MONDIAL 2006 / VICTOIRE DES ELEPHANTS
Jeudi 22 Juin 2006
Les éléphants de Côte d’Ivoire ont réalisé hier leur unique victoire en trois matchs de la coupe du monde de football Allemagne 2006. Ils ont battu leurs homologues de la Serbie Monténégro sur le score de 3 buts à 2.
Le match a pourtant failli tourner au cauchemar pour les poulains d’Henri Michel qui ont encaissé coup sur coup deux buts d’entrée aux 10ème et 20ème minutes alors qu’ils avaient abordé la rencontre sur des chapeaux de roues. Fouettés dans leur orgueil, les joueurs ivoiriens s’organisent pour repartir à l’assaut de la défense serbo-monténégrine.
A la 37ème minute, Aruna Dindane transforme un penalty obtenu suite à une faute de main d’un défenseur adverse. En deuxième période, le même Dindane exploite victorieusement de la tête un centre de Kader Kéita à la 67ème minute.
Le but de la victoire interviendra en fin de partie (84ème min) par Bonaventure Kalou sur penalty consécutif à une autre faute de main d’un défenseur serbo-monténégrin.
La Côte d’Ivoire sort malgré tout de la compétition pour avoir perdu ses deux premiers matchs, mais avec le sentiment d’avoir au moins sauvé l’honneur.
Augustin Kouyo
ALLOCUTION DE S.E.BAKAYOKO MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES
Mercredi 21 Juin 2006
MONSIEUR LE PRESIDENT,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Honorables Délégués,
Mesdames et Messieurs.
Je voudrais en tout premier lieu transmettre les salutations amicales du Chef de l’Etat de Cote d’Ivoire, Son Excellence Monsieur Laurent GBAGBO, a Son Excellence Ilham ALIEV, Président de la République d’Azerbaijan, dont le pays a accepte d’abriter cette conférence ministérielle.
Je voudrais ensuite, adresser au nom de la délégation ivoirienne, nos félicitations à Son Excellence Monsieur Elmar Mammadyarov, Ministre des Affaires Etrangères d’Azerbaijan pour son élection a la tète du Bureau de notre Conférence. J’y associe, bien entendu, tous les autres membres du Bureau et vous assurer du soutien de la délégation ivoirienne et de notre disponibilité à vous aider à réussir la mission qui vient de vous confier.
Je saisis cette occasion pour féliciter également Son Excellence Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères de la République du Yémen, Président sortant et son Bureau pour le travail remarquable qu’ils ont accompli pendant leur mandat.
Il me plait aussi, de féliciter Son Excellence Monsieur Ekmeleddin ISHANOGLU, Secrétaire General de l’OCI, ainsi que tous ses Collaborateurs, pour le travail abattu et les encourager a poursuivre avec détermination l’œuvre de consolidation des liens d’amitié et de coopération entre les Etats membres de l’OCI.
Je voudrais exprimer toute notre reconnaissance au Gouvernement et au peuple de la République d’Azerbaijan pour l’accueil fraternel et la chaleureuse hospitalité qu’ils nous ont réserves depuis notre arrivée dans cette belle ville de Bakou, capitale de l’Azerbaijan.
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Honorables délègues.
Cette session de la CIMAE se tient à un moment particulier de l’histoire de l ; a Oummah islamique. En effet, elle a lieu quelques mois après le 3eme Sommet Extraordinaire de l’Organisation de la Conférence Islamique qui s’est tenue à la Mecque, à l’initiative du Serviteur des Deux Saintes Mosquées, Sa Majesté le Roi ABDALLAH IBN ABDELAZIZ AL-SAOUD que nous saluons et que nous remercions pour cet acte historique au bénéfice de la Oummah Islamique.
Comme nous le savons, ce 3eme sommet Extraordinaire a été un succès. En effet, de grandes décisions y ont été adoptées visant a resserrer les rangs de la Oummah et lui permettre de faire face aux défis qui se posent a elle. D’importantes mesures ont également été prises pour permettre a notre organisation commune
, l’OCI, de faire un bond en avant, notamment grâce a une reforme de ses structures et une redynamisation de son action.
Monsieur le Président,
Au nombre des décisions adoptées par le 3eme Sommet Extraordinaire figurent en bonne place celles contenues dans le Programme d’Action Décennal de l’OCI. Ce programme, s’il est mis en œuvre, constituera, a n’en point douter, un moyen efficace pour permettre a la Oummah d’aller de l’avant et d’adopter des réponses aux attentes de ses membres.
A cet égard, la question du développement économique et social des Etats membres, devra demeurer en tète des préoccupations de notre Organisation et une attention particulière être accordée aux besoins de l’Afrique dans ce domaine. En effet, est-il besoin de rappeler que ce continent demeure le plus pauvre et à l’ endroit duquel une réelle solidarité doit s’exercer ? A titre d’exemple, je citerai les chiffres suivants tires des sources de l’Union Africaine :
- 340 millions d’Africains, soit environ la moite de la population de ce continent vivent avec moins de 1 dollar par jour ;
- Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est égal a 140 pour mille ;
- L’espérance de vie a la naissance est égale a 54 ans ;
- 58% seulement de la population africaine à accès à l’eau potable ;
- Le taux d’alphabétisation des personnes de plus de 15 ans est égal a 41% ;
- L’Afrique doit se contenter de 18 lignes téléphoniques
pour mille personnes contre 146 dans le monde entier et 567 pour les pays a revenus élevés.
