Decembre 2006

REACTION DU PDCI DE M.HENRI KONAN BEDIE AU DISCOURS D'APAISEMENT DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO

Vendredi 22 Decembre 2006

Le message à la nation du chef de l’Etat prononcé mardi dernier, continue de susciter des réactions dans la classe politique. Réuni, hier, au siège de son parti à Abidjan-Cocody, le Pdci-Rda (opposition) a qualifié d’irresponsables’’ les propositions de Laurent Gbagbo. Nous vous proposons l’intégralité de la déclaration du Pdci-Rda.
Le mardi 19 décembre 2006 le Chef de l’Etat Laurent Gbagbo a adressé un message à la Nation, un mois après les rencontres multiples qu’il a eues avec différentes composantes de la population ivoirienne

Par ce message à la Nation, Laurent Gbagbo a confirmé sa volonté de rejeter la Résolution 1721/2006 du Conseil de sécurité de l’Onu qui
a tracé le cadre et fixé le contenu de la dernière période de transition pour la sortie de crise en Côte d’Ivoire, période devant prendre fin le 31 octobre 2007.

Cette Résolution 1721/2006, la 22ème du genre connaît à son tour un blocage de la part du Chef de l’Etat depuis son adoption.

En effet ce message à la Nation qui n’apporte rien de nouveau est en contradiction avec la Résolution 1721/2006 et constitue un mépris vis-à-vis de la Communauté internationale tout entière traitée d’incapable à résoudre la crise ivoirienne.

Les cinq propositions annoncées par Laurent Gbagbo, à savoir :
- l’instauration d’un dialogue direct avec la rébellion en vue du désarmement et de la réunification du pays ;

- la suppression de la zone de confiance
- la création d’un service civique national ;
- une amnistie générale ;
- la mise en place d’un programme d’aide au retour des déplacés de guerre,

sont des manœuvres de diversion et des actes de défiance à l’égard des partis politiques, de la Cedeao, de l’UA, et du Conseil de sécurité de l’Onu.

En effet, l’analyse une à une de ces propositions appelle les observations suivantes :

• du dialogue direct avec la rébellion,

ce dialogue a déjà eu lieu à Lomé. C’est face à son échec que la Communauté internationale s’est appropriée le dossier de la crise.
Faut-il le rappeler, qu’un cadre de dialogue a été déjà défini entre les parties belligérantes. Ce dialogue n’a pas abouti du fait de l’intransigeance de GBAGBO, qui en novembre 2004 a lancé l’opération ‘’Dignité’’.

Le Pdci-Rda fidèle aux idéaux de paix et de dialogue enseignés par le Président Houphouet-Boigny rappelle que dès le 22 septembre 2002, sous la conduite du Président Henri Konan Bédié, il avait recommandé au président GBAGBO d’établir, sans délai, le dialogue avec la rébellion, aux fins de sauvegarder la paix. Malheureusement cette proposition avait été rejetée par le Président Gbagbo qui lui opposa sa fameuse formule : « à celui qui me brandit une épée je lui réponds par une épée… ».

• de la suppression de la zone de confiance.

La suppression de la zone de confiance entraînera la reprise de la guerre.

Les deux armées Forces nouvelles et Forces de défense et de sécurité se retrouveront face-à-face.

Il faut rappeler que la zone de confiance a été créée avec l’accord des deux parties belligérantes. Sa suppression unilatérale constitue donc un casus belli.

• de la création du Service civique

La création d’un Service civique telle que proposée par Laurent GBAGBO est prise en compte par le PNDDR. Au demeurant, faut-il rappeler qu’il existe un ministère en charge du service civique.

• de l’Amnistie générale

Cette proposition vise à amnistier ses miliciens qui ont commis des exactions et des crimes contre l’humanité et à absoudre ses amis auteurs du scandale des déchets toxiques.


• de la mise en place d’un programme d’aide au retour des déplacés de guerre,

Il convient de rappeler que ce programme est la mission essentielle du ministère en charge des Victimes de guerre.

Les populations grâce à la solidarité des Ivoiriens, retournent déjà à leurs lieux d’habitation. A ce jour elles n’attendent plus que leur indemnisation.

Pour le PDCI-RDA, les propositions anachroniques et irréalistes de Laurent GBAGBO n’ont pour objectif que de lui permettre de gagner du temps et d’écarter l’opposition politique, de disqualifier la Cedeao, l’UA et le Conseil de sécurité de l’ONU.

Ce message à la Nation de Laurent Gbagbo donne malheureusement raison au PDCI-RDA et à l’ensemble des Houphouëtistes qui soutiennent que la paix ne peut être recouvrée en Côte d’Ivoire tant que Laurent Gbagbo sera à la tête de l’Etat.

C’est pourquoi le Pdci-Rda rejette catégoriquement ces propositions puériles et irresponsables de Laurent Gbagbo.

Le Pdci-Rda condamne la roublardise et l’inconscience de Laurent GBAGBO dans la gestion de la crise qui nous affecte depuis plus de
4 ans.

Avec ce message à la Nation, les Ivoiriens savent désormais et de façon définitive, où se trouve leur salut et ce qu’il leur reste à faire.

Le Pdci-Rda rappelle en ce qui le concerne, que la Résolution 1721/2006 est le seul cadre approprié pour la sortie pacifique de crise en Côte d’Ivoire.

Le Pdci-Rda demande donc à ses militants et sympathisants et aux Ivoiriens de ne pas se laisser tromper, de rester vigilants et mobilisés pour faire échec à la dictature de Laurent Gbagbo, pour mettre fin à leurs souffrances et permettre l’organisation d’élections libres, justes et transparentes pour doter notre pays d’institutions légitimes.

Fait à Abidjan, le 20 décembre 2006

Le PDCI-RDA


DECLARATION DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO SUR LA SITUATION SOCIO-POLITIQUE ET SES PROPOSITIONS DE SORTIE DE CRISE

Mardi 19 Decembre 2006

Comme annoncé, le chef de l'Etat ivoirien s'adresse effectivement ce mardi soir à ses concitoyens. Nous vous proposons l'intégralité de cette intervention très attendue depuis l'adpotion de la résolution 1721, début novembre dernier.





Ivoiriennes,
Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
Chers amis de la Côte d’Ivoire


Le 2 novembre dernier j’ai dit qu’au-delà de toutes les résolutions adoptées sur la Côte d’Ivoire, c’est à nous, Ivoiriens, qu’il revenait de sortir notre pays de la crise.
Et j’avais promis de tracer avec vous un cadre de règlement de la crise ivoirienne.

Pendant deux semaines, du 07 au 21 novembre, vous m’avez fait des propositions. Je voudrais profiter de mon propos de ce jour pour remercier l’ensemble du corps diplomatique accrédité en Côte d’Ivoire. Je remercie toutes les organisations de la société civile ivoirienne, les confessions religieuses, les chefs traditionnels, les dix neuf régions de notre pays et les communautés étrangères vivant en Côte d’ivoire, qui sont venus au Palais de la présidence de la République pour s’exprimer sur la crise et faire leurs propositions.

Le secrétariat chargé de faire le point de ces rencontres a enregistré 75 discours et 202 textes, sous forme de contributions collectives ou individuelles. Soit au total 277 documents recueillis, contenant 1478 propositions. Ces propositions concernent le désarmement, le gouvernement, les relations extérieures de la Côte d’Ivoire, le processus électoral, l’appropriation du processus de paix par les Ivoiriens, la Réunification du pays, le redéploiement de l’administration et bien d’autres propositions se rapportant notamment à la reconstruction de la Côte d’Ivoire.

Je vous ai écoutés. Le plan que je propose aujourd’hui résulte de ces concertations. Mais il résulte aussi de mon expérience personnelle de ces quatre dernières années de crise. Vos préoccupations sont toutes légitimes. Je les partage entièrement. Les propositions qu’elles contiennent constitueront désormais l’horizon de nos réflexions et de notre action, y compris la nécessité de la formation d’un nouveau gouvernement, pour mener à bien les affaires de l’Etat.

Mais dans un Etat en crise, il n’est pas bon de faire tout en même temps. Nous allons faire aujourd’hui, ce qu’il faut faire maintenant pour avancer, pour la paix, pour la réunification du pays et pour les élections. C’est l’objet de mon message. J’invite chacun de nous, à prendre conscience de la situation de notre pays.
J’invite chacun à l’ouverture d’esprit, à la tolérance envers les autres et à la détermination à obtenir la paix pour la Côte d’Ivoire.

Notre pays a été l’objet, depuis que dure cette crise, d’un grand nombre de réunions, sommets de Chefs d’Etat, communiqués, résolutions et accords. Tous ceux qui se sont ainsi penché sur le sort de la Côte d’Ivoire ont proposé des solutions et mis en place des organes pour appliquer ces solutions.

Aujourd’hui, 4 ans et 3 mois après le début de la guerre, aucune des solutions adoptées n’a pu ramener la paix. Ceux qui ont conçu ces solutions ont sûrement voulu bien faire. Ni leur engagement, ni leur compétence ne sont en cause. Ce qui est en cause, à mon avis, c’est le diagnostic. Maintenant, il nous faut aller, nous-mêmes au cœur de nos problèmes, pour trouver les remèdes adéquats.

Ivoiriennes, Ivoiriens,

Tous ceux qui nous ont aidés : Puissances étrangères, Etats amis, Organisations internationales, Personnalités de tout rang, ont fait ce qu’ils pouvaient pour nous sortir de la crise. Nous ne devons pas leur en vouloir de ne pas avoir réussi.

Mais, étant les principaux bénéficiaires de tous ces efforts de paix, nous, Ivoiriens, avons le devoir envers nous-mêmes de parvenir aux solutions définitives, en ayant posé le juste diagnostic de nos difficultés. Devant l’impasse des solutions extérieures, il est temps que les Ivoiriens s’approprient eux-mêmes complètement, le processus de paix.

C’est une vérité simple que chacun a le droit de rechercher pour lui-même son bonheur. Personne, surtout s’il ne propose mieux que nous, ne peut nous contester le droit de rechercher pour nous-mêmes ce qui est bien, c’est-à-dire la paix et la réunification de notre pays.

C’est pourquoi, au nom de l’Etat de Côte d’Ivoire, je propose aux Ivoiriens, mais aussi à la Communauté Internationale, une nouvelle approche.

Ma première proposition est l’instauration d’un dialogue direct avec la rébellion en vue du désarmement et de la réunification du pays.

Les rebelles ont déjà dit, à maintes reprises, pourquoi ils ont pris les armes. Après les différents accords, la Côte d’ivoire a satisfait à toutes leurs demandes. Mais ils n’ont toujours pas dit pourquoi ils n’ont pas encore déposé les armes. Pour nous, tous les accords et toutes les résolutions qui ont été adoptés ne visaient qu’une chose:le désarmement. Tout ce que ces accords et résolutions ont mis à la charge de l’Etat de Côte d’Ivoire pour obtenir le désarmement, nous l’avons fait.

J’entends, au cours de ce dialogue, demander directement à ceux qui ont pris les armes contre leur propre pays de les déposer et de libérer le pays. La nation leur tend une fois encore la main.

Je suis prêt, dès ce soir même, à discuter avec eux. Du reste, s’il ne tenait qu’à moi, ces discussions devraient avoir commencé depuis la semaine dernière. J’avais entamé les démarches en ce sens. Je souhaite que d’ici fin janvier 2007 au plus tard, les discussions soient achevées et qu’elles aboutissent au désarmement, pour que, enfin les élections prévues puissent se tenir.

C’est en vue de cet objectif que je fais d’autres propositions pour avancer.

Ma deuxième proposition c’est la suppression de la zone de confiance.

Au début du conflit en Côte d’Ivoire, il a été instauré, par les forces internationales, une ligne dite de non franchissement allant d’Est en Ouest. Elle était censée, à l’époque, constituer une zone tampon, empêchant les affrontements militaires. Cette ligne de non franchissement, baptisée zone de confiance, est devenue, à la pratique, une frontière intérieure consacrant la partition du pays en deux. Aujourd’hui elle n’a plus sa raison d’être. Les affrontements militaires ont cessé. De part et d’autre, la volonté d’une reprise des hostilités n’existe plus. Les Ivoiriens sont fatigués de la guerre.

Ils veulent reprendre une vie normale, circuler librement sur toute l’étendue du territoire.
Il faut donc supprimer la zone de confiance parce qu’elle pose plus de problèmes qu’elle n’apporte de solutions. Elle constitue à l’évidence un obstacle physique à la réunification du pays, à la libre circulation des personnes et des biens et au retour des déplacés. Elle constitue également un obstacle à la reprise normale des activités économiques dans les zones actuellement sous contrôle de la rébellion, à la préparation des élections alors surtout que la possibilité de reprise des hostilités militaires est, je le répète, inexistante.

Les craintes ne sont donc plus justifiées et il faut simplement instaurer la confiance dans tout le pays.

Ma troisième proposition c’est la création d’un Service Civique National.

Je reste convaincu que la crise que nous vivons est aussi, et en grande partie, une crise de l’emploi et de la formation. Elle est également une crise de conscience. La jeunesse ivoirienne a besoin de reconquérir le sens du civisme, du respect de la République et des institutions qui l’incarnent. L’idée d’un service civique national vient donc combler les attentes de ceux de nos jeunes qui, faute de formation et d’emploi, faute d’une haute idée de la République, sont exposés à toutes les tentations, même les plus suicidaires.

Il s’agit de créer un organisme national pour recruter, former, employer ou faire employer toute cette jeunesse souvent désorientée et qui se croit, à tort, laissée pour compte. Personne ne sera exclue. L’opération prendra en compte tous les jeunes de Côte d’Ivoire. Elle concerne bien sûr ceux qui n’ont pas pris les armes mais aussi ceux qui sont actuellement dans la rébellion. Les jeunes filles comme les jeunes gens de toutes les régions sont concernés.

Le Service civique national, dont la mise en œuvre dépend du seul Etat ivoirien peut démarrer immédiatement. Parce que cela dépend uniquement du Président de la République et du gouvernement, nous allons commencer dès à présent là où c’est possible et continuer partout où les conditions seront réunies jusqu’à couvrir tout le territoire national.

J’entends installer un camp de service civique dans chaque région. Les moyens pour y parvenir sont déjà disponibles. Dès la fin du mois de février 2007, nous serons en mesure d’encadrer 40 000 jeunes. Chaque jeune engagé recevra une formation. Il percevra un pécule mensuel, en même temps que son séjour sera pris en charge par l’Etat. Au terme de son service civique, qui va durer 18 mois, il pourra trouver un emploi dans le public, dans le privé ou créer sa propre entreprise. C’est une voie d’insertion des jeunes dans le tissu social. C’est une voie de développement. C’est une voie de la paix.

J’invite donc tous les jeunes ivoiriens qui se sentent concernés à s’inscrire dans les bureaux qui seront ouverts à cet effet.

Ma quatrième proposition est une amnistie générale.

L’amnistie c’est le pardon que, pour retrouver une société plus soudée et plus solidaire, nous sommes obligés de nous accorder. La loi d’amnistie votée en 2003 est aujourd’hui caduque. Il faut une nouvelle loi d’amnistie qui concernera toutes les personnes impliquées. Je vais donc soumettre à l’Assemblée Nationale dans les jours à venir, un projet de loi d’amnistie. Cette loi, comme la précédente, ne couvrira pas les crimes contre l’humanité et les crimes économiques. Nous voulons la paix mais nous ne voulons pas donner une prime à l’impunité. C’est à cette condition que nous pourrons demeurer une nation moderne.

Ma cinquième proposition est la mise en place d’un programme d’aide au retour des déplacés de guerre.

Durant la guerre, de nombreuses familles ont dû tout abandonner pour se retrouver, parfois dépourvues de tout, loin de chez elles. Depuis quatre ans, aucun plan de sortie de crise ne s’est attaqué véritablement à cette question qui ronge notre société. Je propose ce programme comme un préalable au pardon auquel j’invite chacun de nous. C’est un devoir de solidarité que nous avons vis-à-vis de nos compatriotes qui vivent une situation que nul n’a voulu.

