qui ont vécu pendant trois ans complètement séparées, dans l’indifférence totale l’une de l’autre, il faut que le chef de l’équipe A : Gbagbo qui est au Sud et le chef de l’équipe B avec 6 à 7 millions d’habitants qui est au Nord qui est Guillaume Soro, acceptent de travailler ensemble pour donner le signal de la réconciliation.
C’est pourquoi nous disons, si nous assumons la fonction de Premier ministre, nous allons mettre ensemble un programme.
Et ce programme n’est autre que celui de Lina Marcousis. Et nous aurons les moyens, la capacité de mettre en œuvre ce programme. Qui mieux que moi, sait comment procéder et mettre en œuvre correctement le processus de désarmement. Qui mieux que les Forces nouvelles pourraient mettre en œuvre et résoudre définitivement la question d’identité nationale qui a fondé le combat que nous avons mené.
Nous considérons par conséquent que c’est normal ce de droit et notre position est intransigeante à ce niveau. Si à Marcousis, M. Laurent Gbagbo a prétexté et s’est prévalu de son mandat pour refuser tout compromis politique aboutissant à une transition en Côte d’Ivoire, aujourd’hui son mandat est fini de sorte que il ne peut plus légitimement, parler au nom des Ivoiriens.
Comment faites-vous pour vivre dans le nord. Vous aviez cité que le carburant et la viande coute moins chers à Bouaké qu’Abidjan. Quel est votre secret ?
Les experts économistes pourraient vous expliquer que quand vous croisez le jeu des taxes de douanes et de la Tva,vous pourrez trouver le juste milieu pour alléger les impôts impartis aux contribuables. Et je crois que nos experts ont travaillé et nous ont expliqué la nécessité d’alléger les taxes, la Tva pour que nos populations puissent bénéficier du fruit de ces facilités que nous accordons.
C’est pourquoi aujourd’hui, par exemple le pétrole, le gazoil, l’essence coûtent moins cher dans le Nord. Et c’est tant mieux pour nos populations.
Aujourd’hui, le Nord, selon les informations du ministère de l’Agriculture, a connu une surproduction au niveau vivrier, parce que tous ceux qui ont perdu leur emploi sont retournés à la terre. Ils se sont donnés courageusement aux travaux champêtres et le résultat est là. Nous en sommes fiers.
Des dysfonctionnements ont été cependant enregistrés avec les coupures d’eau, d’électricité et de téléphone. Que répondez-vous à cela ?
L’une des armes de guerre de Gbagbo est d’asphyxier les populations du Nord par la coupure de l’eau, l’électricité et le téléphone. Ce qui constitue un crime de guerre reconnu par les différentes conventions.
Nous nous sommes contre ces genres de situations qui font que des jeunes patriotes faisaient tomber les pilonnes électriques pour que tout le Nord soit plongé dans le noir. Avec les organisations du système des Nations-Unies, nous avons réussi bien sûr à parer ses difficultés.
Et aujourd’hui, l’une des difficultés majeures, c’est la situation de l’école au Nord. Vous savez que nous avons été dans le gouvernement de réconciliation nationale. Dans le cadre, l’école ayant repris par nos soins a été endossée par le ministre Fpi, le parti de Laurent Gbagbo qui depuis deux ans se refuse à organiser des examens dans les zones sous notre contrôle. L’année dernière, les examens ne l’ont pas été.
Cette année, pour des raisons politiciennes, il a refusé d’organiser des examens. Les Forces nouvelles ont déclaré ne pas céder à ce chantage. Les enfants sont innocents et non rien à voir avec cette guerre. Ils ne sont pas responsables, il faut les laisser en dehors des querelles politiciennes. Comment voulez-vous qu’un homme qui se dit président d’un pays décide d’un tel « génocide » intellectuel à l’encontre de toute une communauté. Ce n’est pas acceptable. Nous avons pris nos responsabilités. Nous avons décidé nous-mêmes d’organiser les examens dans nos zones et de délivrer les diplômes aux jeunes élèves. C’est ce processus qui est en marche. Raison de plus pour que les Forces nouvelles occupent la primature que ces genres d’actes de sabotage, de crime ne se répètent plus.
Quelle est selon vous, la solution de sortie de crise ?
Nous avons fait une proposition toute logique. Nous avons dit qu’il faut que le Secrétaire général des Forces nouvelles occupe la primature et que M. Gbagbo et M. Guillaume Soro puissent travailler à la paix dans leur pays. Il n’y a pas d’autre voie. Refuser de voire la réalité en face et essayer de contourner cette vérité serait amener les Ivoiriens dans une autre aventure.
Aujourd’hui, il faut que les forces Nouvelles aient un rôle prépondérant dans la gestion et la conduite politique du processus de paix dans notre pays.
Propos recueillis par Cheikh Tidiane MBENGUE
Source:"Sudquotidien"
COTE D'IVOIRE / LISTE DES MEMBRES DES DELEGATIONS AYANT PRIS PART A LA RENCONTRE AVEC LE PRESIDENT OBASANJO POUR LA NOMINATION DU NOUVEAU PREMIER MINISTRE
Samedi 5 Novembre 2005
Primature
Seydou Elimane Diarra
M. Adjoumani
Me Kamara Adama
Médiation
Pierre Schori
Antonio Monteiro
Charles Oqahula
FPI
Affi N’Guessan
Miaka Oureto
Hubert Oulaye
Sokouri Bohui Martin
Douaty Alphonse
Séry Bailly Zacharie
PIT
Francis Wodié
Angèle Gnonsoa
Andoh Jacques
UDCY
Mel Eg Théodore
Kouakou Adelina
Annicet Gnanzi
Forces Nouvelles
Louis André Dakoury Tabley
Koné Amadou
Issa Diakité
Gueu Michel
Koné Mamadou
Sidiki Konaté
Kamagaté Souleymane
Général Soumaïla Bakayoko
Commandant Chérif Ousmane
Commandant Yéo Adama
Commandant Ouattara Zakaria
RHDP
PDCI-RDA
Henri Konan Bédié
Djédjé Mady
Gaston Ouassénan Koné
Ehui Koutouan Bernard
Noël Némin
Dagobert Banzio
Allah Kouadio Remy
Nicolas Kouassi Akon
Ossey Gnansou Denis
RDR
Henriette Dagri Diabaté
Amadou Gon Coulibaly
Cissé Ibrahim Bacongo
Abdou Touré
Adama Toungara
UDPCI
Albert Mabri Toikeusse
Alassane Salif N’Diaye
Woï Messé
Céline Dié Bonaho
Kéhi Rosa Raymonde
Awa Koné
Blé Guirao Jean
Kouakou Marcelle
MFA
Innocent Anaky Kobenan
Joël N’Guessan
Koné Harouna
Kouakou Pauline
N’Gbala Yao
Source "abidjan.net"
COTE D'IVOIRE / PROPOS D'HOMMES POLITIQUES SUR LA NOMINATION DU NOUVEAU PREMIER MINISTRE
Samedi 5 Novembre 2005
Affi N'Guessan (Pdt du FPI)
"Vous savez que nous avons toujours été engagés pour la paix dans notre pays. C'est donc dans un esprit de contributio