On pourrait ainsi multiplier les exemples s’agissant des besoins de l’Afrique.
C’est pourquoi nous nous félicitons de la décision prise par le Sommet Extraordinaire de la Mecque d’accorder un intérêt particulier aux problèmes de ce continent parmi lesquels figure en bonne place la pauvreté.
Monsieur le Président,
La lutte contre la pauvreté est un defi majeur non seulement pour l’Afrique mais aussi pour la communauté internationale toute entière. Ce defi devra être relevé certes par des politiques volontaristes menées par les Etats eux-mêmes mais également par l’ensemble des organisations et ONG dont le travail dans ce domaine est appréciable. Aussi, tout en me réjouissant des actions entreprises par l’OCI dans ce cadre en faveur des pays africains, je souhaite une mise en œuvre diligente du Programme d’Action Décennal de l’Organisation qui contient des volets consacres a l’allégement de la pauvreté dans les Etats membres et le renforcement des activités visant a la réalisation du développement économique et social des pays africains par la mise en place d’un Programme Spécial a cet effet.
Si l’adoption de ce Programme Spécial pour le développement de l’Afrique a été salue a sa juste valeur par le Sommet Extraordinaire et la communauté internationale dans son ensemble, c’est parce qu’il est porteur d’espoir et d’espérance. Il conviendrait des lors de faire en sorte que ceux-ci ne soient pas déçus mais que « l’essai soit transforme », notamment par des actions concrètes et efficaces. Certes, les Etats membres, principalement les Etats africains, auront leur rôle a jouer dans la mise en œuvre de ce Programme. Mais il appartient aussi et surtout a l’OCI et la BID d’en être les moteurs. A cet égard, je voudrais vous faire part de la satisfaction de mon pays vis-à-vis des résultats du Conseil des Gouverneurs de la BID qui vient de se tenir au Koweït et qui se sont traduits, entre autres, par l’approbation d’une augmentation du capital de la Banque et la mise en place d’un Fonds Spécial destine a la réduction de la pauvreté et la création d’emplois dans les Etats membres de l’OCI .Le Conseil des Gouverneurs a également invite les Etats membres a apporter leur contribution financière a ce Fonds. Je voudrais saisir cette occasion pour remercier le Royaume d’Arabie Saoudite qui a annonce une contribution de 1 milliard de dollars a ce Fonds et inviter les pays qui en ont les moyens et la possibilité a y contribuer.
C’est aussi l’occasion de féliciter la Banque Islamique de Développement pour le remarquable travail qu’elle accompli, depuis sa création, au service des économies, du commerce et des investissements des Etats membres. La contribution de cette Institution a la lutte contre l’analphabétisme et les maladies contagieuses mérite également d’être soulignée et appréciée a sa juste valeur.
Il convient aussi de rendre hommage à la Turquie et à la Malaisie qui ont mis en place le projet de stratégie de développement pour l’Afrique, montrant ainsi la voie à suivre. Je les encourage dans leurs efforts visant a aider de manière concrète et efficace les pays africains et je souhaite vivement que d’autres pays leur emboîtent le pas.
Il me plait aussi d’exprimer notre reconnaissance aux Etats membres qui ont contribue, avec l’Organisation Mondiale de la Santé et la Banque Islamique de Développement, au programme de l’initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite dans le monde.
Monsieur le Président
Dans le rapport qu’il nous a présente, le Secrétaire General a fait un tour d’horizon des questions politiques à l’ordre du jour de notre Conférence. Celles-ci sont nombreuses, mais vous me permettrez de faire un constat qui se dégage dans le domaine politique. Au moment où se tient cette session de la CIMAE, force est de noter que, certains Etats membres de notre organisation se trouvent malheureusement dans des situations politiques ou sociopolitiques difficiles. Ces pays sont a la rechercher de la paix, bien précieux s’il en est, sans lequel aucun développement n’est possible.
La délégation ivoirienne souhaite vivement que tous les pays retrouvent le plus rapidement possible la paix et la stabilité. C’est pourquoi nous appelons de nos vœux un règlement rapide et pacifique des différents conflits auxquels sont confrontes les pays de la Oummah.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Honorables delegues,
Pour le Ministre des Affaires Etrangères de Cote d’Ivoire que je suis, comment parler de conflit, de paix et de stabilité sans évoquer la situation dans mon propre pays ?
Comme vous le savez, la Cote d’Ivoire, jadis havre de paix et de prospérité, traverse depuis bientôt quatre ans une crise sociopolitique sans précédent.
Sans vouloir vous faire la genèse de cette crise, permettez moi de vous donner quelques éléments d’information sur la situation actuelle du pays.