Ivoiriennes, Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,

Telles sont mes propositions pour sortir notre pays de la crise. Il n’y a pas un ordre dans leur mise en œuvre. Pour chaque point, nous agirons dès que les conditions seront réunies.
L’objectif de l’ensemble de ces propositions, c’est la sortie de la crise par les élections. Je souhaite vivement que les élections aient lieu le plus rapidement possible. Et ce n’est pas un vœu purement personnel :
- D’abord c’est une nécessité pour la modernisation de la vie politique de notre pays. La Côte d’Ivoire ambitionne d’être un Etat moderne .Et dans les Etat modernes, les élections constituent le moyen de régulation des pouvoirs publics. Il n’y a que les élections pour décider de la conquête et de l’exercice du pouvoir d’Etat. Tous autres moyens non démocratiques, comme le recours à la violence sont proscrits.

- Ensuite, c’est une nécessité pour notre économie. La situation de crise que nous vivons aujourd’hui effraie les investisseurs. Tous les investisseurs qui frappent aujourd’hui à nos portes n’attendent que les élections pour s’engager à nos côtés dans le développement de notre pays. Nous devons donc absolument organiser ces élections et les réussir pour donner confiance aux opérateurs économiques d’ici et d’ailleurs.

- C’est également une nécessité pour la stabilité de notre pays et de la sous région. Au niveau intérieur, la crise a entraîné l’impossibilité de libre circulation des personnes et des biens, et une instabilité généralisée de tout le corps social. Il va sans dire que la persistance de cette crise risque de produire des catastrophes sociales plus graves. C’est pourquoi il convient d’y mettre rapidement fin par des élections justes et transparentes.

- Enfin, c’est une nécessité constitutionnelle. Dès lors que les délais constitutionnels pour les élections sont passés, les institutions de la République ne fonctionnent plus qu’en vue des élections. Dans notre système constitutionnel, lorsqu’il est impossible d’organiser les élections à la fin du mandat du Président de la République, les articles 38 et 39 de ladite constitution permettent la continuation du mandat du Président de la République. Afin d’assurer la continuité de l’Etat, le Conseil constitutionnel a déjà étendu ce principe aux autres institutions de l’Etat.
Mais, comme le prévoit également la constitution, toutes les institutions ne fonctionnent plus qu’en vue des élections. Nous avons besoin, pour mettre fin à cette situation exceptionnelle, d’organiser les élections.

Nous pouvons organiser l’élection présidentielle dès le mois de juillet 2007.
Je le dis et je le répète, je suis un enfant des élections. Je n’ai pas reçu le pouvoir en héritage. Je récuse tout recours à la force et à la violence pour conquérir le pouvoir politique. J’invite toute la classe politique à abandonner la voie des coups d’Etat et à s’engager sur la voie des élections ; la voie de la démocratie.
La paix est à notre portée. Saisissons-là.

Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire !

Laurent Gbagbo
Président de la République de Côte d’Ivoire


COTE D'IVOIRE / INTERVIEW DE M.BLE GOUDE CHARLES

Mardi 19 Decembre 2006

Le secrétaire exécutif du Congrès panafricain des jeunes et des Patriotes, Charles Blé Goudé, était hier l’invité de la Rédaction.

Je voudrais remercier la direction générale de Fraternité Matin, pour l’honneur qu’elle me fait en m’invitant ici à cette rencontre. C’est mon tour aujourd’hui, mais je pense que vous n’étiez pas obligés de le faire. C’est une marque de considération, raison pour laquelle je vous réitère mes remerciements. Vous avez demandé que l’on parle de l’actualité.

Je suis invité, et cela a été précisé, en tant que secrétaire exécutif de la jeunesse panafricaine. Je voudrais, parlant de ce volet-là, dire que nous avons créé le COJEP, le 4 juin 2001, bien longtemps avant la guerre, bien avant que je n’aille en Angleterre, avec pour objectif, comme nous le disons, de donner une âme et une arme politique à la jeunesse ivoirienne pour lui permettre de prendre part au débat politique. Parce que bien souvent, notre jeunesse est utilisée et manipulée faute de formation politique. Mais nous n’avions pas créé le COJEP, juste pour la Côte d’Ivoire. Il est vrai que les pays africains n’ont pas les mêmes réalités. Ici et dans d’autres pays africains, on peut parler. Mais ce n’est malheureusement pas dans tous les pays africains que l’on peut parler de lutte anticolonialiste et anti-impérialiste, critiquer ouvertement nos anciennes puissances coloniales. Dans tous les autres pays africains, ce n’est pas toujours évident. Il fallait donc prendre du temps pour emmener les uns et les autres à accepter de prendre le risque de parler. Nous avons fait le premier sommet en décembre 2002, le deuxième sommet en décembre 2004 et nous venons de finir le dernier. C’est seulement maintenant que nous avons réussi à mettre sur pied un secrétariat exécutif, afin que les autres représentent des sections du COJEP dans les autres pays. Cela parce que le temps a agi et finalement nos amis ont commencé à comprendre que le combat que nous menons en Côte d’Ivoire doit se mener partout. Au-delà de nos petites divergences entre pays africains, il est bon que l’on comprenne que les sociétés se changeant par génération, notre génération doit savoir qu’elle a la lourde responsabilité de faire en sorte que l’Afrique puisse reconquérir sa dignité.

INDEPENDANCE PARTIELLE
Il y a certes eu les indépendances, mais nous pensons que la vraie indépendance, l’Afrique ne l’a pas encore. Je ne vous apprends rien. Si l’Afrique l’avait, nous ne serions pas au stade où nous sommes avec les différentes crises qui perdurent sur ce continent. Nous comprenons mal que l’on décide encore aujourd’hui à la place des pays africains. A preuve, lorsqu’il y a un dossier ivoirien ou africain à l’ONU, c’est la France qui se précipite pour faire des propositions. Jusqu’à présent je ne sais pas ce que cela veut dire. S’il est vrai que nous sommes indépendants, s’il est vrai que nous sommes souverains, nous ne comprenons pas que cela puisse encore se faire. J’ai suivi la crise au Moyen-Orient. J’ai vu le Premier Ministre du Liban, aller parler du Liban à l’ONU. Quand on parle de l’Israël, ce sont des Israéliens qui parlent. Il en est de même des Palestiniens. Je ne comprends donc pas pourquoi quand il s’agit de la Côte d’Ivoire, on parle plutôt de De Villepin, d’Alliot Marie et de Jacques Chirac. Mais j’ai l’impression que nous aimons cela, parce que dans ce pays et sur ce continent, il y a des leaders qui trouvent cela juste. Ceux-ci nous approchent pour nous dire que nous ne pouvons rien contre cet état de fait. Nous affirmant que le monde est ainsi fait. Non, ce n’est pas ainsi que le monde est. Il y a plutôt des gens qui tentent de faire le monde ainsi. Ils ont tracé un chemin qu’ils veulent nous imposer. Cette situation, j’en parle dans mon livre « Crise ivoirienne : ma part de vérité ». L’ONU a été créée en 1945. Au moment de sa création, nos Etats n’étaient pas encore indépendants. On pouvait trouver normal que la France puisse répondre des Etats africains à cette époque. Mais depuis 1960, nous sommes indépendants. L’ONU ne peut plus avoir les mêmes réflexes, les mêmes attitudes à l’égard de ces pays alors que nous sommes en 2006. Nous nous battons donc pour que cela change.

OBJECTIFS DU COJEP
Nous savons que ce combat sera long, mais il faut le poursuivre. Il faut y croire. C’est dans ce sens- là que mes amis du COJEP et moi, nous nous sommes donnés pour devoir d’expliquer notre idée, d’expliquer notre philosophie, notre vision aux autres camarades africains. Qu’ils soient du Ghana ou du Nigeria, nous avons été heureux qu’ils soient venus nombreux. Les débats ont aussi été quelquefois houleux, mais nous les avons menés jusque très tard afin d’aboutir à ce que l’on appelle aujourd’hui le secrétariat exécutif, qui a pour devoir de veiller à ce que les différents objectifs soient atteints. Le premier objectif est de faire en sorte que des journées de solidarité au peuple de Côte d’Ivoire soient organisées immédiatement dans les pays qui ont vu leur jeunesse participer à ce sommet. Le Cameroun l’a organisé juste avant ce sommet. Leur journée a pris fin vendredi, si bien que cette délégation a pris ce sommet en cours. Voici pourquoi nous nous sommes retrouvés et ce à quoi nous avons réfléchi, parce que bien souvent l’Afrique est morcelée. On oppose les Africains pour mieux les contrôler. Ma vision est que, aujourd’hui, nos anciennes puissances coloniales commencent à prendre peur.

L’ASIE, L’EXEMPLE
De quoi ont-elles peur ? La Chine et bien d’autres pays asiatiques, leurs noms rimaient jadis avec la famine et la souffrance. Je ne vous apprends rien en vous disant que la Chine a fait une percée aujourd’hui sur le terrain économique en Europe. Et elle devient du coup concurrente des pays européens. Bien entendu, on se détourne maintenant vers l’Afrique. Le seul continent sur lequel on peut avoir la mainmise aujourd’hui, que l’on peut traîner dans la boue et mettre en garde quand on le veut. Au niveau de l’Asie, c’est un peu difficile aujourd’hui. Les gens sont obligés de faire des actions de charme, parce que les Asiatiques ont fini par s’imposer aujourd’hui. Ils ont cru en leur autonomie, ils ont cru en leur indépendance. Ils ont décidé de prendre rendez-vous avec l’histoire, avec l’avenir. Mais ici, nos Chefs d’Etat me semblent être des préfets locaux. Un genre de prolongement de l’administration française.

UN SYSTEME DE CONTROLE
Et souvent on se trompe. On se dit : la France nous fatigue, les Etats-Unis et l’Angleterre nous soutiennent. Mon ami nigérian m’a dit : « attention Charles, vous êtes victimes du système français ; mais nous, nous sommes victimes du système anglophone ». C’est donc un système qui a décidé de contrôler et la France ne fait que jouer son rôle dans sa sphère d’influence. Je vais très vite revoir mes leçons, moi qui pensais que parce que ayant étudié en Angleterre, j’avais eu un bon tuteur. Je me rappelle avoir été poliment éconduit à l’ambassade d’Angleterre où je m’étais rendu pour une demande de visa. Vous comprenez très bien que pendant que la France est là, l’Angleterre a vite fait de délocaliser son ambassade au Ghana. C’était une forme de soutien détournée parce que je ne sais pas ce que les Anglais craignaient plus que les Français. C’est fort de tout ce qui précède que nous nous sommes retrouvés. D’abord, au chevet de la Côte d’Ivoire et ensuite, au chevet de l’Afrique pour que les autres jouent leur rôle.
Parlant de la Côte d’Ivoire, vous savez tous ce qui s’y passe. Pour moi, une table de négociation, partout où vous allez, est un endroit où vous allez pour donner et pour recevoir. Ainsi quand il y a une crise entre deux groupes d’individus ou entre deux Etats, quand vous discutez, vous faites des concessions sur certains points pour en obtenir d’autres. La crise ivoirienne me semble bizarre parce que moi, je ne comprends pas. A Marcoussis, on demande au Président Gbagbo de nommer un Premier ministre dit de consensus afin qu’en retour il y ait le désarmement. On lui dit aussi de nommer les rebelles dans le gouvernement. C’est ce qui a été fait et pourtant le désarmement n’a pas eu lieu. Ensuite à Pretoria, on demande au Président de permettre la candidature de M. Alassane Ouattara afin qu’il y ait le désarmement. Qui aurait pu croire un seul instant ?.. Parce que de 1993 jusqu’à l’éclatement de la crise, le PDCI nous a enseigné que le problème de la Côte d’Ivoire, c’est Alassane Dramane Ouattara. Au point qu’il était considéré comme un gros risque pour un Chef d’Etat de permettre à M. Ouattara d’être candidat. Les réflexes d’un individu sont fonction des informations qu’il emmagasine, parce que de la mort du Président Houphouet-Boigny jusqu’à l’éclatement de la crise, M. Henri Konan Bédié et ses ministre nous ont enseigné que le problème de la Côte d’Ivoire c’est Alassane Dramane Ouattara. On l’a empêché d’être candidat depuis 1995, jusqu’à aujourd’hui. Et Gbagbo a pris le risque de faire de lui un candidat. Il a en fait résolu un problème que Bédié a créé. Malgré cela, il n’y a point eu de désarment.

LE ROLE DU GTI
Il faut que l’on situe les choses. Je suis en train de faire le travail du GTI, parce que c’est l’évaluation de la feuille de route que je fais en ce moment. Vous êtes d’accord avec moi que notre pays est coupé en deux, aucun impôt ne quitte la zone sous contrôle des rebelles pour venir dans les caisses de l’Etat. Vous convenez avec moi que cette caisse de l’Etat, elle sert tout le pays. C’est normal, parce que c’est cela aussi les concessions à faire. Il faut tolérer si l’on veut aller à la paix, mais j’ai l’impression que la tolérance est devenue la norme. Et le GTI l’a oublié et passe son temps à résoudre des problèmes qui ne sont pas de son ressort. Et l’on a oublié qu’un matin, il y a des gens qui se disaient mécontents et qui ont attaqué la Côte d’Ivoire et que c’est ce problème que l’on est censé résoudre. On est ailleurs et l’on se préoccupe plutôt de vouloir réconcilier Gbagbo et Banny. Banny qui était venu réconcilier les gens, c’est lui maintenant que l’on doit réconcilier avec une autre personne. Il y a problème, parce que lui-même a créé le problème. Quand on vient réconcilier et que l’on est supposé être neutre, on ne crée pas de groupes de soutien et l’on ne suscite pas des ONG. Dès l’instant où vous créez des groupes de soutien, cela veut dire que vous avez d’autres objectifs. Parce que le soutien du Premier ministre devrait être en principe le peuple à qui il va apporter la paix. C’est tout. Mais il faut être politiquement aveugle pour ne pas comprendre que le Premier ministre Charles Konan Banny veut le pouvoir. Humblement, tout ce qu’on lui demande, c’est de démissionner et de créer son parti politique afin qu’on fasse de la politique. Parce qu’on ne peut pas se cacher derrière ce manteau de réconciliateur et faire de la politique. Il place ses hommes dans l’administration et dégomme des gens, tout en trouvant des prétextes fallacieux pour avancer. Nous le voyons venir. Malheureusement pour lui, il a en face de lui des politiciens qui ont fait la politique avant lui.

LES DESSEINS INAVOUES DE PARIS
Parlant de Banny, je ne parle pas aussi différemment de Seydou Diarra, parce que jusque-là, la France était à la recherche non pas d’un Premier ministre qui va réconcilier les Ivoiriens et résoudre la crise, mais plutôt d’un cheval. Qui peut renverser le pouvoir en place, se positionner et représenter un préfet local que la France a toujours cherché.

LA REFORME DE L’ONU S’IMPOSE
Vous savez, il y a des choses qui ne dépendent même pas de l’homme ; il y a ce qu’on appelle la loi de la nature. L’évolution de la vie est telle que, ou bien vous vous adaptez, ou vous disparaissez ; c’est une loi. C’est dire qu’il faut s’adapter aux réalités et aux nouvelles conditions du moment. Vous ne pouvez pas avoir créé une organisation de cette taille et demeurer stationnaire. Regardez d’abord la composition du Conseil de sécurité et les conditions dans lesquelles l’ONU a été créée. Elle a été créée par les alliés vainqueurs de la deuxième guerre mondiale ; ceci pour protéger et gérer leurs intérêts. Ce sont donc ces vainqueurs-là qui sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont porté les membres à 15, pour se donner bonne conscience et contenter les autres. Est-ce que ces critères tiennent aujourd’hui ?
Il faut qu’il y ait une nouvelle vision; il y a de nouvelles réalités auxquelles l’ONU est aujourd’hui obligé de s’adapter ; d’où la réforme ! Si l’ONU veut continuer à être crédible et ne pas subir le même sort que la défunte SDN, qui parce que dépassée par les évènements a fini par ne plus être crédible.
Regardez pour finir, ces fonctionnaires onusiens qui sont là, envoyés pour séparer par exemple deux belligérants. Et pour cela, ils sont payés, par mois au moins à deux millions, pour des gens qui ne gagnaient rien dans leurs pays ; des prix qui augmentent chaque fois que le conflit se complique… Mais ces gens-là, leur intérêt est où ? C’est de faire en sorte que ce conflit perdure et même se complique. Ils passent nuitamment pour inciter les belligérants à ne pas lâcher prise ; et ils sont payés pour ça ; c’est cela les réalités ... Voilà ce que j’avais à dire sur cette question de l’ONU.