Conformément a la résolution 1633 du Conseil de sécurité des Nations Unies, un Premier Ministre de consensus a été designe en la personne de Monsieur Charles Konan Banny, ancien Couverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BECEAO) qui a forme un Gouvernement de transition charge de ramener le paix et d’organiser de élections transparentes et démocratiques dans le pays.
Dans cet esprit, le Chef de l’Etat et le Premier Ministre mènent en tandem plusieurs actions :
- la rencontre du 28 février 2006 a Yamoussoukro pour la première fois en terre ivoirienne, des quatre (04) principaux leaders politiques ivoiriens ;
- la 2eme réunion denommee (Yamoussoukro II) qui s’est tenue a Abidjan en mars 2006 sous la présidence de Son Excellence Monsieur SASSOU N’GUESSO, Président de la République du Congo et Président en exercice de l’Union Africaine ;
- la poursuite du dialogue entre les militaires ;
- l’organisation des examens scolaires dans les zones ex-assiégées, prélude au redéploiement partiel de l’administration, notamment dans le domaine de l’Enseignement ;
- le démarrage simultané des audiences foraines et du pre-regroupement des forces belligérantes le 18 mai dernier, deux opérations clés, dont l’objectif est l’organisation des élections au plus tard fin octobre 2006.
Sur le plan économique, l’apaisement du climat politique a redonne l’espoir aux opérateurs économiques.
Ces avancées que je viens d’évoquer doivent s’inscrire dans un processus irréversible. Il faut consolider ce climat de confiance qui revient progressivement. Le temps est venu de transformer les efforts ponctuels en une action collective de la Communauté Internationale pour le retour définitif de la paix en Cote d’Ivoire.
Je tiens a remercier tous ceux qui, dans cette période difficile, aident la Cote d’Ivoire a sortir de la crise, et j’invite tous nos partenaires internationaux et notamment ceux des secteurs du développement a apporter leurs concours au processus de redressement de la Cote’ d’Ivoire.
J’invite particulièrement l’Organisation de la Conférence Islamique a s’impliquer dans le processus de paix et de reconcilation en Cote d’Ivoire.
L’OCI ne doit pas rester en marge de ce processus. Elle doit y prendre toute sa place et jouer pleinement son rôle.
Je voudrais, cet égard, me réjouir de la décision de la réunion des Hauts Fonctionnaires préparatoire de cette CIMAE qui s’est tenu le mois dernier a Jeddah de proposer l’inscription, a l’ordre du jour de notre Conférence, d’un point intitule : « la situation en Cote d’Ivoire » et de recommander l’adoption d’une résolution sur cette question.
Je voudrais saisir cette occasion pour remercier encore une fois tous les Etats membres de l’OCI pour leur soutien a la Cote d’Ivoire.
Pour terminer, je voudrais souhaiter, au nom de ma délégation, plein succès a nos travaux.
Je vous remercie Monsieur le Président.
ENTRETIEN DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO A AFRICA N.1 RADIO
Jeudi 15 Juin 2006
Le lundi 5 juin dernier, de 18 h 30 à 20 h 30, en duplex d’Abidjan, à la résidence présidentielle de Cocody, le Président Laurent GBAGBO a accordé une interview à Africa N°1. Nous vous proposons tout l’entretien…
l Monsieur Laurent Gbagbo, bonjour.
- Bonjour.
l Monsieur le Président, mercredi dernier, j’aurais bien voulu vous souhaiter bon anniversaire. Vous avez 61 ans aujourd’hui. Comment allez-vous, Monsieur le Président ?
- Madame, avant de vous répondre, je voudrais vous dire que je respecte beaucoup vos auditeurs et je n’aimerais pas que certains pensent que c’est une mauvaise manière de ma part, ce qui s’est passé. C’était vraiment pour des raisons professionnelles. Je devais être à Tripoli. J’aimerais que cela soit bien entendu. Ceci dit, vous me demandez comment je me porte. Je me porte bien. A 61 ans, je découvre une nouvelle jeunesse. En tout cas, je suis très en forme.
l Cela fait six ans que vous êtes Président. Parlez-moi d’une journée de président, de votre journée ?
- C’est compliqué…
l Vous vous réveillez à quelle heure ?
Je me réveille assez tard. Je sors de ma chambre vers 10 heures, je ne commence réellement à travailler que vers 11 heures et je me couche vers 3 heures du matin. J’ai, comme tout homme normal, six-sept heures de sommeil. Je tiens à faire cette petite relâche, sinon j’aurais craqué depuis longtemps.
l Est-ce que vous avez des rituels ? Quand vous vous levez le matin par exemple, est-ce que vous priez ? On abordera cette question, vous êtes très croyant…
- Je prie plutôt le soir avant de me coucher. Quand je dis le soir, je veux dire le matin. Comme je me couche à trois heures du matin… Avant d’entrer dans mon lit, je prie. Je lis un passage de la Bible.
l Lequel, par exemple ?
- Je lis fréquemment en ce moment-ci, ou un psaume de David, ou un texte d’Esaïe. Ce sont mes deux auteurs préférés.
l Monsieur le Président, vous avez été une figure de proue de l’opposition. Vous avez été auréolé du prestige d’avoir été le seul à affronter Félix Houphouët-Boigny, lors de la première élection présidentielle pluraliste en 1990. Mais j’aimerais que vous nous parliez de votre parcours, de votre vie d’étudiant en France, Monsieur le Président.
- Ma vie d’étudiant, je l’ai menée aussi bien en Côte d’Ivoire qu’en France. J’étais venu en France en 1966 pour faire une licence de lettres classiques (latin et grec), je devais être professeur de lettres classiques. Mais comme le virus de la politique m’a pris et que j’étais de plus en plus orienté vers les problèmes politiques, je me suis rendu compte que traduire les textes de Tacite, de Platon, ça ne me rapprochait pas beaucoup de la connaissance de la vie des Africains, de l’Afrique, de la Côte d’Ivoire. A la fin de l’année 1966- 1967, j’ai écrit à mon ministre de l’Education nationale pour lui dire que je voulais faire cinéma ou histoire. Cinéma en tant que réalisateur…
l Pas en tant que comédien ?
- J’ai été comédien, j’ai joué dans de nombreuses pièces de théâtre, mais je voulais être réalisateur. Mais avec les idées que j’avais déjà, si je devenais réalisateur, j’allais vivre toute ma vie en exil puisque aucun de mes films n’allait être projeté en Côte d’Ivoire. Dans la Côte d’Ivoire de cette époque-là…
l La Côte d’Ivoire de cette époque, c’était quoi exactement, M. Gbagbo ?
- C’était le parti unique. Dans le parti unique, il y a eu des moments très forts, très difficiles. Mon père a par exemple été arrêté quand j’avais 19 ans en Côte d’Ivoire pour des raisons politiques. Je suis donc devenu chez de famille à 19 ans.
l Ça, on ne le sait pas beaucoup…
- Oui, mais il faut qu’on le sache. Même le Premier ministre actuel, son grand-frère était en prison. Il a été arrêté en même temps que mon père. Le parti unique a été très dur. C’est pourquoi je rigole quand certains disent : avant, c’était bien. Mais pour nous, avant ce n’était pas bien. Pour nous, avant c’était trop dur.
l Est-ce que le parti unique a essayé de vous faire la cour, de vous ramener dans ses rangs ?
- Bien sûr. J’ai rencontré plusieurs fois Houphouët-Boigny. Mais c’est un homme qui a toujours été bien élevé, bien cultivé à mon égard. Je veux dire qu’il ne m’a pas fait l’insulte de me proposer l’argent lui-même. Mais ses partisans, les gens qui étaient autour de lui, certains ont été assez goujats pour me proposer de l’argent. Par exemple, une fois j’étais à Paris en exil, il y en a un qui est venu me proposer deux milliards.
l Deux milliards ?
- Deux milliards de F CFA. Alors que je n’avais même pas d’argent pour prendre un ticket de métro…
l Et qu’est-ce que vous avez fait ?
- Je n’ai pas pris l’argent. C’est pourquoi je suis président aujourd’hui.
l Pourquoi n’avez-vous pas pris cet argent ?
- Parce que je ne suis pas à vendre, Madame. Mes idées, je les porte en moi, je les porte sur moi, je les porte pour la Côte d’Ivoire, et je me bats pour que la Côte d’Ivoire ait un certain visage, une culture démocratique et aille de l’avant. Mais on ne m’achète pas…
l Alors, monsieur le Président. Là nous parlons de votre parcours, de votre vie quotidienne de Président. Tout à l’heure, nous évoquerons l’actualité, les questions économiques. Puis, ne vous fâchez pas, nous aborderons les questions qui fâchent…
- Non, aucune question ne fâche.
l Est-ce que monsieur le Président, vous connaissez M. Casimir Niakoto ?
(Un auditeur se présente au président Gbagbo. Ils se sont connus au service militaire à Bouaké. Il a suivi son parcours et est très fier de lui, et de son combat pour la démocratie en Côte d’Ivoire.)
l M. Gbagbo, est-ce que vous reconnaissez Casimir ?¨
- Peut-être que si je le vois, je vais le reconnaître physiquement. Mais tout ce qu’il dit a existé. J’ai reçu, il n’y a pas longtemps, mes anciens amis de lycée et de l’université ; j’ai reçu il y a quelque temps, à la faveur de la sortie d’un de mes livres, mes compagnons de Séguéla et de Bouaké, à l’occasion du service militaire forcé. C’est un livre que j’avais écrit quand nous étions au camp militaire de Séguéla. A la faveur de la deuxième édition de cet ouvrage, ils sont tous venus et nous avons un peu fait la fête, un peu fait les fous. Je reçois tous ceux avec qui j’ai travaillé, avec qui j’ai traversé des moments difficiles. Et même tous ceux que je ne connaissais pas. Et qui ont des problèmes. Je suis là pour régler les problèmes des Ivoiriens. (…) Merci, Casimir, et quand tu seras à Abidjan, je te recevrai.
l Apollinaire nous appelle des USA. Appolinaire…
(Apollinaire, enseignant aux Etats-Unis, l’a rencontré une ou deux fois à Ouagadougou. Devant ses étudiants, il a souvent cité Gbagbo en exemple : de quelqu’un qui s’est retrouvé à la place où il faut au moment où il faut. Mais il a peur que le contexte ne crée un flou autour de Gbagbo. Il demande au Président quelle est actuellement sa philosophie et sa vision politique.)
l J’ai une question en rapport avec celle-là. Votre vision politique a-t-elle évolué depuis que vous êtes Président ?