LE SECRETAIRE EXECUTIF FACE AUX SANCTIONS
Bon en ce qui concerne ces sanctions de l’ONU, je pense que c’est en guise de soutien à ma personne que les amis m’ont mis à la tête de notre organisation commune. C’est aussi pour moi, une reconnaissance du combat des jeunes Ivoiriens. Il faut saluer ces jeunes des pays frères qui m’ont mis à la tête de cette organisation. Je crois que ce que nous ne pouvons pas faire, parce que cantonné ici du fait des sanctions de l’ONU. Les autres servent de relais ; je ne voyage pas, mais les idées voyagent et se déplacent ; et c’est ça qui est important. Si je ne peux pas faire un meeting à Douala, les camarades du Cameroun peuvent le faire. Si je ne peut pas faire un meeting au Togo, les camarades du Togo peuvent le faire. Et comme ça, la lutte est exportée ; et c’est ça que la France craint. Et je pense que c’est ça qui est l’essentiel. Je vous remercie.

ÉCHECS DES POLITIQUES ?
Je n’ai pas encore dit que les politiques ont échoué, je ne l’ai pas encore dit. Vous êtes tous ici à Fraternité Matin, votre matière première, c’est l’information ; tous vous écrivez, mais ça dépend de comment chacun s’y prend et de ce que chacun se fixe comme objectif pour écrire. C’est pourquoi certains sont primés et d’autres ne le sont pas. On ne pourra pas dire à untel, pourquoi tu as décidé d’écrire ceci et non pas cela, c’est-à-dire qu’on a échoué, non ! Le rôle du politique, c’est de gérer la société, c’est de l’organiser, pour les hommes et avec les hommes. Mais chacun veut faire mieux que les autres et l’on décèle les maux. Je me rends compte que notre pays peut rester dans cet état pendant dix ans, pendant quinze ans, tant qu’on veut former un gouvernement paritaire, pour que X ou Y soit ministre, les gens sont prêts à y rester sans bouger. Seuls les problèmes initiaux qui sont posés dès le départ existent encore ; la xénophobie, l’exclusion, l’ivoirité, etc. Il arrive même que la victime de l’ivoirité est en alliance avec le concepteur de l’ivoirité. C’est dire que les gens mettent de côté les problèmes…

RAPPORTS AVEC LE RJDP
Mes rapports avec le Rassemblement des jeunes houphouétistes sont bons ; parce que pour moi, nous sommes obligés d’avoir de bons rapports. Car je crois en ce que nous avons dit au Café de Versailles il y a quelques mois. Personne ne nous a obligés à poser l’acte que nous avons posé ce jour-là. Du moins pour ce qui me concerne, personne ne m’a obligé à dire que demain nous appartient. Nous avons dit ensemble qu’il faut éviter à la Côte d’Ivoire un Rwanda bis. C’est avec surprise que moi, je constate que la violence dont on nous accusait a changé de camp ; et que je vois des jeunes gens donner des ordres pour que les camarades jeunes aillent attaquer des commissariats ou telle ou telle personne. Cela veut dire que l’on fait une chose et son contraire à la fois. Mais comme nous cherchons tous à prendre l’opinion à témoin, je pense que cette opinion-là jugera. Vous avez dû constater que depuis cette date de juillet 2005, nous sommes restés dans la logique de non- violence et de l’apaisement, parce que nous avons donné notre parole. Quand vous passez à la télévision, face à des millions de personnes, et que vous prenez un engagement, que vous donnez votre parole, je pense que le minimum, c’est de respecter cette parole. En ce qui concerne mes amis et moi, c’est dans cette logique que nous sommes. Je voudrais rappeler qu’en interne, c’est-à-dire en notre sein, il y a eu des soubresauts à cause de notre démarche. Mes propres amis m’avaient accusé de trahison. Mais le leader n’est pas celui qu’on applaudit seulement. Le leader, c’est aussi celui qui est courageux et qui, face à la foule, assume ses responsabilités. Il y a deux sortes de leaders. Il y a ceux qui disent à la masse : «Je vous suis, allons-y». Ce sont eux qui disent souvent : «C’est le peuple qui décide». Et il y a des leaders qui disent à la masse : «Suivez-moi». Ceux-là orientent leurs masses. C’est cela être leader, c’est-à-dire guider. Moi, je suis de cette deuxième catégorie. A la veille du 31 octobre dernier, nous savions tous que la catastrophe était annoncée. Mais vous avez vu Eugène Djué, vous avez vu la CONARECI, en notre compagnie, aller au Café de Versailles, pour attendre Karamoko et KKB (Kouadio Konan Bertin). Cela veut dire qu’en interne, nous avons réussi à faire comprendre aux autres que la position que nous avons adoptée est bonne pour la Côte d’Ivoire. Nos amis avaient juste posé un problème de forme qui a été vite réglé et nous sommes partis ensemble. Cela veut dire que nous croyions à cet idéal qui est d’éviter à la Côte d’Ivoire un Rwanda bis. Ceux qui font le contraire, je pense qu’ils ont des raisons qui leur sont propres de faire ce qu’ils sont en train de faire actuellement. Mais moi, je suis content qu’ils le fassent et que cela ne soit pas couronné de succès. Les gens pensent que nous sommes encore en 1960 où l’on peut se jouer du peuple. Mais non ! Le peuple a compris le message qu’on lui a lancé ensemble, qui est qu’il faut éviter à la Côte d’Ivoire un Rwanda bis. Ça encore, l’opinion va juger. Mais moi, je ne ferai rien pour trahir ce que nous avons décidé ensemble. Nous irons toujours vers les autres camarades pour leur faire comprendre que leurs différents leaders sont dépassés et qu’à 72 ans, on ne parle plus d’avenir politique, mais plutôt de souvenirs politiques.
Mais non, quand on les interroge, ils disent : «Nous préparons l’avenir politique de Bédié». Non, cela n’est pas possible. Malheureusement, les différents leaders politiques de notre pays veulent lutter contre le temps, donc contre Dieu.
Moi, on m’a accusé de n’avoir pas consulté MM. Laurent Gbagbo, Affi N’Guessan,… J’ai dit non, je n’ai pas besoin de consulter quelqu’un quand je sais qu’à la minute près, tout peut chambouler. J’ai été dans des mosquées avec des amis, j’ai été à Anyama, à Grand-Bassam, à Divo. C’est notre devoir, il faut que nous le fassions comprendre aux autres.

PROPOSITIONS DE SORTIE DE CRISE
Je pense que pour faire une proposition de sortie de crise, il faut comprendre la nature de ladite crise. Quelle est donc la nature de la crise ivoirienne ? Est-ce une crise qui oppose le PDCI-RDA au FPI ? Est-ce une crise qui oppose le RDR au FPI ? Ou alors, sommes-nous dans une crise où des gens ont posé des problèmes sociaux, donc il faut leur faire des concessions ? Je vais vous faire une confidence. Hier, j’ai discuté avec un aîné qui était un émissaire de la France et de la communauté internationale. Il m’a posé la question de savoir ce que je proposais comme solution de crise. Mais il était aussi venu avec des propositions que je n’ai pas trouvées justes. Il a dit qu’il faut sécuriser les gens socialement : donner un peu à Ouattara, donner un peu à Bédié, donner un peu aux rebelles pour les sécuriser et ça va aller… C’est comme cela que les gens voient notre crise malheureusement. Je lui ai dit : «Cher aîné, c’est ce que nous faisons depuis». Celui qui tue a sa place en prison ; mais chez nous, ceux qui ont tué sont au gouvernement, parce que c’est le sacrifice à faire. On avait été contre ce fait au début. Ils sont au gouvernement, mais ils ne participent à aucun conseil de ministres, à aucune activité du gouvernement. Mon ami Soro nargue à la limite tout le monde. Dans un gouvernement où vous trouvez des ministres qui ne rendent pas compte à l’Etat, qui ne rendent pas compte à un chef, et là où il y a absence de sanctions, bien entendu, c’est le désordre. Mais si quelqu’un est appelé au gouvernement parce que l’état-major de son parti le veut ainsi, bien entendu, il ne rendra compte qu’à l’état-major de son parti. Tout ce qu’il fait, ce n’est pas pour faire avancer l’Etat, c’est le lit à celui qui l’a nommé. Etre au gouvernement, mais ne rien apporter à notre pays. On a fait l’expérience pendant quatre ans. Je pense qu’il faut de nouvelles personnes. Je veux dire qu’il faut abandonner ce gouvernement de partis politiques. Ecoutez, en Côte d’Ivoire, il n’y a pas que Soro, il n’y a pas que Bédié, il n’y a pas que Ouattara, il n’y a pas que Djédjé Mady. Il y a d’autres Ivoiriens qui ont été à l’école, qui sont moins connus, moins stigmatisés… qui peuvent comprendre l’importance de ce qu’il faut quitter cette crise. Il faut les trouver pour changer ce gouvernement. Il faut dire au RDR : «Allez faire la politique», il faut dire au PDCI : «Allez faire la politique». Je ne cite pas le FPI parce que c’est le parti au pouvoir. Cela est une réalité avec laquelle il faut composer. Ce n’est pas parce que je suis proche de Gbagbo que je le dis. Cela dit, je pense qu’on peut permettre au Chef de l’Etat d’avoir quatre ou cinq personnes qui lui sont proches au gouvernement, mais pas des gens membres de son parti politique. Mais des gens de la société civile avec qui il a travaillé et qu’il estime être compétents en la matière.
En Côte d’Ivoire, il y a une opposition traditionnelle : le PDCI et le FPI. Ces deux partis sont opposés depuis longtemps. Et puis il y a une alliance entre le FPI et le RDR. Mais le RDR a cru à un moment que le FPI l’a trahi. Pour l’instant, nous avons besoin d’une équipe qui travaille sous l’autorité du Chef de l’Etat et de son Premier ministre.
Parlant du Premier ministre Charles Konan Banny, je ne vois pas les choses en termes d’individu. Je raisonne en termes de système. Avant Charles Konan Banny, il y a eu Seydou Diarra. Pourquoi Seydou Diarra est parti et Charles Konan Banny est arrivé ? Ce n’est pas parce qu’il est plus intelligent que Seydou Diarra. C’est parce qu’on est à la recherche d’une solution et l’on est à la recherche d’un individu, d’une personnalité capable de faire preuve de dépassement de soi, de hauteur d’esprit, mais pas de quelqu’un qui se joue du peuple. Qu’on enlève donc Konan Banny ou pas, ce n’est ça mon problème. Je ne suis pas de ceux qui posent les problème en termes d’individu. Qu’on veuille Konan Banny Konan ou non, il a sa dignité aussi. Il faut faire comprendre aux gens qu’ils ont dévié de la trajectoire et, bien entendu, demander à leur tuteur de se retirer. Il faut que toutes propositions venant de la France aujourd’hui soient nulles et de nul effet. Car, je vais vous le dire, la France est actrice dans la crise ivoirienne. Il faut que l’on s’accorde là-dessus. Dès lors qu’on est d’accord sur ce point, on écarte la France et on confie l’affaire aux Africains, il vont la régler.

COJEP, GROUPE DE PRESSION
Le COJEP est un groupe de pression. C’est nouveau en Côte d’Ivoire. Les groupes de pression sont des groupes de personnes qui dénoncent, qui proposent, qui se rendent incontournables mais qui ne visent pas la conquête du pouvoir. Ici, si vous essayez de vous approcher des hommes politiques, ils vous diront que le COJEP, tel qu’il est structuré, ressemble à un parti politique. Un groupe de pression doit être implanté pour faire la pression. Voyez-vous, ceux qui luttent pour l’environnement en Europe et autres. Qui a fait triompher le ‘‘Non’’ en France ? Ce ne sont pas les partis politiques. La plupart des grands partis politiques ont fait coalition pour voter ‘‘Oui’’. Mais ce sont les groupes de pression qui ont fait coalition pour appeler à voter ‘‘Non’’ et le ‘‘Non’’ l’a emporté. Vous êtes d’accord avec moi que le gouvernement français voulait la Constitution européenne. Mais les différents groupes de pression ne l’ont pas voulue et cela ne l’est pas. Donc les gouvernants, de peur de heurter, pour des questions protocolaires, peuvent s’embarrasser en prenant certaines décisions. Donc il appartient aux jeunes, au peuple d’aller dans le sens de la reconquête de la dignité des différents Etats africains.
En Côte d’Ivoire, aujourd’hui, pour des questions d’intérêt politique, il y a une autre franche de la jeunesse, considérable ou pas, et dont l’avis doit être pris en compte. Je l’ai dit, nous inscrivons notre action dans le temps. Je ne rêve pas du tout qu’on puisse prononcer demain matin la rupture des relations avec la France. Je ne demande même pas qu’on prononce une rupture. Je veux que les élections aient lieu, que les relations existent mais qu’on passe d’un stade de tutorat à un stade de partenariat. Je combats le bibéronnisme politique. Cela, chers messieurs, est possible, mais cela n’est pas possible maintenant. J’insiste, du fait de la crise. Aujourd’hui, quand vous écoutez de jeunes Africains de la Guinée, du Sénégal, vous avez l’impression que vous êtes à un meeting des Jeunes Patriotes à la place de la République.
Nous devons amener les gouvernants à défendre les intérêts de nos Etats. Donc le COJEP cherche des partenaires. Même vous, nous allons vous appeler de vous joindre à nous pour mener ce combat.

REFLEXES DES FRANCOPHONES
Je suis entièrement d’avis avec vous. On ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Je ne le dis pas seulement; je l’ai écrit dans mon oeuvre. Je refuse qu’on réduise tout à la France. Dès qu’il y a un problème, on se demande ce que la France dit. Quand elle fait une bonne déclaration, on applaudit et quand demain elle fait une autre déclaration, on est mécontent.
Je pense, pour ma part, que nous devions réussir nous-mêmes à se faire, que nous réussissions nous-mêmes, comme le fleuve, à faire notre propre lit. On ne peut pas faire une révolution avec des esprits qui ne sont pas révolutionnaires eux-mêmes. Toute révolution commence par l’esprit. Il faut déchaîner l’esprit des Ivoiriens, débarrasser l’esprit des choses coloniales. Si cela est réussi, c’est déjà une grande étape. Quand vous êtes en danger, vous faites appel à la France. Bien entendu, quelqu’un qui vous sauve a des droits sur vous. Il faut arrêter ça. Si l’Afrique du Sud a réussi aujourd’hui, ça veut dire que nous le pouvons, si la Chine l’a réussi, ça veut dire que nous le pouvons. Seulement il faut y croire. Mais regardez l’attitude des gens qui sont seulement allés passer des vacances à Paris. Quand on leur demande d’où ils viennent, ils répondent «Je viens de Paris, moi !» ; où as-tu payé ton T-shirt ? «Je l’ai payé à Paris, moi». C’est ce que je disais à la dédicace de mon livre. Quand on demande à quelqu’un qui a édité son livre, il rétorque : «Ce n’est pas n’importe qui qui a édité mon livre, c’est l’Harmattan, à Paris». Moi, j’ai dit dimanche, «Ce n’est pas n’importe qui qui a édité mon livre, c’est Fraternité Matin, à Abidjan.» Il faut y croire, c’est tout. Qui n’a pas envie de faire le petit malin en disant que c’est l’Harmattan qui l’édite et passer sur Canal + ? C’est seulement à partir delà qu’ils ont compris beaucoup de choses. J’ai édité mon livre qui a connu un franc succès, c’est maintenant eux qui négocient avec moi pour faire une réédition. Mais j’ai demandé qu’ils discutent avec ma maison d’édition. C’est parce qu’il y a eu un boom qui les oblige à venir négocier. Il faut qu’on le comprenne. Je crois qu’il y a un problème dans ce pays, mais, ça commence à changer. Au début, les gens portaient des casquettes américaines, mais aujourd’hui, les gens sont fiers d’arborer _qu’ils soient du RDR, du PDCI_ des T-shirts Orange Blanc Vert, Côte d’Ivoire mon pays. Et ça, c’est un travail, c’est le pur produit de notre combat. Et quand on a franchi cette étape, le reste suivra.

PANAFRICANISME
Il ne faut pas voir les choses de la sorte. Vous menez un combat qui consiste à faire comprendre aux autres camarades notre manière de voir les choses. C’est-à-dire, être maîtres de notre propre destin, refuser qu’on nous coiffe en notre absence. Pour moi, on ne peut pas coiffer un leader à son absence. Si je vais en Afrique du Sud parce que le pouvoir sud-africain comprend le combat des Ivoiriens, bien entendu, la jeunesse sud-africaine va accueillir Blé Goudé et accepter d’aller dans la vision du COJEP. Si je vais au Burkina Faso, là où Blaise Compaoré héberge les rebelles, il va me refuser. Je vous prends un exemple. A notre deuxième sommet qui a eu lieu en 2004, Kabré Youssouf qui venait du Burkina Faso a délivré un discours dense qui a retenu l’attention de l’assistance. Il était la star du sommet. Il a dit, c’est le colon, c’est lui qui nous divise. A la fin de son discours, Kabré est venu pleurer dans ma chambre pour l’aider à joindre son pays en passant par le Togo. Sinon Blaise Compaoré va m’arrêter. Je suis donc obligé de protéger mes amis jusqu’à ce que la réalité du pays où ils se trouvent permette qu’ils puissent s’exprimer au grand jour. La liberté, lorsqu’on ne l’a pas perdue, on ne voit pas son importance. Il faut voyager. Kabré n’a pas pu venir cette année parce qu’il a été affecté dans un village qui se trouve à des centaines de km de Ouagadougou et où il n’y a pas de téléphone. Je n’ai donc pas pu l’informer de venir au sommet. Un autre camarade, Mignan, a été invité. Mais c’est hier (ndlr : dimanche) que les policiers ont quitté son domicile au Burkina Faso. C’est-à-dire de jeudi à dimanche, ils étaient chez lui. On s’est connu du temps de la FESCI en connexion avec l’Union des étudiants du Burkina Faso. Il ne fallait donc pas qu’il vienne à Abidjan. Touré, son adjoint lui, est arrivé hier nuit (ndlr : dimanche). Il a dit qu’il voulait seulement prouver à Blaise Compaoré qu’il pouvait sortir du Burkina Faso sinon il savait qu’il serait en retard. Je puis donc vous rassurer qu’on ne ratisse pas que dans l’opposition. Nos amis ont commencé à venir. Le Sénégal était représenté, à double titre d’ailleurs. Idrissa Seck et le représentant de la Coalition citoyenne. Mais on va là où on peut se faire comprendre. A défaut d’être la lune pour éclairer la terre, acceptez au moins qu’on prenne une lampe pour éclairer notre chambre.

LES MOYENS DU COJEP
Je peux dire que le COJEP est une parfaite organisation. Ne pas vouloir une chose et son contraire. On a un siège qu’on vient d’avoir il y a à peine deux ou trois semaines et qu’on vient d’inaugurer. Mais pourquoi n’avions-nous pas de siège depuis 2001 ? Parce que nous voulions prendre notre temps. Au COJEP, il n’y a pas que Blé Goudé. Il y a des gens comme vous, qui sont journalistes et qui ont un salaire. Il y a des grands fonctionnaires de ce pays. C’est pourquoi le COJEP n’est plus le Congrès panafricain des jeunes patriotes, c’est le Congrès panafricain des jeunes et des patriotes.
Il y a des gens insoupçonnés dans tous les secteurs d’activité en Côte d’Ivoire qui sont du COJEP. C’est comme à l’extérieur de la Côte d’Ivoire. Des gens qui, à la fin du mois, cotisent. Vous ne pouvez même pas imaginer ce qu’ils cotisent. Nous avons notre siège au sein duquel il y a un cybercafé qui contient un minimum de 60 ordinateurs connectés au réseau Internet. Les gens qui viennent consulter paient. Quand on a une manifestation, on ne va pas louer des bâches puisque nous avons nos propres bâches. C’est au contraire chez nous qu’on vient louer des bâches et des chaises parce que nous avons au moins 1.000 chaises.
Il y a également des dons et je vous en donne quelques exemples. Nous sommes allés faire une réunion à Ibis Marcory où j’ai rencontré un monsieur. Il m’a dit bonjour et m’a demandé de patienter un instant. A son retour, il a m’a remis 1 million de Fcfa. Je ne l’ai plus jamais revu ; il m’a dit que ce n’est pas important. Un autre exemple. J’ai fait un accident sur la route de Sikensi et la voiture a été présentée à la télévision. Un monsieur m’a trouvé à la Clinique Hôtel Dieu et m’a remis les clefs d’une Mercedès. Je continue avec le cas d’un aîné qui n’était même pas encore membre du COJEP. Il n’est même pas du pouvoir. Et je vous dis que la plupart de ceux qui m’aident dans ce pays sont loin du pouvoir. C’est une révélation que je vous fais. J’ai donc été rendre visite au monsieur dans une voiture bizarre à la Riviera. Et le lendemain, il m’appelle et me dit de le trouver à la Riviera. Il m’a remis les clefs d’une Peugeot 407 neuve qui est garée dehors (ndrl : parking de Frat-Mat). Vous allez dire que c’est Gbagbo qui l’a payée ou tel qui l’a payée ? Non ! Dans ce pays, il y a des gens qui sont prêts à tout donner pour le combat que nous menons. Donc, des gens nous aident. Nos amis qui sont à l’extérieur nous envoient beaucoup d’argent pour qu’on fonctionne. Voilà nos moyens.

RESTER INDEPENDANT
Je suis toujours fidèle à ma devise. Que veux-je dire ? Quitter entre les griffes de la panthère et aller entre les griffes du tigre, je ne crois pas qu’il y ait trop de différence. Il faut qu’on apprenne à faire comme l’Occident. Pourquoi avons-nous la main tendue ? Qu’est-ce que l’Occident a de plus que nous ? Ils ont cru à leur culture, ils ont cru à leur force, leurs possibilités, leurs capacités. Savez-vous ce qui se passe à Yamoussoukro ? Les Chinois travaillent jusqu’à minuit. La nuit, ils construisent. Les Ivoiriens ne peuvent pas supporter ce rythme. Moi, je ne suis pas pour qu’on cherche toujours un tuteur. Je dis, s’il faut collaborer avec des gens, il faut qu’on soit nous-mêmes. Parlant de la Chine, j’ai dit un jour, qu’est-ce que vous voyez à nos différents carrefours ? Les gens vendent les Nem à 50 francs comme nos mamans vendent les galettes. Mais celles qui vendent les galettes habitent dans les Sicobois alors que ceux qui vendent les Nem habitent à la Riviera, dans une grande villa. C’est dire que ce sont des agents venus prospecter et ils sont payés. Les bénéfices de la vente des Nem ne peuvent pas permettre à quelqu’un d’habiter à la Riviera. Ce n’est pas possible. Quand on a compris cela, je dis qu’il faut y croire. Je me souviens que lorsqu’on était au collège, on nous enseignait que les Chinois sont nombreux parce qu’ils ont faim, ils ont faim parce qu’ils sont nombreux. Aujourd’hui la Chine est devenue un danger pour l’Europe au plan commercial. Les mêmes casquettes que l’Angleterre fabrique et nous vend cher, la Chine fabrique les mêmes et nous les vend moins cher. Ici (en Côte d’Ivoire) on nous a appris que l’honneur se trouve dans les bureaux. Chacun à quelque niveau que ce soit participe en Chine. Le pays qui allait réussir cela en Afrique de l’ouest est le Ghana. Ils vivent de ça et il faut que les Ivoiriens arrivent à ce stade.

FAIRE PRESSION SUR LES REBELLES
Maintenant, ma proposition de sortie de crise. Ce n’est qu’une proposition, ce n’est pas une Bible. Vous avez dit si on change le gouvernement, comment on peut réunifier le pays ? Mais moi, je vous dis que le gouvernement n’est pas encore changé depuis quatre ans et pourtant le pays n’est pas réunifié. tes-vous d’abord d’accord avec moi que la solution proposée n’a pas réglé la crise et ne la règlera pas ? Tant qu’il n’y aura pas de pression telle qu’on le fait sur le Président Laurent Gbagbo lorsqu’il fait une erreur, vous voyez bien comment le GTI est prompt à l’acculer, à le pousser. Je n’ai pas encore vu de pression sur les rebelles depuis le début de cette crise. Quand vous avez un enfant à la maison qui fait des caprices mais qui vous donne satisfaction, pourquoi voulez-vous qu’il change ? Mais quand l’enfant fait une faute, vous devez le gronder. Ce sont les règles de la vie. Vous avez une ligne imaginaire tracée par la France où de l’autre côté Soro et son équipe font tout ce qu’ils veulent. Ils ont organisé leurs impôts et autres. La nature des rebelles, partout où ils se trouvent, lorsqu’ils demandent une chose et que vous leur donnez satisfaction, demain ils demanderont une autre chose. Un rebelle, c’est celui qui n’aime pas les lois, qui n’aime pas ce qui est normal. C’est celui qui aime vivre dans le désordre. Si on a compris ça, alors on cherche la solution à cette crise-là.

LA FRANCE, LA CEDEAO ET L’U.A
Quand la France dit nous prenons d’abord l’avis de la CEDEAO, ensuite l’avis de l’Union africaine et après on arrive à l’ONU. Vous savez que le président de l’Union africaine n’est même pas élu. Il est désigné par la France. Je vous lance le défi de me prouver le contraire. Ce sont des tractations. On veut celui-ci, pas celui-là. Nos Chefs d’Etat sont des préfets locaux. On vous dira que l’esclavage est fini, de même que la colonisation. Ce sont les mêmes choses. Maintenant c’est la mondialisation. Mais dans le fond, c’est le même système. Comme on a commencé à se plaindre pour dire qu’on ne veut pas qu’on nous impose les choses, ils veulent faire croire que se sont des décisions qui viennent des Africains eux-mêmes et de leurs organisations sous-régionale et régionale. Donc il faut passer par le président de la CEDEAO pour prendre une décision et ensuite celui de l’UA. Vous avez vu le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, à la veille du récent sommet d’Addis Abeba, l’ambassadeur français l’appelle pour lui dire : «bientôt, c’est la réunion et il faut qu’on suspende la constitution de la Côte d’Ivoire; il faut qu’on écarte Gbagbo». Et le Ministre lui demande «à quel titre vous me demandez cela ? Il s’agit d’un sommet africain». tes-vous africain ? L’ambassadeur lui répond «non» et «poursuit à la veille des réunions, on appelle nos amis pour qu’ils aillent dans notre sens». Et le ministre de lui dire «à partir d’aujourd’hui, ne me considérez plus comme votre ami». Mais ils sont combien en Afrique qui peuvent faire cela ? Ces accords-là sont en fait grugés. Vous avez vu Lomé. Pendant que les Africains étaient en réunion à Lomé sous l’égide du Président Eyadéma pour signer un accord, le Président Abdoulaye Wade était déjà sur les antennes de TV5 pour dire qu’il n’y aura pas de résultat à Lomé ; la solution se trouve à Paris. Là où les Ivoiriens n’ont pas trouvé un accord en un mois et demi à Lomé, ils l’ont fait en dix jours à Paris. C’est bizarre. Infantiliser l’Afrique. Je reviens pour dire qu’il faut qu’on prenne la mesure de notre responsabilité si on le veut.
Malheureusement, beaucoup de nos leaders croient qu’on ne peut rien contre la France. Beaucoup viennent me dire «Blé, laisse cette affaire de France ; tu ne peux rien contre ça ». Mes amis jeunes qui sont dans l’opposition disent que mon combat est bien mais que nous ne pouvons pas le mener ; il est trop difficile.

SIEGE DU COJEP
Le siège du Cojep n’est pas notre propriété, c’est une location.

LES DANGERS QUI GUETTENT SORO GUILLAUME
Avec Soro Guillaume, le problème n’est pas de nous parler. J’ai parlé à plusieurs reprises avec Soro au cours de cette crise. Je crois que ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien de m’appeler pour qu’on parle de notre passé. Mais plutôt qu’est-ce qu’on peut faire ensemble, puisqu’on se connaît, puisqu’on a partagé les cellules de prison ensemble. C’est de me dire: frère, sur ce point-là, vu ma position, je suis coincé. Est-ce que tu peux ouvrir telle porte pour que je garde ma dignité pour qu’on avance ? Ma dernière rencontre avec Soro date de 2001, à la veille des élections législatives. On s’est rencontré, il était candidat à Port-Bouet, parce qu’il voulait que je l’aide à remporter les élections. Question principale que je lui ai posée est : je t’aide pour être député de quel parti politique ? Du Rdr ? Ça aussi c’est pas sûr que tu sois du Rdr. Tu es un homme de gauche. Toi et moi avons feuilleté les livres rouges ensemble. Il me répond qu’il n’est pas du RDR mais qu’il y avait trop d’intellectuels autour de Gbagbo et s’il arrivait, il risquait de faire la queue. «Je préfère aller au Rdr. Là-bas, ils ne connaissent rien. Si je vais, je suis sûr d’être le premier». C’est ce que je constate. Je connais Soro. On peut faire tous les procès à Soro sauf pour l’insulter pour dire qu’il n’est pas intelligent. C’est un garçon très intelligent et fin dans les analyses politiques. Tant qu’il n’est pas sûr d’une analyse politique, il n’engage pas le combat. Il a été mon Secrétaire général et j’ai été son secrétaire à l’organisation. Ce n’est pas parce qu’il est rebelle que je vais raconter n’importe quoi. Même quand Soro ferme un portail à Djékanou, ce n’est pas parce qu’il veut mettre un portail. C’est une pression qu’il fait. Mais il est allé trop loin aujourd’hui. Est-ce que notre amitié peut suffire à le ramener ? Ce n’est pas ça le problème. Le problème, c’est qu’il y a trois dangers qui guettent Soro. Premier danger : les petits jeunes hommes qu’il a recrutés et créé une armée, tant au niveau national qu’au niveau des pays frontaliers. Que faire de ceux-là ? C’est pourquoi il propose l’état-major intégré pour au moins leur donner un point de chute. C’est pourquoi il propose des primes pour désintéresser les étrangers qu’il a recrutés. Voilà ceux qui vont éliminer Soro. Ce n’est même pas nous. C’est un de ces petits qui serait désespéré. Un anonyme. Aujourd’hui, on ne sait même pas celui qui a tué Kabila. Quand tu sors de la brousse avec des gens à qui tu as promis monts et merveilles, c’est ça qui te guette. Soro, en tant que quelqu’un qui a été formé de gauche radicale, il sait. Deuxième danger qui guette Soro : Alassane Ouattara. C’est devenu la dialectique du maître et de l’esclave. Au début, Soro n’avait pas les moyens pour engager une lutte, pour se positionner. Ouattara lui a donné les moyens, mais aujourd’hui, Soro parle directement avec Kofi Annan, ce que Ouattara faisait avant. Et que Soro ne faisait pas. Aujourd’hui Soro parle directement avec Jacques Chirac au téléphone. Et c’est ce qui fait l’autre choc. Soro est le petit de Ouattara. Mais il a accès à toutes les personnalités internationales. Donc il est devenu un homme d’importance internationale. Vous êtes d’accord avec moi qu’il a des ambitions. Troisième danger qui guette Soro : c’est la France parce qu’ils ont partagé beaucoup de secrets. Ils ont trempé dans beaucoup de complots ensemble. Et de peur qu’il parle un jour, comme le Président du Rwanda qui dès qu’il a annoncé une commission d’enquête, tolet ! Voici les trois dangers qui guettent Soro. Il a le choix entre se repentir publiquement devant les Ivoiriens qui vont lui pardonner. Et si la France veut l’attaquer, il aura le soutien des Ivoiriens. Ou alors, il prend le chemin de l’exil. Mais la troisième voie dans laquelle il se trouve est dangereuse pour lui. En ce sens que cette voie-là lui donne l’illusion d’avoir un pouvoir à un certain moment mais sa fin est celle de Kabila, de Taylor. Aucune rébellion n’a jamais réussi ici en Afrique à réellement prendre le pouvoir. Pendant un moment, vous avez le pouvoir ; mais à un moment, vers la fin votre chute est assurée. Donc Soro et moi pouvons parler, mais qu’est-ce que cela va donner ?