- Forcément. Quand on vit et qu’on n’évolue pas, c’est qu’on régresse. J’ai beaucoup évolué, surtout en contact avec les réalités. Par exemple, cette guerre qui nous arrive, on est obligé d’évoluer avec. Quand vous voyez que vous avez passé toute votre vie à combattre avec des idées, à écrire, à faire des propositions, à critiquer ce qui est critiquable, à prospecter des voies nouvelles pour votre pays et que dès que vous arrivez au pouvoir, les autres n’ont pas autre chose à faire que de prendre les armes pour vous attaquer, on est obligé de réfléchir à la nature humaine, à la société dans laquelle on vit, aux gens auxquels on a affaire.
l Et quelles conclusions vous en tirez ?
- D’abord, il faut faire la paix, mettre les choses au calme. Il faut faire que plus jamais personne n’ait envie de prendre les armes. Faire la paix, faire la symbiose. Et cette guerre nous aide à créer une véritable nation. Mais si vous voulez, on pourra en reparler.
l(…) Pour la suite de cette émission, nous allons aborder les questions d’actualité et d’économie. Pour vous poser ces questions, trois confrères, Jules Ahadzi Komlan, Francis Laloupo et Claude Lekagne. Mais avant cela, je vais donner la parole à un auditeur qui est Ivoirien, qui est à Paris, et qui voudrait vous poser une question.
l (L’auditeur demande quel intérêt y a-t-il à faire une émission de ce type à part des questions électorales puisqu’il a tout dit depuis quatre ans et que certains n’écoutent pas.)
- Moi, je ne m’explique pas, j’explique. Il y a toute une différence entre ces deux expressions. Je ne me suis jamais expliqué parce que je n’ai pas à m’expliquer. Le seul devant qui j’ai à rendre des comptes, c’est le peuple de Côte d’Ivoire. Donc, je lui parle s’il me parle. Mais j’explique la situation parce qu’il faut bien que les Ivoiriens comprennent dans quelle situation nous nous trouvons, pourquoi nous sommes dans cette situation et ce que nous faisons pour nous en sortir. Deuxièmement, vous posez une question sur l’émission mais je réponds aux sollicitations. Quand on me demande une interview, j’accepte ou je n’accepte pas. J’ai accepté, parce que ça fait longtemps que je n’ai pas parlé avec Africa n°1. Mais je voudrais vous dire une chose sur Africa n°1. En 2000, pendant que je m’engageais dans la campagne électorale pour les élections présidentielles, c’est la seule radio qui m’a détaché un journaliste qui m’a suivi partout. Je suis allé avec eux à Bouna, à Bondoukou, dans l’extrême-nord, à Korhogo, à Ferkéssédougou, dans le nord-est, dans le nord-ouest, au centre, partout. J’y ai des amis, cela faisait longtemps qu’ils ne m’avaient pas demandé une interview. Là, ils me la demandent, je l’accepte.
l Monsieur le Président, justement je voudrais dire qu’Africa N°1 remplit là sa mission première qui est de donner la parole aux Africains et d’interpeller leurs dirigeants sur la marche du monde. Ce que nous faisons aujourd’hui est vraiment à féliciter. Cette fois-ci, je vais passer la parole à mon confrère Francis Laloupo.
(Civilités entre le Président et le journaliste qui se connaissent depuis de nombreuses années). Sur les questions d’actualité, vous avez exprimé récemment votre satisfaction à propos de l’action que mène votre Premier ministre Charles Konan Banny. Et dans le même temps, on a été surpris d’entendre le président du FPI, votre parti, M. Affi N’Guessan, qui estimait que le bilan de ce PM est plutôt maigre et décevant. Un avis différent du vôtre. En tant que Président et chef spirituel du FPI, quel est votre sentiment exact sur l’action que mène le Premier ministre ? Etes-vous optimiste sur la suite du processus qui doit mener à l’élection présidentielle en octobre prochain ?
- Je crois qu’il faut faire la part des choses. Je suis chef d’Etat, et non chef de parti. Et dans notre Constitution, on ne peut pas, on ne peut plus être chef d’Etat et chef de parti. En ce qui me concerne, je veux que la démocratie joue pleinement, que les partis et l’Etat jouent leur rôle. Les partis, leur rôle c’est de critiquer et de proposer. Le rôle de l’exécutif, c’est de conduire les affaires de l’Etat. Je suis le président de la République, Charles Konan Banny est mon second, il est le chef du gouvernement. Le gouvernement est un instrument dans ma main pour appliquer la politique qu’il faut pour aller à la paix, à la reconstruction et aux élections. Affi N’Guessan a le droit de dire ce qu’il pense de la politique gouvernementale, mais cela ne m’engage pas.