LES VRAIES RAISONS DE LA CRISE
Il faut pour l’instant que le ministre Joël N’Guessan justifie ce pour quoi l’Etat de Côte d’Ivoire le paye. Lui il affirme que la crise ivoirienne a pour source les violations des droits de l’homme. Vous savez très bien que ce n’est pas juste. Je ne veux même pas spéculer là-dessus, ce n’est pas juste. Il faut que les gens arrêtent de nous amener à gauche à droite. Ce n’est pas juste. Les rebelles disent avoir pris les armes parce que frustrés, parce que exclus. Ils disent avoir pris les armes pour combattre l’ivoirité. Voici les raisons officielles qu’ont tenues les rebelles. D’aucuns disent que c’est pour combattre la dictature de Gbagbo. Chacun a ses raisons, mais je ne crois pas que ce soit vraiment une histoire de violation des droits de l’homme. Les raisons de la crise ivoirienne se trouvent ailleurs. Je vous ai dit qu’il y a une puissance coloniale qui a l’habitude d’avoir face à elle des dirigeants aux niveaux étatiques qui se soumettaient jusque-là. Du coup, elle se retrouve face à un Président atypique et elle ne supporte pas cela. Elle cherche à remplacer, à changer ce système. Mais pour le faire, il faut trouver des raisons. Elle a organisé, elle a planifié, elle a financé sa rébellion pour corriger Gbagbo à défaut de le remplacer.
Malheureusement, l’effet que la France craignait est en train d’avoir lieu. Malheureusement pour elle, elle a affaire à un historien. La France se dit qu’avec le temps, elle va arriver à le faire ; malheureusement comme le scorpion, elle est victime de son dard. Avec le temps, au sein même du Conseil de sécurité, les gens commencent à comprendre ce qui se passe dans le dossier ivoirien. Ils commencent à comprendre que les raisons sont ailleurs. La France a peur qu’à partir de la Côte d’Ivoire il y ait un effet de contagion. Si nous arrivons à résoudre cette crise par nous-mêmes, de nous-mêmes et qu’on sort de là avec l’effort des Ivoiriens eux-mêmes, les Togolais ont dit qu’ils vont faire comme les Ivoiriens c’est – dire qu’on va protéger notre dignité. Mais le nouveau langage est : on va faire comme le Rwanda, c’est-à-dire chasser la France. Si la France n’a pas un autre regard sur la crise ivoirienne, elle risque gros. A force de vouloir s’imposer, à force de prendre les autres pour des ignorants en leur faisant miroiter les choses alors que les raisons réelles sont ailleurs, ce n’est pas une question de droit de l’Homme, c’est une question de Chef d’Etat qui gène et qui risque de contaminer les autres. La France a peur de danger que représente la Chine, les USA qui sont les gendarmes du monde. Elle veut s’appuyer sur ses anciennes colonies pour montrer aux uns et aux autres que elle, la France, est aussi là ; d’où les sommets France-Afrique. Ils ont juste pour objectif de montrer aux autres puissances que, elle, la France, a toujours ses colonies sous sa coupole et c’est cela que je juge comme honte pour l’Afrique. Tout un continent à genou devant un pays.

Propos recueillis par
Paulin Zobo
Pascal SOro
Brou Parfait
Aristide kouassi
Koutouan Hervé


INTERVIEW DE M.CHARLES BLE GOUDE LEADER DES PATRIOTES ET PRESIDENT DU COJEP

Lundi 18 Decembre 2006

Interview /3ème sommet des leaders des jeunesses africaines
charles Blé Goudé: “La crise ivoirienne est aujourd’hui mieux perçue à l’extérieur”

En prélude au 3ème sommet des leaders des mouvements de jeunesses africaines, prévu du vendredi 15 au dimanche 17 décembre prochains, Charles Blé Goudé, président du Cojep, explique les motivations de cet évènement. Et donne son point de vue sur les récents développements de l'actualité politique en Côte d'Ivoire.

Comment se porte M. Charles Blé Goudé ?
Je pense qu'il va mieux, même si on n'a pas à le dire officiellement, on était quelque peu gagné par la fatigue. Donc on est convalescent mais cela nous a quand même permis de prendre des forces.

On vous voit de moins en moins sur la scène politique ivoirienne. Est-ce un repli stratégique ou un signe d'essoufflement ?
Non, nous ne saurions être essoufflé. Tant que celui qui vous poursuit ne s'est pas encore arrêté, il n'y a pas de raison de vous arrêtez. Nous l'avons toujours dit, et nous ne cesserons de le dire, la parole est sacrée. Mieux, la parole d'un leader est sacrée ; un leader ne parle pas n'importe comment. Il faut savoir se faire une idée de la situation, mieux l'appréhender et savoir à quel moment il faut donner un discours. Je pense que c'est ce que nous faisons. Nous observons, nous participons aux débats politiques, nous intervenons pour prendre position et à des moments précis. Et puis, ce n'est pas toujours qu'il faut se faire voir ou entendre.

Comme vous aimez à le répéter, vous êtes le ministre de la rue publique en Côte d'Ivoire. Or depuis quelques jours, votre ''ministère''est occupé par les jeunes du RHDP. Quel commentaire.
Disons plutôt que nos adversaires tentent d'occuper la rue. Il faut que eux aussi retrouvent la rue pour en faire l'expérience. Mais qu'ils comprennent qu'on ne mobilise pas d'un coup de bâton magique. Et que ce n'est pas aussi facile qu'on veut le faire croire. Ils doivent certainement avoir compris cela. Quand nous occupions la rue on nous traitait de désoeuvrés, de violents, etc. Aujourd'hui les voici à l'épreuve. Les jeunes patriotes n'ont jamais incendié un seul bus depuis qu'ils manifestent, parce que nous savons qu'il faut respecter la chose publique. Il faut respecter les biens de l'Etat, parce que nous dépendons de la République. Vous avez bien vu que la violence n'est pas forcément là où on la croit.

Qu'en est-il du pacte de non agression que vous avez signé au Café de Versailles avec vos camarades leaders de mouvements de jeunesses de l'opposition ?
En tout cas pour moi, ce pacte-là tient, et doit tenir parce qu'il est bon pour la République. Parce qu'il est bon pour la Côte d'Ivoire, il est bon pour notre génération qui avait montré par cet acte une image qui avait séduit plus d'un Ivoirien. Et tout le monde nous félicitait par-ci par-là. En tout cas, en c e qui nous concerne, ce pacte-là tient encore. Et pourtant…

Et pourtant vos camarades d'en face, co-signataires de ce pacte, salué par les autorités ivoiriennes multiplient ces derniers jours les actes de violence.
Oui, c'est déplorable, c'est regrettable ! Vous savez, on ne peut pas toujours juger de la bonne foi de celui qui est en face. Nous avions voulu sauver une situation : la Côte d'Ivoire était au bord de la dérive et il fallait sauver la situation. Nous l'avons fait ensemble et nous étions vraiment heureux que la jeunesse de la Côte d'Ivoire se soit retrouvée. Pour notre part, nous avons une seule parole. Nous sommes heureux d'avoir une seule parole, heureux de n'avoir pas été les premiers à trahir ce pacte. Les Ivoiriens vont juger, l'opinion nationale et internationale va retenir que nous disons une chose et nous faisons ce que nous disons. Nous ne disons pas une chose pour faire le contraire après. Mais pour moi, ce n'est pas la catastrophe. C'est malheureusement l'image de notre société. Il faut se battre pour corriger cela. Je ne désespère pas, en tout cas, de la jeunesse ivoirienne.

Il se raconte que la rupture de ce pacte est le fait des responsables du RHDP qui auraient fait pression sur leurs jeunesses ?
Je savais très bien que nos amis n'étaient pas vraiment libres de leurs mouvements. Parce que ce ne sont pas des groupes de pressions comme nous, au niveau de l'Alliance. Ce sont des jeunesses de partis politiques qui prennent des mots d'ordre auprès de leurs leaders. La question est de savoir pourquoi en juillet dernier leurs leaders avaient cautionné ce pacte, alors qu'aujourd'hui ils demandent à ces jeunes de faire autre chose. Chacun peut spéculer, mais je pense qu'il faut que la jeunesse puisse se défaire par moments de ces chaînes de la manipulation. En tout cas, c'est une mission que nous nous sommes donnée et pour y arriver, il faut former la jeunesse. Pour la transformer, la rendre autonome. Pour cela, il faut qu'elle puisse avoir le minimum vital. Il faut qu'on puisse lutter contre la pauvreté afin que chaque jeune ivoirien puisse vivre de ce qu'il a appris. Je pense que quand chaque jeune ivoirien vivra de son travail, de ce qu'il a appris et qu'il a le minimum vital, et qu'il ne dépend pas de tel ou tel aîné, je pense que cela peut amener ce dernier à penser librement. Nous travaillons activement à cela.

Quelle est votre appréciation des scandales des déchets toxiques avec notamment les récents décrets pris par le chef de l'Etat ?
Je pense que ce sont des hommes d'Etat qui sont en train de régler les problèmes d'Etat. Laissons l'Etat régler les problèmes de l'Etat. Cela ne veut dire que nous ne sommes concernés, vu que tous, nous subissons les conséquences de la situation. Je souhaitais que le calme revienne, et le calme est revenu ; je suis heureux. Maintenant pour la suite ? Je laisse le Chef de l'Etat prendre l'initiative de régler ces problèmes et je sais qu'il en a les capacités parce qu'il n'a jamais déçu, il n'a jamais trahi. Il a une vision à laquelle nous adhérons car nous faisons confiance au Chef de l'Etat et pensons que peut aller loin.

L'Alliance des jeunes patriotes semble s'être mise en veilleuse au profit du COJEP qui monte en première ligne par rapport à l'organisation du 3ème sommet des jeunesses africaines. Est-ce une stratégie politique ?
Non, l'Alliance des jeunes patriotes est un ensemble de mouvements et chaque élément qui est une composante de l'ensemble, a une liberté d'initiative. Vous avez la ''SOAF'', la ''SORBONNE''… et bien d'autres mouvements qui composent l'Alliance. Et quand l'occasion vous est donnée de prouver que l'Alliance, ce n'est pas un ensemble mort, comme certains tentent vainement de le faire croire, alors vous vous mettez en relief. Vous allez voir que nos amis de l'Alliance seront vendredi autour de nous. Ils nous soutiennent là où ils peuvent, nous donnent des contacts là où ils peuvent, ils travaillent là où ils peuvent pour le bien du groupe. Je pense que ce n'est pas en se livrant en spectacle toujours qu'on prouve qu'on fait quelque chose. Je pense que l'Alliance de la jeunesse pour le sursaut national, en principe, a montré aux Ivoiriens de quoi elle est capable. L'Alliance a montré à l'Afrique de quoi elle est capable, l'Alliance a été à l'avant garde de la lutte dans ce pays et tout le monde sait de quoi l'Alliance est capable. L'Alliance sait aussi se taire quand il faut pour aider les mouvements qui composent cet ensemble-là. Je pense qu'il ne faut pas chercher les poux dans les cheveux. L'Alliance est un mouvement homogène. Aujourd'hui, nous n'avons pas de problèmes entre nous. Quand un mouvement qui compose l'Alliance veut entreprendre une action, nous soutenons ce mouvement-là.

Vous organisez les 15 et 17 décembre 2006 le 3ème sommet des leaders des mouvements de jeunesses africaines, peut-on savoir le bilan des deux premiers sommets organisés à Abidjan ?
D'abord la première rencontre c'était une rencontre où on ne se connaissait pas ; on se rencontrait pour la première fois. La deuxième fois, c'était dans une situation assez tendue, où la France venait à peine de nous agresser. Mais, je veux dire les deux premiers sommets sont différents du troisième en ce sens que maintenant, les choses semblent avoir été comprises. Et nos camarades, jeunes africains commencent à comprendre la crise ivoirienne.
Ils commencent à comprendre que ce n'était pas une histoire de xénophobie ou d'ivoirité. Mais plutôt d'agression contre la Côte d'Ivoire. C'est pourquoi, vous voyez qu'en plus des jeunes qui arrivent chaque année, il y a des autorités qui arrivent. Par exemple, l'ancien premier ministre sénégalais, Idrissa Seck qui vient ; le ministre de la Jeunesse du Rwanda qui accompagne lui-même la délégation de ce pays frère. Cela veut dire que les choses commencent à être comprises.
Voilà la nette différence qu'il y a. Au moment où des voix s’élèvent en Afrique, au Rwanda et partout ailleurs, je pense que c'est le lieu pour que les jeunes se réunissent autour du continent noir.

Quels seront les temps forts du sommet ?
Mais bien entendu, il y a des temps forts le premier c'est la cérémonie d'ouverture où il y a des communications prévues. Cette année il n'y a pas de travaux en commissions, il y aura plutôt des communications à faire sur des thèmes précis : " Les résolutions de l'ONU et la souveraineté des Etats africains, le cas du Rwanda, de la Côte d'Ivoire " est le thème principal à partir duquel nos amis développeront différents sous thèmes. Il y a également les discours de nos invités spéciaux que sont ministre de la Culture du Rwanda et le Premier ministre Idrissa Seck.
Bien entendu il y a le discours du Chef de l'Etat qui est attendu. L'autre temps fort, c'est la dédicace de mon œuvre, qui rentre dans le sous thème. " Comprendre la crise ivoirienne, mais à travers l'œuvre de Charles Blé Goudé, ''Ma part de vérité''. C'est là que nous allons parler. C'est la dédicace nationale et internationale, parce qu'en plus des jeunes leaders qui arrivent, la plupart des médias africains seront là. Il y a la chaîne 3 A Télé Sud, TV5, Africa N°1, Jeune Afrique, Africâble, Canal 2 International du Cameroun, Daily Graphic du Ghana, le premier quotidien nigérian et autres qui arrivent. Je veux dire, il y aura un plus à ce sommet-là par rapport aux précédentes éditions.
C'est donc devant tous ces médias nationaux et internationaux, les mouvements de jeunesse de Côte d'Ivoire, que je vais dédicacer ce livre. Je vais expliquer et donner les raisons profondes qui m'ont amené à écrire. Puis je vais exposer la partie des relations entre la Côte d'Ivoire et la France. A partir de là, nous allons faire comprendre la réalité de la crise ivoirienne à nos amis. D'où venons-nous, où sommes-nous et où allons nous ? Quelles sont les raisons profondes de la crise ivoirienne ? Ce sera l'occasion pour nous d'en parler véritablement dimanche 17 décembre dès 10 heures à la salle de fêtes de l'hôtel Ivoire.

Il est aussi question de l'inauguration du siège du Cojep à Yopougon ?
Un mouvement qui n'a pas de siège est un mouvement qui se gère à travers les portables et c'est dangereux.
Le Cojep a désormais un siège. Un local qui est non seulement un lieu où on se retrouve pour échanger entre amis mais c'est surtout une maison de formation, parce qu'au sein du siège, vous avez un cyber café composé d'au moins une cinquantaine d'ordinateurs où des jeunes viendront se former aux NTIC. Parce que hier, être analphabète c'était ne pas savoir lire et écrire. Aujourd'hui, être analphabète, c'est ne pas connaître l'outil informatique.
Nous avons un devoir en tant que leader, c'est former la jeunesse. Mais en même temps, nous avons une bibliothèque au sein de notre siège où des jeunes viendront avec leurs cartes lire pour s'informer.
C'est un devoir. Nous avons également un espace qui peut accueillir près de mille jeunes dans la perspective de la tenue de nos meetings. Nous avons aussi un ''parlement '' au sein du siège. Ce parlement que nous appelons ''la Source'', servira à faire la formation des différents présidents de ''parlements''. Et donc au moins une fois par semaine, je me rendrais au siège pour rencontrer différents présidents de ''parlements'' de Côte d'Ivoire pour qu'on échange pendant une heure ou deux.
Ensuite, ils rejoindront leurs différents ''parlements'' pour parler. Je l'avais toujours souhaité, je pense que c'est le cadre que je cherchais, je l'ai enfin trouvé.

Avec tout ce que vous venez d'évoquer, le COJEP prend visiblement des habits de parti politique.
Mais qui vous a dit que les groupes de pression ne forment pas leurs adhérents ? Pour mieux faire la pression, il faut avoir une hargne politique, il faut être imprégné des réalités pour savoir que c'est dans tel ou tel domaine qu'il faut faire la pression. Je demande aux uns et autres d'arrêter de nous prêter des intentions. C'est nous qui avons créé notre mouvement, nous sommes assez matures et nous en ferons ce que nous voulons. Pour l'instant, nous sommes un groupe de pression.

Il nous est revenu que le 3ème sommet que vous organisez devait en principe se tenir au Ghana. Pourquoi ce changements de lieu ?
Les amis, après analyse, ont compris que je ne pouvais pas être de la partie à cause de la sanction de l'ONU qui m'empêche de voyager. Or, je pense que je suis quand même un acteur majeur de ce sommet-là. C'est ainsi que pour dénoncer surtout les sanctions injustes dont nous sommes l'objet, ils ont décidé de venir nous soutenir. Retenez que pour m'éviter les tracasseries que j'avais eues à Bruxelles, mes camardes ont accepté que le sommet se tienne ici en attendant que les choses s'améliorent.