l Monsieur le Président, bonjour. Ce que vous avez dit en liminaire sur votre parcours m’interpelle à deux niveaux. Vous étiez en Italie quand votre pays est entré en crise et que votre ministre de l’Intérieur a été tué. Dans l’avion qui vous ramenait en terre ivoirienne, quelles sont les pensées qui vous animaient ? Cela concerne votre passé. Pour ce qui est du futur, Pascal Affi N’Guessan a affirmé que l’action de la rébellion a tué dans l’œuf le programme du FPI, parvenu au pouvoir. Pouvez-vous dire, en exclusivité sur la radio africaine, ce que vous ferez si vous êtes réélu ?
l Pourquoi est-ce que vous me ramenez toujours à Affi N’Guessan ? (Le président interpelle l’animatrice principale). Madame, pouvez-vous, à la grande joie de ces messieurs, inviter Pascal Affi N’Guessan pour qu’ils lui poseront toutes les questions qu’ils veulent ? (rires).
- Je m’attendais à cette réponse. Mais la question que posait M. Lekagne au sujet du coup d’Etat. Vous rentrez d’Italie, quelles sont les pensées qui vous animent à ce moment-là ? Je suis très triste. Je suis triste pour les Ivoiriens et le travail qui était en train d’être fait. Quand je suis arrivé à la tête de l’Etat, nous avions une croissance négative – c’est la première fois qu’on voyait ça en Côte d’Ivoire – de -2,3%. Tout était au ralenti. La Côte d’Ivoire n’avait plus aucun rapport avec aucune institution financière mondiale. Ni le FMI, ni l’Union européenne, ni la Banque mondiale, ni la BAD installée à Abidjan, n’avaient de rapport avec la Côte d’Ivoire. J’ai passé les 18 premiers mois à renouer tous les fils qui étaient cassés pour préparer le terrain de la croissance qui allait venir. Nous avons eu, avec le FMI, un programme intérimaire non financé de 6 mois que nous avons exécuté très bien. Après cela, nous avons eu un programme de trois ans. Nous étions en train de commencer ce programme quand ce coup d’Etat est venu. Vous comprenez que je suis déçu. Je suis déçu, mais pas découragé.
l Est-ce que les Ivoiriens qui ont vécu les affres de la guerre, de la crise, sont dans le même état d’esprit ? C’est sûr qu’ils sont déçus, mais ont-ils le courage, eux qui vivent les affres de la guerre, de la crise au quotidien ?
- Ils sont bien obligés d’être courageux. Ils voient bien tout ce qu’on était en train de faire pour eux. Et ce sera tout l’enjeu de la campagne électorale de demain.
l Vous pensez donc que l’action du Premier ministre est positive…
- Nous sommes dans une situation extrêmement difficile et extrêmement délicate. Nous travaillons en très bonne intelligence, la main dans la main. Chaque fois qu’un problème se pose, nous nous concertons et quand nous sommes d’accord, nous prenons une décision qui va dans le sens de la sortie de crise. Il y a des sujets sur lesquels nous ne sommes pas d’accord, nous les mettons en veilleuse jusqu’à ce qu’on trouve un accord. C’est ça que j’appelle travailler en intelligence.
l Même si ce sont des sujets sensibles, vous les mettez en veilleuse…
Sensible ne veut pas dire des réponses rapides.
l Après le bombardement du camp français de Bouaké, en novembre 2004, huit mercenaires biélorusses qui avaient été arrêtés ont été mis à la disposition de la France pendant quinze jours. On note depuis quelque temps que la France n’avait pas beaucoup bougé sur la question. Aujourd’hui, les avocats des parties civiles françaises, demandent l’audition de la ministre de la Défense française, Michèle Alliot-Marie, et de Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur à l’époque. Que pensez-vous de ce rebondissement de cette affaire ?
- C’est une affaire qui regarde les Français. Ça ne me regarde pas. Si la justice française convoque des ministres français pour les entendre, si les parlementaires français convoquent des ministres français pour les entendre, ce sont des affaires franco-françaises.
Vous n’avez aucun commentaire à faire sur ce sujet ?
- Pas du tout. Cela ne me regarde pas. J’aimerais bien qu’en ce qui concerne les affaires de la Côte d’Ivoire, on observe quelquefois cette même attitude.
l Nous allons vous poser une question tout à fait logique. Quand vous arriviez au pouvoir en ce qui concerne l’économie de votre pays, la croissance était quasiment en panne. On sait aussi que la Côte d’Ivoire est un pôle économique pour la sous région, incontestablement. Comment va l’économie ivoirienne ?
- Elle ne va pas bien; aussi bien que je le souhaiterais parce que j’avais des projets en arrivant au pouvoir pour la Côte d’Ivoire que je n’ai pas pu réaliser. Mais elle ne va pas aussi mal qu’on le dit ailleurs. C’est-à-dire que cette année 2005, avec le FMI, nous avons une croissance économique d’au moins 2%. Je veux dire que ça ne va pas aussi bien que je le souhaitais parce que d’après le projet que nous avions fait, on devrait être aujourd’hui dans une croissance autour de 6, 7, 8%. Bon, on n’en est pas là parce qu’il y a une guerre complètement absurde et idiote. Mais ça ne va aussi mal qu’on veut le faire croire ailleurs.
l Justement au sujet de ce que vous dites monsieur le Président, ça ne va pas aussi mal, j’ai entendu dire par les Ivoiriens que ce qui se dit dans les médias est totalement différent de ce qui se passe en Côte d’Ivoire. La vie reprend son cours normal, les Ivoiriens ne vivent plus dans la peur. C’est dans la capitale mais à l’intérieur du pays. Qu’est-ce qui se passe réellement ?