De quels moyens financiers disposez-vous pour organiser un tel sommet ?
Nos moyens, c'est notre détermination, notre conviction et c'est aussi notre carnet d'adresses. C'est cela aussi le COJEP.


DECLARATION DE LA JEUNESSE PANAFRICAINE "LE COJEP"

Lundi 18 Decembre 2006

Nous, jeunes leaders panafricanistes, réunis au 3ème sommet les 15, 16 et 17 décembre 2006 à Abidjan, capitale de la République de Côte d’Ivoire, sous l’impulsion du Congrès panafricain des Jeunes et des Patriotes (COJEP).
Après un examen approfondi de la situation socio-politique de l’Afrique et particulièrement de la Côte d’Ivoire et du Rwanda, déclarons ce qui suit :

- Considérant les dispositions pertinentes de la Charte des Nations unies relatives aux droits immuables de tout peuple de disposer de lui-même, c’est-à-dire à l’autodétermination ;
- Considérant le droit à tout peuple à la souveraineté et surtout le devoir de celui-ci de la défendre en cas d’agression,

Les jeunes Leaders panafricanistes exigent :
- le respect scrupuleux de la souveraineté de nos Etats.

- Vu la souveraineté de la Côte d’Ivoire mise en péril par les différentes résolutions de l’ONU contraires à sa Charte fondamentale ;
- Constatant que la Côte d’Ivoire constitue un champ d’expérimentation pour la recolonisation de toute l’Afrique :
- Constatant que cette situation perturbe la sous-région et par ricochet toute l’Afrique ;
Exigeons le respect de l’ordre constitutionnel en Côte d’Ivoire afin de décourager et dissuader les artisans avérés de la déstabilisation planifiée de notre continent.

- Considérant l’avancée sournoise de l’impérialisme occidental à travers des instruments tels que la Françafrique et la mondialisation ;
- Considérant l’exigence, mais, aussi et surtout, le devoir de la jeunesse africaine d’aujourd’hui de s’organiser et de se structurer afin d’apporter la riposte adéquate aux agressions néocoloniales :

Nous, leaders Panafricanistes décidons de mettre en place un réseau Panafricain dont les objectifs sont:

1. l’union des peuples africains pour les peuples ;
2. la solidarité panafricaine vraie et agissante pour les peuples.

Le Secrétariat exécutif présidé par le camarade Charles Blé Goudé a pour mission le suivi de l’exécution de toutes les décisions et objectifs arrêtés par le 3ème sommet.

Fait à Abidjan, le 17 décembre 2007

Le 3ème Sommet des leaders panafricanistes.

Motion de soutien aux Etats de Côte d’Ivoire et du Rwanda

Rappelant le principe de souveraineté des Etats garanti par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et les textes fondamentaux de l’Union africaine ;
Réaffirmant le droit inaliénable des peuples à disposer d’eux-mêmes, proclamés dans la Charte de l’ONU ;
Constatant que l’Afrique dite indépendante ne jouit pas, en réalité, des droits précités ;
Constatant le cas du Rwanda et celui de la Côte d’Ivoire, deux pays ayant connu la guerre et les effets collatéraux de celle-ci qui ne sont autres que les atrocités de tout genre, qui ne sont, en réalité, que des victimes de la pratique du néo-colonialisme.
En conséquence, le 3ème sommet des jeunes leaders panafricanistes affirme, par le biais de cette motion, son indéfectible soutien au peuple rwandais et son président, Son Excellence Monsieur Paul Kagamé, au peuple ivoirien et son président, Son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo dans leur combat quotidien pour la libération de l’Afrique.
S’agissant de la Côte d’Ivoire, nous réitérons notre soutien à sa jeunesse patriotique, ainsi qu’à d’autres pays africains qui luttent pour la sauvegarde de leur dignité.

Fait à Abidjan
le 17 décembre 2006
Le 3ème sommet des
Jeunes Panafricanistes.



COTE D'IVOIRE / RENCONTRE DU PRESIDENT GBAGBO AVEC LES RESSORTISSANTS DU NORD

Lundi 18 Decembre 2006

Le Chef de l’État a échangé, jeudi, en toute sincérité, avec la Coordination des nordistes pour la République.

Ouattara Bakary
Pourquoi Monsieur le Président, ce silence coupable face au pillage des ressources minières, orchestré par les rebelles et leurs alliés?

Je voudrais d’abord remercier la Coordination des Nordistes de la République pour deux raisons. D’abord, les gens croient que dans ce pays, il y a d’un côté, les Nordistes qui sont contre les autres et les autres qui sont contre les Nordistes. C’est faux. Je pense que l’image que nous donnons aujourd’hui est éloquente et vaut mieux que tous les discours.
Deuxièmement, j’ai accepté le jeu de questions-réponses, parce que beaucoup de gens mentent. Tout cela pour qu’on puisse discuter et se comprendre.
Oui, au Nord les ressources sont pillées. Le coton est vendu dans d’autres pays africains. Il y a aussi le cacao qui traverse le Nord pour aller dans d’autres pays africains. Il y a le diamant et l’or. Il y a même un pays voisin dont la production de diamant a triplé, brusquement.
À Odienné, le peu d’arbres est coupé pour en faire des fagots. Alors «pourquoi ce silence coupable ?» Non, je ne suis pas silencieux. Mais l’ONU a créé un cadre de règlement de ces genres de questions. Et c’est la convention de Kimberley. Depuis 2003, j’ai fait un rapport pour dire que dans tous les pays voisins, on a ouvert des magasins pour vendre les produits ivoiriens qui sont pillés. Il y a une commission d’enquête qui a traversé tous ces pays et qui doit revenir bientôt. C’est pour ça que je n’en parle pas publiquement. Chaque mois, je suis le dossier. Tôt ou tard, ils vont répondre.

Coulibaly Soulata
Monsieur le Président, contrairement à ce qui se dit, vous êtes apprécié au Nord. Jugez en vous-même par tous ces chefs, ces jeunes gens, ces femmes qui ont fait le déplacement. Le véritable problème, le reproche qu’on fait au régime et au Président lui-même, ce sont les tracasseries policières. Il y a une discrimination dans les contrôles des pièces d’identité. Je souhaiterais que le Président trouve une solution à ce problème.

Tu as touché le cœur du problème. Tout à l’heure, votre doyen l’Imam a parlé aussi des mairies où on ne délivre pas les actes de naissance. Vous avez raison. Mais ce n’est pas parce que tu connais une maladie que tu trouves vite le médicament. Si on pouvait trouver ces médicaments, on n’allait pas mourir.
Je vais te donner un autre exemple pour ajouter à ta raison. Quand feu le général Guéi Robert était Président, mon petit frère Mamadou Koulibaly (actuel président de l’Assemblée nationale) était ministre de l’Economie et des Finances. Nous avions un ami à Aboisso qui avait perdu son père. Ils sont partis aux funérailles. Mamadou était dans son boubou. Au retour, entre Bonoua et Bassam, des policiers ont sifflé et leur ont demandé leurs papiers. Il sort son papier en disant: «Je suis le ministre de l’Economie et des Finances». Les policiers se sont moqués de lui: «Si toi tu es ministre, moi, je suis Président de la République.» Les autres ministres qui étaient présents aux funérailles sont arrivés à leur niveau pour savoir ce qui se passe.
Les policiers les ayant reconnus, ont demandé pardon, après s’être mis au garde-à-vous devant Mamadou. Donc, c’est une lutte que nous menons. Quelqu’un qui naît en Côte d’Ivoire, qu’il soit Burkinabé, Ivoirien, Malien, Français, il a droit à un acte de naissance. Si sa femme accouche dans une maternité et qu’à la mairie on ne veut pas délivrer un acte de naissance à son enfant, il faut déposer une plainte. Cela ne veut pas dire qu’il est Ivoirien. Mais du moment où il est né ici, il a droit à un acte de naissance.
Une fois qu’il a son acte de naissance, il va au consulat pour dire qu’il est Burkinabé avec son titre ou au commissariat pour dire qu’il est Ivoirien, avec sa carte d’identité. Ce sont deux choses différentes. C’est pourquoi pour les audiences, il faut que les gens reviennent. C’est pour ceux qui sont nés ici et qui n’ont pas de papier.
On leur fournit un jugement supplétif.
Ce ne sont pas les policiers seuls dont il faut se plaindre. Toute l’administration est impliquée. Un jour, je me suis dit : «On parle trop des policiers qui fatiguent les Dioulas, je vais vérifier». Boga Doudou et moi avons fait mettre des éléments en civil dans des cars en partance pour Ferkessédougou (au Nord). Ils ont fait un rapport alarmant : pour entrer dans la ville, il faut payer, pour en sortir, il faut payer, tu quittes ici, tu vas là, tu payes. C’est ce qui fait qu’un chauffeur est obligé d’augmenter le prix du transport.
Maintenant, il faut trouver le médicament. J’ai augmenté le salaire des policiers. Le phénomène avait diminué un moment, mais deux semaines après ils ont recommencé. Donc, je connais vos souffrances. Mais à ceux qui disent que Gbagbo a envoyé les policiers, je leur réponds que ce problème existait depuis 1960.
Il y a une chose que je vous reproche à vous les Dioulas, c’est que lorsqu’on vous demande de l’argent, vous donnez. Répondez un jour que vous êtes fatigués.

Drissa Sako
Mon constat est que dans le Nord, très peu de postes reviennent aux autres ressortissants de la Côte d’Ivoire. Ce qui n’est pas le cas dans les autres régions du pays où des Nordistes sont maires, députés, présidents de conseils généraux et conseillers municipaux. En sus, dans le Nord, il n’y a pas de villages bété, baoulé, agni et que sais-je encore et pourtant on parle de xénophobie. Des rumeurs circulent également, selon lesquelles vous voulez mettre une stratégie en place pour éliminer tous les militants du RDR y compris Alassane Dramane Ouattara. Je voudrais que vous nous donniez des éclaircissements sur cette affaire.

Nous allons remettre les choses en place parce qu’elles sont mélangées. Nous avons ici à la Présidence, un ami photographe, Secongo, il est Sénoufo, donc du Nord. Nous l’avons surnommé xénophobie.
La xénophobie est un mot inventé par les politiciens pour créer des problèmes à la Côte d’Ivoire. Depuis qu’on vit en Côte d’Ivoire, il y a un Dioulabougou dans chaque village. Quand tu vas à Daloa, les plus nombreux sont les Odienneka.
La deuxième ville du Mali c’est Bouaké.
Il faut que les gens cessent d’empoisonner l’esprit des Ivoiriens. Continuons de vivre ensemble.
Si vous voulez voir la vérité, allez-vous promener dans toutes les villes de la Côte d’ Ivoire, vous verrez. Maintenant, on dit que je veux éliminer les chefs du parti RDR. Pour aller où? Pour faire quoi? C’est mon ami et frère Djéni Kobéna qui a créé le RDR. Quand Djéni Kobéna est mort, je ne pleurais pas parce qu’il était Secrétaire général du RDR, mais parce que nous sommes restés deux ans en prison ensemble.
Quand tu fais deux ans de prison avec quelqu’un, il devient ton frère parce qu’on vous y a mené la vie dure. Je ne peux pas dire tout ce que j’ai fait pour le RDR.
Demandez-leur, ils vous le diront eux-mêmes. Je suis allé trouver Djéni pour lui dire qu’il y avait trop de Dioula au RDR. Donc, il faut qu’il mette comme adjoint, un ressortissant du nord: Adama Coulibaly dit Adama Champion. J’ai travaillé pendant un mois avec lui.
Et l’on dit que je veux éliminer des membres d’un parti que j’ai aidé à créer. Ce n’est pas de moi qu’on parle. Mon frère Alassane, chaque fois qu’il doit voyager, me fait l’amitié de m’informer. Nous ne sommes pas en guerre. Donc, ne vous inquiétez pas. Il y a trop de choses qui nous lient pour qu’on parle de morts. On ne tue pas un homme facilement. Non, c’est faux, le RDR fait sa campagne; moi, je fais la mienne, celui qui gagne sera élu.

Sako Fanta
Monsieur le Président, pourquoi cette guerre? Est-ce qu’on ne pouvait pas l’éviter ?

Tout Ivoirien doit se poser ces deux questions. Moi, je vais vous donner ma part de vérité. Je crois que cette guerre a commencé en décembre 1993. On m’a appelé pour me dire qu’il y aura une session extraordinaire sur les privatisations. Alassane était Premier ministre, Konan Bédié était le président de l’Assemblée nationale. On est parti à l’Assemblée nationale. Dès qu’Alassane est arrivé, on a coupé le courant. Dans le noir, j’ai entendu ici et là: «Il n’a pas dit qu’il privatise, il va voir».
J’ai appelé les députés FPI pour leur faire part de deux points. J’ai dit: Mes amis, nous, on n’entre pas dans cette guerre.
Il faut les laisser se battre entre eux.» Ce qu’ils ont fait ce jour-là ! Dis donc ! Ils ont dit tout ce qu’on n’ose pas dire à quelqu’un. A partir de ce jour, j’ai compris que ces deux- là, Bédié et Alassane, ne pourront jamais se réconcilier. En février, Houphouet m’a appelé. Il a dit qu’il allait modifier la Constitution à son retour de France, mais comme vous le savez, il n’est jamais revenu. Après la Mort d’Houphouet-Boigny, c’est cette lutte qui a continué et le PDCI a éclaté. L’un est parti au Rassemblement des Républicains (RDR) et l’autre est resté au PDCI. L’un est élu Président de la République et l’autre est devenu opposant. Je ne veux pas entrer dans les détails, mais je vous ai dit l’essentiel afin que vous puissiez comprendre l’origine de la crise que traverse le pays.
Quand en 1994, Bédié a fait une proposition de loi à l’Assemblée nationale, je ne l’ai pas votée. Nous les 9 du FPI n’avons pas voté plus 6 autres, on était donc au total 15 députés qui avaient voté contre la loi proposée par le président Bédié, Mais comme nous étions minoritaires, cette loi est passée.
C’est cette même loi qui a écarté Alassane Dramane Ouattara. Par solidarité, en 1995, je ne me suis pas présenté à l’élection présidentielle, puisque nous étions au Front Républicain.
Mais qui a été solidaire avec moi lorsque je souffrais? J’avais tous mes papiers, mes 20 millions de F CFA, j’avais tout ce qu’il fallait pour me présenter à la présidentielle. Mais je ne l’ai pas fait parce que j’ai voulu être solidaire. Dans la vie, c’est Dieu qui récompense ce qui est juste et ce qui est vrai. J’ai dit à Djeni: «Frère, je ne vais pas me présenter parce que Alassane est malmené et ce n’est pas normal».
Je vous assure, et les témoins vivent encore, quand j’ai annoncé dans une conférence de presse que je ne me présentais pas, le même soir, une délégation du RDR est venue me rendre visite à mon domicile pour me féliciter. Ben Soumahoro a pris la parole pour dire:
«Président, on est venu te donner le parti».
J’ai répondu: «Non, continuons de nous battre». Et aujourd’hui, on m’accuse de les attaquer. Ce n’est pas juste, parce l’homme oublie, mais Dieu n’oublie pas. Ben Soumahoro vit toujours, et il y a beaucoup d’autres qui peuvent témoigner. C’est tout cela, le début de la guerre. En 1995, nous avons fait le boycott actif, en ce moment-là, pour eux tous, j’étais un Dieu.
J’étais adulé de toute part. Je recevais de nombreux cadeaux et brusquement le même qui était aimé devient un diable. Je le répète, c’est le partage du pouvoir qui est le véritable problème. Ensuite Bédié a lancé un mandat d’arrêt international contre Alassane Dramane Ouattara. Il dit qu’il n’est pas Ivoirien, il n’est pas éligible. J’ai à l’époque, conduit une délégation chez Bédié; mais cela n’a rien donné.
Ouattara devait aller faire un meeting à Dabou. A 5 heures du matin, le doyen Memel Fotê me trouve à mon domicile et me dit: «Président, si Ouattara se rend à Dabou, les gens lui feront du mal, parce que le maire de Dabou a mis en alerte tous les guerriers traditionnels». Nous sommes donc allés de ce pas avertir Alassane du danger qui le menaçait.
Quelque temps après, il y a eu le coup d’Etat en 1999 qui a amené feu le général Guéi Robert au pouvoir. On n’était plus ensemble parce que chacun voulait le pouvoir pour lui, chacun devait battre sa campagne. Mais moi, je savais que Guéi éliminerait Alassane, parce que je le connais depuis 1971.
Et c’est ce qui est arrivé. Les jeunes gens qui ont fait le coup d’Etat, l’ont fait pour qu’Alassane Dramane Ouattara soit Président de la République. Mais Guéi a organisé les élections pour être lui-même élu, et c’est le contraire qui est arrivé. Donc, cela fait déjà trois personnes qui ne sont pas contentes. Bédié, parce qu’il a été renversé et remplacé par le Général Guéi, Alassane pour qui le putsch a été organisé et qui n’a pas pu accéder au pouvoir et Guéi parce que, contre toutes ses attentes, c’est moi qui ai été choisi par le peuple.

Voilà comment la guerre a commencé.

Dès mon élection à la magistrature suprême, j’ai organisé le Forum de réconciliation nationale. Pendant trois mois, avec comme modérateur Seydou Elimane Diarra, l’ancien Premier ministre. Savez-vous pourquoi je l’ai choisi? C’est parce qu’il était respecté par Alassane. Pendant trois mois, les gens se sont succédé, au Palais des Congrès de l’hôtel Ivoire pour dire ce qu’ils avaient sur le cœur.
Après le Forum, ADO a eu son certificat de nationalité, ensuite j’ai formé un gouvernement représentatif de tous les partis politiques (RDR, PDCI-RDA, PIT, UDPCI, UDCY). Je me suis dit, dès l’instant qu’il y a eu le Forum, il n’y aura plus de guerre et je pouvais tranquillement gouverner; mais je me suis trompé.
Je pense qu’on pouvait tous éviter cette guerre, si chacun pouvait faire comme moi, c’est-à-dire attendre son tour. Je vous remercie.

Sindou Koné
Monsieur le Président de la République, les transporteurs Nordistes sont sujets à beaucoup de tracasseries routières. En plus, le prix du permis de conduire a augmenté, la crise aidant, aujourd’hui, nous ne pouvons plus renouveler notre parc-auto vieillissant. Est-ce parce que nous sommes du Nord que vous nous avez oubliés?

Vous avez la mémoire courte, malheureusement. J’ai fait beaucoup pour les transporteurs. Nous avons supprimé le limiteur de vitesse qui non seulement était payant, mais endommageait vos moteurs. Si vous avez des problèmes et des préoccupations liés à votre secteur, venez me voir, je suis ouvert à tout dialogue. Mais ne restez pas dans votre coin pour dire que je vous ai oubliés parce que vous êtes nordistes. Cela ne résoudra aucun problème. Le Président de la République ne peut pas résoudre tous les problèmes. Mais quand une profession demande à me rencontrer, je ne dirais jamais non. Avec le ministre des Transports nous prendrons les décisions qu’il faut pour vous soulager.

Sali Cissé
Monsieur le Président de la République, les jeunes du Nord, ont de plus en plus de problème d’emploi. Que comptez-vous faire pour trouver une solution ?

Je ne serai pas long sur cette question, parce que la guerre est finie, la crise à son tour va finir, nous sommes en train de préparer un plan pour l’emploi. Très bientôt, je ferai un discours sur l’emploi des jeunes.

Coulibaly Malick
Que comptez-vous faire pour aider les jeunes du Nord qui ont refusé de prendre les armes, comme ceux qui aujourd’hui sont devenus des ministres, des députés et qui se sont enrichis ?

Cher ami, d’abord, comme je l’ai dit tout à l’heure, bientôt je me prononcerai sur la réinsertion des jeunes, donc je ne n’entrerai pas dans les détails. Nous sommes en pleine préparation. Mais ce que je tiens à préciser, c’est qu’il ne faut pas raisonner en termes de jeunes du Nord, de l’Ouest, du Sud, etc. Il faut raisonner en termes de jeunes de Côte d’Ivoire, parce que pour moi, un jeune du Nord qui n’a pas d’emploi, c’est un jeune Ivoirien qui n’a pas d’emploi et j’ai le devoir de faire en sorte qu’il en ait un, quelle que soit son origine. Je voudrais aussi vous dire, à vous jeunes du Nord, de ne pas vous culpabiliser. Il ne faut pas avoir honte d’être du Nord. Ce n’est pas parce qu’il y a quelques-uns qui ont pris les armes que vous êtes coupables de ce qui arrive à la Côte d’Ivoire. Parce que parmi ceux qui ont pris les armes, il y a notamment des Bété, des Baoulé, des Abron, des Adjoukrou. Donc ne vous culpabilisez pas, ne croyez pas qu’être du Nord est un fardeau. Pour ma part, je travaillerai pour tous les jeunes, quelles que soient leurs origines, quelle que soit leur religion. Je vous remercie.

Traoré Mamadou
Monsieur le Président de la République, trop de rumeurs circulent dans le pays, les jeunes rebelles ont peur de désarmer parce qu’il circule une information selon laquelle le régime en place procédera à une chasse aux sorcières une fois le désarmement terminé. Alors que pouvez-vous faire pour rétablir la vérité?

Il faut dire à nos frères qui sont en armes que les mêmes qui disent, ‘’si vous désarmez, Gbagbo va vous tuer’’, viennent aussi me dire qu’ils veulent eux aussi me tuer. Tous les jours que Dieu fait, on annonce ma mort. Les informations les plus folles circulent à Abidjan. A chaque jour, ses alertes. On me dit : ‘’les rebelles sont venus en grand nombre, ils sont logés à tel endroit, alors Président si tu sors, ils vont te tuer’’. Si nous entretenons la peur les uns des autres, on ne va pas avancer. C’est parce qu’ils ont pris les fusils, qu’il y a eu la guerre aujourd’hui dans le pays. Mon point de vue est que dans un pays, tout le monde ne sera jamais du même avis, mais il y a des manières pour régler les problèmes. Donc il faut leur dire qu’ici (Abidjan), c’est la vie qui les attend et non la mort. Je veux gouverner la Côte d’Ivoire, mais je ne vais pas gouverner un cimetière. Dites-leur de ne pas avoir peur et de déposer les armes. Je vous remercie.

Soumahoro Nina
Monsieur le Président de la République, vous-même avez signé le décret pour que l’Onuci vienne en Côte d’Ivoire. Ne pouvez-vous pas prendre un autre pour demander leur départ?

Jeune fille, merci pour ta question pertinente. Mais chaque chose vient toujours en son temps. L’Onuci et la Licorne quitteront bientôt notre pays, mais tout dépend de nous. Si nous les Ivoiriens, nous ne sommes pas capables de régler nous-mêmes nos problèmes, nous ne sommes pas capables de dire “on ne veut plus de la guerre’’, les étrangers seront toujours présents dans notre pays. Mais ayez confiance, on va régler tout cela.

Mot de fin du Président de la République.
Chers Nordistes pour la République, je suis fier de vous avoir reçus aujourd’hui. Sachez que la Côte d’Ivoire est une et restera une. Vous m’avez posé quelques questions, j’ai essayé de donner ma part de vérité. C’est à nous qu’il revient de faire la paix, si les gens ne veulent pas désarmer, parce qu’ils ont peur, qu’est-ce que je peux faire ? Le message que je peux leur lancer, c’est de déposer les armes pour qu’on aille aux élections.

Propos recueillis
par Pascal Soro



COMMUNIQUE DES FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE DE COTE D'IVOIRE

Mercredi 13 Decembre 2006

Depuis plusieurs semaines, des officiers, sous-officiers et militaires du rang des FDS ont été approchés par des civils et des militaires, en vue de leur participation à un coup d’Etat. Ce coup de force est prévu pour se dérouler entre le mardi 12 et le dimanche 17 décembre 2006, avec l’appui d’une force militaire présente en Côte d’Ivoire. Le déroulement de l’action inclut des assassinats d’autorités politiques et de chefs militaires, notamment le Président de la République, le chef d’état-major des Armées, le commandant supérieur de la Gendarmerie nationale, le commandant du CeCos, le commandant du 1er Bataillon d’infanterie d’Akouédo, le commandant du Bataillon d’artillerie basé également à Akouédo, le commandant du Groupe d’escadrons blindés de la Gendarmerie à Agban, pour ne citer que ceux-là. Le cerveau de l’opération, une personnalité militant activement au sein d’un parti politique de la place, se trouve en ce moment sous la protection de ses parrains, après son exfiltration par voie lagunaire de l’hôtel où elle résidait.
C’est le lieu d’appeler vivement l’attention de la communauté nationale et internationale sur les risques éminemment graves que font peser sur la Côte d’Ivoire de tels modes de pensée et d’action.
La situation socio-politique de l’heure du pays est certes difficile, mais la Côte d’Ivoire et ses valeureuses populations n’ont pas besoin d’un tel scénario, qui ressemble fort étrangement à celui malheureusement conduit dans le pays frère du Rwanda, de par sa conception et l’identité de ses principaux acteurs connus.
Les Forces de défense et de sécurité pour leur part, tout en prenant les dispositions et les mesures sécuritaires qui s’imposent, poursuivent les investigations aux fins d’en apporter davantage aux preuves irréfutables qu’elles détiennent.

Fait à Abidjan, le 12 décembre 2006

Colonel GOHOUROU
Babri Hilaire Le Porte-Parole des FDS


SENEGAL / INTERVIEW DE M.MOUSTAPHA NIASSE

Mardi 12 Decembre 2006

On sait qu'au niveau de la Cpa deux tendances s'opposent sur le mode opératoire de cette présidentielle: l'une pour une pluralité des candidatures et l'autre pour une candidature unique. Si c'est la première formule qui est retenue mardi (aujourd'hui), allez-vous vous soumettre à cette décision?

Nous n'avons pris aucune décision. Parce qu'en politique, il faut savoir anticiper, gérer les perspectives. C'est la raison pour laquelle, en tant que démocrate, nous voulons attendre que la décision définitive soit prise, ou que nous ayons une orientation claire sur la question, pour que les instances du parti se prononcent. Il ne faut donc pas anticiper négativement aujourd'hui (avant-hier) et dire si la décision est celle-ci, voilà ce que nous ferons, si on ne décide pas de telle manière, nous ferons le contraire. Le parti va réunir ses instances au niveau de son sommet et va prendre les décisions qui conviendront.

Mais, est-ce qu'un leader de votre envergure pourrait être amené à s'aligner derrière une autre formation politique ?

Quel que soit le candidat unique que l'opposition désignera, nous devrons, qu'il s'agisse de moi ou d'un autre, tous ensemble, nous aligner derrière lui ou derrière elle si c'est une femme.Volà la position de l'Afp. Mais nous ne pouvons pas imposer quelqu'un.

En France, il y a un peu moins de 30 000 Sénégalais inscrits sur les listes. On peut imaginer que vous avez donné des recommandations à vos militants pour s'imposer…

S'imposer, c'est peut-être trop fort. Nous savons qu'il y a plus de 28 000 Sénégalais qui se sont inscrits sur les listes électorales en France. D'ailleurs, je dis, en passant, que c'est parce que les inscriptions ont été mal organisées, qu'il y a eu beaucoup de blocages, beaucoup de sabotages de la part de l'administration sénégalaise, sinon vous savez très bien que les Sénégalais inscrits pour voter le 25 février feraient le double ou le triple. Ils ont été bloqués parce que le pouvoir a peur qu'il ait beaucoup de votants. Ensuite, il est évident que dans une réunion comme celle-ci avec la direction du parti en France, l'on parle de stratégies, de tout ce qui concerne la gestion avant, pendant et après le scrutin. Malheureusement, on ne fait pas de stratégie sur la place publique. Je suis désolé de ne pas pouvoir vous dire ce que nous avons décidé de faire ici. Parce que c'est la stratégie du parti. Ce n'est pas secret défense mais enfin, il ne faut pas que les camarades de Bordeaux, Lille, Tourcoing, Marseille, Aix-en-Provence, de Bedons, de Lyon, du Havre, de Rouen et autres qui sont venus ici, avant qu'ils n'aillent rendre compte à leurs bases, que sur Internet celles-ci voient ce que nous avons décidé ici. C'est cela que je veux éviter, par respect pour nos militants qui les ont délégués. Mais nous avons mis en place tous les éléments de stratégie nécessaire pour que si l'Afp va comme nous le souhaitons avec l'ensemble des partis membres de l'opposition, la coalition du Pds soit battue le 25 février 2007.

L'actualité au sein de votre parti, ce sont également les dissensions qui ont récemment entraîné le départ de certains cadres pour créer un autre parti. Quelle lecture en faites-vous ?

Moi, je reste serein. Parce que je suis resté assez longtemps dans l'espace de l'action politique pour ne jamais me laisser influencer par des éléments factuels. Les cadres ont tenu aujourd'hui (avant-hier) leur assemblée générale au siège du parti. D'après la comptabilité qui m'a été transmise par Madieyna Diouf, sur les quatre cadres qui étaient partis, deux sont revenus et un autre est en route pour revenir. D'une manière générale- il faut aller au fond des choses- un parti c'est un train de voyageurs. Quand il s'arrête à une gare, ceux qui doivent descendre à cette gare-là ne vont pas à la suivante, ils descendent. Et quand ils descendent il y a d'autres qui montent pour descendre à la gare C. Dans votre propre maison, vos enfants, vos parents peuvent avoir des options politiques différentes de celle du chef de famille. C'est cela la démocratie. C'est d'abord dans la famille, ensuite dans la communauté. Quiconque veut quitter l'Afp peut le faire. Cela n'empêche pas que quand quelqu'un s'en va, il y a un autre qui entre. Si le secrétaire général est angoissé par des départs annoncés avec fracas, alors, ou il est fragile, ou alors il n'a pas d'expérience politique. Les militants de l'Afp n'appartiennent pas à un homme ou à une femme. C'est sous la base de volonté convergente que les gens adhèrent à un parti politique. Si cette volonté les quitte, alors ils peuvent aller ailleurs. Quand cela arrive, jamais l'Afp ne prononce le moindre mot négatif vis-à-vis de ceux-là, ou celles-là. Parce qu'au moins, même si c'est un jour, ils ont servi le parti et la cause du parti. Nous devons donc leur être redevable de cela et leur reconnaître cela. C'est la raison pour laquelle quand quelqu'un quitte l'Afp, même si c'est avec des accents guerriers qu'il traduit son départ, l'Afp ne réagit pas, ou prie pour celui-là ou celle-là pour que là où il va, il trouve le bonheur et la tranquillité. Nous restons sur les hauteurs, et nous ne faisons pas de calculs mathématiques ou arithmétiques pour savoir combien nous avons perdu et combien nous avons gagné. Ce qui important, c'est cet élan de bonne volonté, cette enthousiasme, cet patriotique qui, s'il habitait seulement cinq Sénégalais, pourrait soulever des montagnes. Parce que tous ceux qui voteront pour l'Afp ne sont pas des membres de l'Afp. Si les électeurs d'un parti sont seulement les membres de ce parti, ce parti n'a pas d'envergure. C'est sur la base d'un programme auquel les gens adhèrent qu'ils votent.

Ce mouvement d'humeur n'explique-t-il pas un malaise au sein de l'Afp ?

Certainement, il doit y avoir un malaise au sein de l'Afp. Lorsqu'on réunit le bureau politique pour savoir si on va au gouvernement ou on n'y va pas et que quelqu'un se lève pour dire qu'il veut y aller et que voyant que le parti décide du contraire, il quitte, alors, il y a malaise, un mouvement d'humeur. Mais c'est ésotérique, personnel, lié à des intérêts. C'est cela le drame (il se répète). Le parti dit que nous n'allons pas au gouvernement. Eh bien, quand la majorité décide la minorité doit suivre. Moi, je ne fais pas de plan de carrière à mon âge. Ma carrière, je l'ai déjà faite. Hein! Je suis administrateur civil de classe exceptionnelle, consultant. Je viens de signer l'acte final à Kinshasa mercredi matin. Si je ne l'avais pas signé on n'aurait pas intronisé Kabila. Cela doit me suffire. Et c'est le Sénégal qui a eu cet honneur-là. Moi, je travaille pour mon pays parce que je l'aime. Et je fais la politique pour deux raisons. D'abord par devoir vis-à-vis du Sénégal, ensuite par plaisir. Je ne cherche ni maison, ni voiture, ni rien à mon âge. Dieu merci! Dieu m'a aidé ! Que je réussisse dans ce que je fais avec ceux qui croient en même temps que moi en ce qu'il y ait un Sénégal nouveau où on expie le vol, la corruption et le mensonge au titre de l'État, c'est cela le sens de mon combat. Et que les jeunes générations aient des exemples demain pour savoir que le destin de l'homme est tracé par Dieu, mais que l'homme participe à la construction de son destin s'il respecte les canaux du sens moral plutôt que de tromper les Sénégalais. La Bible condamne cela, l'Évangile et le Coran aussi. C'est cela qui me préoccupe. C'est cela qui préoccupe toutes les personnes que vous voyez ici. On en a assez des mensonges publics au Sénégal. Mais si nous avions accepté d'aller au gouvernement, il n'y aurait pas eu tout ce bruit. Nous avons réussi. Nous ne sommes réunis le mardi 7 novembre, j'ai été reçu le mercredi 8 novembre. Nous nous sommes réunis à nouveau en Bureau politique le jeudi 9 novembre. Wade m'a appelé alors que j'étais à Londres et je lui ai dis: "Eh, Afp neena douggou gnu" (l'Afp dit qu'il n'entre pas au gouvernement). C'est cela qui a amené tout ce bruit-là.