- Mais madame, je vous ai dit «venez ici». C’est la seule réponse qu’on puisse donner. Les Français qui sont partis en 2004 sont revenus. D’ailleurs ils reviennent plus nombreux qu’on l’aurait pensé. Ils sont là. Les entreprises s’ouvrent. Moi-même j’ai inauguré il y a deux semaines une entreprise de poissonnerie, de thon, parce que nous sommes quand même un des pays les plus grands thoniers du monde. Les hôtels sont complets. Venez et vous serez bien reçus. Vous jugerez vous-mêmes. Je viens de faire une tournée dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, pas dans les villes mais avec les villageois. Comme on dit à Abidjan ça ne ment pas.
l Monsieur le Président, nous allons passer la parole à un auditeur, M. Bernard Zongo qui est au téléphone. (Bernard Zongo parle : Les Ivoiriens ont toujours été bien accueillis au Burkina Faso dans tous les domaines de la vie. On ne peut pas dire en revanche de la situation des Burkinabés en Côte d’Ivoire. La crise de 2002 a entraîné 600.000 Burkinabès vers leur terre natale. Ils ont été spoliés alors qu’ils ont participé à l’économie de la Côte d’Ivoire. Est-ce que vous pouvez prendre l’engagement aujourd’hui d’appliquer la recommandation de la commission d’enquête pour les exactions commis sur les Burkinabès, régler la question de la nationalité, de l’éligibilité en tenant compte des réalités démographiques propres à la Côte d’Ivoire. On sait que ce pays accueille le plus grand nombre d’étrangers. La deuxième recommandation consiste à demander une commission indépendante et impartiale pour identifier les victimes de manière à les indemniser. Voici ce que je voulais vous poser comme question. Monsieur le Président, je vous remercie de la sincérité de votre réponse.)
- Merci. J’espère que vous ne devez savoir que je dois prendre seulement des engagements devant mon peuple. Je ne peux pas prendre des engagements devant vous. Ceci dit, le problème des étrangers, si vous suivez bien l’actualité dans le monde, vous voyez que ce problème n’est pas propre à la Côte d’ivoire. Je sais que vous êtes en France, vous entendez ce qui se dit, s’écrit, se prépare. Le Burkina Faso n’est pas la Côte d’Ivoire. C’est-à-dire que le Burkina n’est pas une plus puissante terre d’accueil d’étrangers que la Côte d’Ivoire. Nous avons ici près du tiers de la population qui est étrangère. Or comme vous faites des références, dans toutes les références écrites quand on dépasse un seuil de 10%, il y a des troubles qui arrivent. Ce n’est pas Gbagbo ni Bédié ni Houphouët encore moins Guéi. C’est la nature qui a fait cela.
l (Bernard Zongo : Monsieur le Président, quand vous dites cela ça me fait un peu peur.)
- Pourquoi ?
l (Bernard Zongo : Parce que je me dis, Monsieur le Président a dit cela. Qu’advient-il des Burkinabè qui ont fait de la Côte d’Ivoire leur terre ?)
- Ce que vous dites est très dangereux. Suivez-moi tranquillement et sans a priori. La France, après la guerre, était démolie. Elle a eu besoin de se construire. Elle s’est construite avec son génie mais avec beaucoup de bras africains qui ont donné leur sang. Il faut que les gens le sachent aussi. Mon père a laissé son sang sur les champs de bataille. Mais je ne réclame pas pour autant la moindre décision sur la façon dont les Français doivent construire leur pays. Si je voulais être français j’aurais choisi de l’être et alors j’aurais revendiqué ma part de droit sur la France. La Côte d’Ivoire, à un moment de son histoire, avait besoin de bras pour se construire. Les hommes qui sont venus travailler ici, elle les a payés. Nul n’est venu travailler gratuitement.
l (Bernard Zongo : Parce qu’ils ont été payés, donc ça suffit ? La question se résume à cela ?)
-Oui. Madame, ça me fait mal que les gens disent que c’est nous qui avons construit votre pays.
Vous savez qu’il y a un débat actuellement en France qui tourne autour de tout cela. D’ailleurs c’est les nouveaux rapports que la France et ses colonies doivent établir. La loi Sarkozy revient à ça, le malaise noir. On a commémoré le 10 mai dernier la journée de l’esclavage. Il y a aussi d’autres questions qui vont arriver. La place des Africains en France, les tirailleurs africains ont contribué à faire de ce pays ce qu’il est. Si un Président comme vous ne prenait pas en compte l’apport des étrangers, est-ce que ce n’est pas réducteur ?