A propos de votre entrée au gouvernement, le ministre de l'Environnement, Thierno Lö, dit que vous vous êtes rencontrés aux HLM pour négocier la question. Est-ce vrai ?

Je laisse à Thierno Lô la réponse par rapport à ses déclarations. C'est un garçon que je ne connaissais pas. Je ne l'ai reçu que lorsque Wade l'a envoyé auprès de moi plusieurs fois. Je ne l'avais jamais vu. Pourquoi irai-je choisir Thierno Lô que je ne connaissais pas alors que je connais plein de membres du cabinet de Wade ? Le Premier ministre de Wade est venu me rendre visite à la maison-Cela a été annoncé dans la presse- si je devais négocier, est-ce que je ne négocierais pas avec lui? Je connais Macky. Thierno Lô, je l'ai vu pour la première fois quand il a demandé à me voir, en passant par un de mes amis, Serigne Mbacké. Moi Moustapha, je l'ai dis depuis trois ans, je ne veux plus entendre le titre de ministre, fut-il le premier des ministres. Alors, il s'agit de voir si c'est à moi qu'il faut croire ou si c'est à Thierno Lô. Pour le restant de ma vie, je ne veux plus entendre le titre de ministre, je ne l'accepterai pas. Vous savez pourquoi ? Ce sont les jeunes de votre génération qui doivent occuper ces postes-là. Puisque moi, c'est quand j'avais votre âge que j'ai été ministre, parmi les premiers du gouvernement de Senghor, d'Abdou Diouf et enfin de Wade. Maintenant j'aspire à autre chose. C'est à vous que je dois laisser cela.

Quelle a été donc la teneur de vos discussions avec Thierno Lô ?

Wade m'envoie des émissaires et m'a envoyé Moustapha Diakhaté de And ak Wade en août 2005 et je suis allé rencontrer le président à sa demande. Nous sommes resté deux heures et demi. Je ne l'ai pas revu jusqu'au 8 novembre mais entre temps, il m'a envoyé plein de personnes. A chaque fois, je les recevais, et s'il m'en envoie encore, je les recevrais parce que je n'ai pas peur. Je dirai ce que je pense. Encore une fois, je n'ai jamais voulu retourner dans le gouvernement de Wade. Depuis cinq ans, il nous demande cela. Il y a des témoins quand même. Entre celui qui demande pendant cinq ans et celui qu'on accuse au bout de la sixième année, qui doit avoir raison? Mais si j'avais accepté d'entrer dans le gouvernement de Wade, il y aurait pas eu tout ce bruit-là. Thierno Lô n'aurait pas parlé. Vous savez, entre l'espérance déçue et l'amertume il y a une petite passerelle. Ce qui me préoccupe aujourd'hui, ce sont les jeunes sénégalais qui vont au fond de l'océan parce qu'ils n'ont plus de repères, plus d'espoir au Sénégal. Ils sont désespérés et préfèrent perdre la vie que de rester au Sénégal. C'est cela mon problème en tant que Sénégalais. Ce qui me préoccupe, ce sont les paysans qui ont récolté leur arachide. Le prix officiel du kilo est de 150 francs cfa. Eh bien, jeudi dernier, je me suis arrêté au "louma", c'était 105 francs cfa le kilo. Ce qui me préoccupe, c'est que des jeunes meurent dans les hôpitaux parce que la paupérisation des Sénégalais a atteint un niveau qu'on a jamais pu atteindre. Ce qui me préoccupe, ce sont les étudiants qui ont les diplômes et qui ne travaillent pas. Ce sont les Sénégalais qui vivent à l'étranger et que personne ne protège. S'ils sont protégés, c'est par eux-mêmes, leur sérieux et leur qualité. Mon problème, c'est la situation des finances publiques au Sénégal. Ce sont tous ces trous-là. Dakar est devenu une montagne de fromage de gruyère. Il y a des trous partout, vous ne savez pas où mettre le pied. Alors que le président Wade sait qu'il n'a pas le temps d'achever ses travaux.

Récemment, Idrissa Seck a qualifié l'Afp de parti aux abois…

J'ai toujours évité de juger les autres, parce que le juge des juges, c'est Dieu, "Haakimoul Haakimiin". Quand quelqu'un à la gale et qui passe son temps à se gratter- je ne parle ni d'Idrissa Seck ni d'un autre- il est loisible qu'il dise à quelqu'un qui n'a rien: "Toi tu as la gale", parce que ça le soulage. Si l'Afp est en perte de vitesse-je ne juge personne- on verra lors des prochaines élections. Je ne parlerai pas du parti d'Idrissa Seck parce que je respecte la personne humaine. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas le temps de juger les autres. Nous marchons en avant, nous continuons. On ne regarde pas vers les autres.

Pour revenir aux négociations, pouvez-vous nous confirmer que Bécaye Sèye était votre émissaire auprès de Pape Samba Mboup?

Je n'étais pas au courant que Bécaye avait rencontré au cours d'une cérémonie familiale ce Monsieur parce que je n'étais pas au Sénégal. Mais si vous êtes membre de l'Afp, rien ne vous empêche de penser que telle chose est bonne pour le parti et que vous en preniez l'initiative. L'essentiel est que cela soit teinté de sincérité et de bonne foi. Vous savez que le poste de vice-président ne peut être créé que par l'Assemblée nationale, par le vote d'une loi législative qu'on appelle loi constitutionnelle qui une fois qu'elle est appliquée, modifie une disposition de la constitution pour créer un poste. Moi qui ai quitté l'Assemblée nationale le 30 juin, je ne reconnais aucune légitimité à cette assemblée à partir du 1er juillet. Soyons logiques ! Donc, un poste que cette assemblée va créer, je négocie pour qu'on me l' attribue, je m'assoie et j'attache ma ceinture comme dans un Boeing, est-ce que vous trouverez cela logique ? J'ai quitté volontairement l'Assemblée nationale parce que pour moi, le mandat des députés est fini depuis le 30 juin. Donc, un jour de plus serait un jour d'illégalité et d'illégitimité. Comment donc puis-je envoyer un émissaire pour demander un poste de vice-président? Vous savez, si je l'avais demandé je l'aurais eu (il répète trois fois). Mais j'aurais été un lâche, un idiot, un traître et un parjure. Je vous assure que si je l'avais demandé, je l'aurais eu (il répète deux fois). Et je le dis ici. Je l'aurais eu tout de suite.

Pourquoi êtes-vous sûr que vous auriez eu ce poste?

Mais c'est pour que vous sachiez que je ne l'ai pas demandé. C'est ça qui explique mon catégorisme.

C'était juste pour savoir si le président Wade était disposé à vous avoir à ses côtés coûte que coûte… (Il coupe)

Mais comment pourrais-je le savoir puisqu'on n'en a jamais parlé ?

Et pourtant à la lumière des propos que vous aviez tenus face à la presse juste à votre sortie d'audience avec le président, les observateurs et l'opinion publique ont eu le sentiment que vous alliez entrer dans le gouvernement.

Vous savez, quand Wade m'a écrit pour cette rencontre du 8 novembre, pendant une semaine, des articles de presse ont indiqué que Wade allait me proposer le poste de vice-président de la République et la présidence du Sénat. Je l'avais lu avant d'aller chez Wade. Or pendant quatre vingt dix minutes que nous sommes restés ensemble, Wade n'a jamais prononcé le mot vice-Président ou président de Sénat. On n'en a pas parlé . Et je l'ai dit à ma sortie d'audience. Donc, d'où venait les bruits qui faisaient écrire avant le 8 novembre ? D'ailleurs quand je suis sorti, la première question qu'on m'a posée est: est-ce que l'on vous a proposé le poste de vice-président ? Et je prends à témoin Wade, devant Dieu, si jamais pendant notre entretien, nous avons parlé de vice-Président ou de Sénat. Wade a proposé à l'Afp une alliance. Mais quand je suis sorti, je ne pouvais pas dire tout de suite devant la presse ce qu'il nous a proposé. Étant donné qu'on devait se réunir le lendemain, cela devait donc être réservé à l'Afp. Et quand nous avons rendu compte à l'Afp, ils ont dit non. Et nous avons transmis ensuite le message à Wade.

Aujourd'hui, le Parti socialiste est en proie à une crise qui rappelle des antécédents que personne n'ignore. Quel regard portez-vous sur cette crise, en tant qu'ancien socialiste ?

Lorsqu'une étincelle tombe sur une toiture en paille du voisin, vaut mieux prendre de l'eau et aller l'aider à éteindre le feu plutôt que d'applaudir et de rire. Parce que la maison qui brûle à côté peut brûler votre maison parce qu'on ne peut pas arrêter les flammes. Je souhaite que le Parti socialiste, et je le dis en toute sincérité, puisse régler ces problèmes-là. Mais je ne ferai pas de commentaire. Je prie avec mon chapelet pour que ces problèmes au sein du Ps soient réglés dans l'intérêt du Sénégal et des Sénégalais. C'est très important. Pour que nos ennemis qui sont les ennemis du Sénégal, même s'ils sont Sénégalais, ne rient pas demain de voir un incendie se propager au sein de l'opposition. Cela dit, j'ai milité dans le Ps pendant quarante trois ans. Et je suis redevable à ce parti pour la formation qui m' y a été donné. Je remercie le Parti socialiste. J'y ai adhéré alors que j'avais dix-sept ans. Je ne ferai jamais le procès du Ps comme certains le souhaiteraient peut-être, parce que ce parti j'y ai vécu ma formation, mon adhésion à la philosophie de la liberté. J'ai appris à côté de Senghor et à côté de Abdou Diouf, ce qui est un État. Qu'un État ne se gère pas avec des mensonges, qu'un État ne fait pas des promesses qu'on ne réalise jamais, qu'un État ne se patrimonialise pas. Qu'un État, on le respecte en respectant le peuple qui constitue précisément la base de l'État et de la puissance publique. Cela je l'ai appris au Ps. J'ai quitté le Ps quand j'ai pensé que la direction qui lui a été donnée n'était pas bonne. Pourquoi? Parce que je suis un homme libre. Libre de mes mouvements, libre de ma pensée, libre de mes comportements et de mes attitudes que j'assume dans la plénitude de ma responsabilité en tant que Sénégalais. Ce pays-là, je l'aime hein. J'habite au Sénégal. Pourtant, j'ai les moyens d'aller habiter à Washington ou à New York ou bien ici à Paris. Mais je reste au Sénégal. Et je viens voir là mes amis qui travaillent tous les jours en étant à l'étranger et qui financent le développement du Sénégal.

Est-ce que si vous souhaitez la paix et l'union au Ps, c'est parce que de celles-ci dépend la survie de la Cpa ?

Ça va au-delà. Parce que, vous savez, le drame des Sénégalais c'est qu'on ne parle que des élections. Pourquoi ne parle-t-on pas de l'état dévastateur de la politique du Sénégal, du gouvernement actuel, en matière d'infrastructures. Si vous habitez tant soit peu à quarante km de Dakar, dès que vous dépassez Diamniadio, vous connaissez ce que c'est que les niveaux de détérioration des routes au Sénégal. Le chemin de fer est de 70 cm d'écartement alors qu'on devait passer à 143 pour respecter la norme internationale. Le port de Dakar est engorgé. C'est cela l'un des problèmes fondamentaux de développement du Sénégal. Pourquoi l'on ne parle que des élections, que des partis ? L'unité du Ps va au-delà des élections. C'est pour soutenir et consolider la démocratie dans notre pays. Et que demain, qui que cela puisse être, qu'on ait plus un président "Ninkinanka" (Ndrl: cahin caha). Et vous journalistes, vous pensez bien que c'est cela qui doit être fait. Parce que maintenant, si vous écrivez certains articles, vous risquez d'aller à la Dic. On vous va emprisonner même si on vous libère trois mois après. On vous dit: "Maintenant si vous recommencez, on va vous tuer". Il y a des gens qui menacent des citoyens de mort au Sénégal. C'est pour cela qu'on a élu Wade ? Je fais partie de ceux qui se sont battus à ses côtés. Je voulais le changement. Eh bien, le droit que j'avais de vouloir le changement en l'an 2000, c'est ce même droit que j'invoque pour avoir le changement en 2007. C'est dans la succession des droits de l'individu. Et je suis pour qu'il y ait du changement sans violence, sans qu'il y ait du sang versé, au nom du destin du Sénégal qui est un grand peuple, qui a droit à sa propre grandeur. Et les valeurs qui ont fait la grandeur du peuple sénégalais, plus que jamais, l'on ne les piétine aujourd'hui. En 2007, on les fera resurgir.

Quel est le portrait robot du futur président de la République du Sénégal ?

Il faut enlever le mot robot parce que le Sénégal n'a pas besoin d'un robot pour le diriger. Alors demandez-moi le portrait idéal d'un président pour le Sénégal demain. Il faut qu'il puisse être imbu de suffisamment de ce qu'on appelle "yermandé" (Ndrl: tolérance ou humanisme) vis-à-vis des Sénégalais. Et qu'il sache que le jour où il ne paiera plus d'électricité ni d'eau ni de téléphone ni de nourriture, ni de dépense quotidienne, c'est parce que l'Etat lui prendra tout cela en charge. Qu'il se rappelle que sur les onze millions de Sénégalais, qu'il est seul à en bénéficier. Et que s'agissant des autres, leurs femmes vont au marché, leurs enfants à l'école, leurs malades à l'hôpital. Et que les autres Sénégalais se nourrissent à la sueur de leur front. S'il a un avion présidentiel, qu'il n'en abuse pas, ça consomme beaucoup de carburant et ne rapporte pas suffisamment d'argent. Et que ce président-là sache que c'est lui qui est élu, et que ni sa femme ni ses enfants n'ont été élus par les Sénégalais. Qu'il sache que s'il a faim, qu'il remette de la sagesse dans sa tête pour ne pas manger ce qui revient aux Sénégalais. S'il n'a pas faim, qu'il prenne suffisamment de grandeur pour se dire: "Dieu m'a aidé moi, donc je dois aider tout le monde et je ne dois pas mentir au peuple". Le président idéal de demain c'est celui qui ne va pas couvrir le pays de trous. Et qui va croire que le pays c'est Dakar. Il n'entreprend pas des travaux qu'à Dakar, en oubliant Sédhiou, Oussouye, Bignona, Matam, Tambacounda, etc. Que le futur président se souvienne qu'il n'y a que le pouvoir de Dieu qui est éternel, et que son pouvoir ne durera que le temps que Dieu voudra qu'il dure. Mais surtout qu'il veille à ce que l'image du Sénégal soit respectée. Que le Sénégal soit cité en exemple et qu'il soit composé d'hommes et de femmes qui croient en Dieu qui pensent que leur destin est tracé par Dieu. Et que ce président soit capable de régler le problème de la Casamance. Au lieu de dire qu'en cent jours il va le régler, alors qu'il y a déjà trois à quatre mille jours qui sont passés et qu'il n'a rien fait. Et que ce président n'oublie jamais que quand il se lève pour annoncer un projet, qu'il doit ajouter le mot "inchallah" (Ndrl: S'il plaît à Dieu) parce qu'il n'est pas Dieu. Être président ne signifie pas qu'on passe au stade de la divinité, qu'on a un statut incréé qui se perd dans l'espace de la galaxie des astres et des étoiles. Que ce président de la République sache qu'un jour, son règne prendra fin.

source rewmi.com


INTERVIEW DE M.IDRISSA SECK

Mardi 12 Decembre 2006

Idrissa Seck, depuis plusieurs semaines, vous voyagez dans la sous-région sans passeports diplomatique, ni ordinaire tous deux périmés. Les autorités sénégalaises refusent, semble-t-il, de les proroger. Qu'en est-il au juste