- Madame, je suis content de tous les rappels que vous aviez faits concernant la France. Mais sachez que la Côte d’Ivoire n’a colonisé aucun pays. On oublie souvent cela. La France est un pays qui a colonisé de larges territoires africains qui les a assujettis, vendu certains fils de ces pays en Amérique. La Côte d’Ivoire n’a rien fait de tout cela. Ce pays a construit son port sous la colonisation française et non pendant l’indépendance. Bien ! Aujourd’hui, on vient nous réclamer des dus qu’on aurait pu réclamer aux Français et non pas à nous. Je trouve cela déplacé. C’est pourquoi tous les débats entre Africains son biaisés. Les gens ne posent pas les problèmes dans toute leur ampleur. C’est un problème de colonisation. Quand les Burkinabè ont travaillé sur les chemins de fer Abidjan-Ouagadougou, on était en plein état colonial. C’était dirigé par les Français.
l Monsieur le Président vous avez parlé des Burkinabè qui vivent en Côte d’Ivoire. Ma question est simple. Où en est-on avec les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ?
- C’est un problème. Les Burkinabè qui sont en Côte d’Ivoire, ils vivent selon la loi ivoirienne. Il y en a qui demandent à être ivoiriens. Quand ils font leur demande normalement, je les naturalise. Je vous signale que je suis le président de la République de la Côte d’Ivoire qui a naturalisé le plus d’étrangers. J’ai naturalisé par an plus d’étrangers que Houphouët Boigny, Bédié, Robert Guéi. Je n’accepterai pas qu’on fraude sur la nationalité ivoirienne.
l Avez-vous aujourd’hui des contacts avec le président Blaise Compaoré que vous avez accusé de s’être ingéré dans la crise ivoirienne ?
- Je ne l’ai pas accusé. J’ai décrit les faits. J’ai dit que ceux qui ont attaqué la Côte d’Ivoire dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 étaient installés à Ouagadougou, s’y entraînaient. Ce sont des faits décrits par tout le monde, que les rapports de l’Onu décrivent. Ce sont les faits.
l Monsieur le Président, nous avons des questions d’auditeurs. Nous avons Marie Roger Biloa au téléphone.
l Monsieur le Président bonsoir.)
- Bonsoir, madame.
l J’ai écouté avec attention les explications et les réponses données à mes confrères. Je voulais aussi parler d’une question qui touche un peu à ce que vous avez évoqué toujours au sujet de la crise dans laquelle est plongée la Côte d’Ivoire depuis quatre ans. Elle a été diversement analysée, dans tous les cas elle prend sa racine dans un malaise identitaire.)
- Non Madame, je ne suis pas d’accord avec cette analyse.
l Marie-Roger Biloa : Est-ce que je peux terminer ma question ?
- Oui, vous pouvez la terminer mais je vous signale que vous avez déjà fait fausse route.
l Marie-Roger Biloa : Après trois à quatre ans de crise, qu’est-ce c’est être ivoirien pour vous ?
- Etre Ivoirien, c’est avoir la nationalité ivoirienne. C’est tout. Etre français, c’est avoir la nationalité française, être américain, c’est avoir la nationalité américaine. Maintenant comment on peut acquérir la nationalité ivoirienne. On l’a soit par naissance soit on l’a par mariage ou on la demande simplement. Il y a des lois et c’est sur cette base que je signe beaucoup de demandes de naturalisation.
l Marie-Roger Biloa : Monsieur le Président avec ce débat qu’il y a eu où certains Ivoiriens se considéraient comme exclus. Des gens qui vivent en Côte d’Ivoire et qui accusent l’administration de vouloir leur retirer la nationalité ivoirienne, puisqu’ils sont originaires de telle ou telle région. Est-ce que vous pensez qu’aujourd’hui on peut sereinement parler de cette question ?
- Madame je vous ai dit au moment où vous étiez en train de parler que vous avez fait fausse route. Je vais vous expliquer pourquoi. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire depuis 1999, ce sont des tentatives de coups d’Etat parce que les gens veulent prendre le pouvoir alors qu’ils ne sont pas élus. Cette réalité est habillée d’une autre façon. Donc, je ne vous suivrai pas sur cette voie. Ici en Côte d’Ivoire nous nous connaissons. Je suis contre ceux qui prennent les armes. Cela ne marche pas.
l Un auditeur voudrait parler de la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire. Vous souvenez-vous, il y a une semaine il y a eu la remise de la clé de la maison des députés et en présence de l’ambassadeur de Chine en Côte d’Ivoire, vous avez déclaré ceci : « Entre la Chine et la Côte d’Ivoire, c’est ton pied mon pied». Est-ce que, Monsieur le Président, on pourrait parler d’une coopération choisie ?
l Quels sont les accords qui tombent en désuétude ?
- L’accord de défense mutuel. Il faisait qu’on demande de l’aide au moment de l’agression contre la Côte d’Ivoire le 19 septembre 2002. Nous n’avons pas reçu l’aide escomptée. Les Français eux-mêmes en ont tiré les leçons parce qu’une personnalité française a dit que ces accords sont désuets. Ce n’est pas moi qui le dis. Je constate comme tout le monde.
l M. le Président, la croissance ivoirienne est remontée à près de 2,5%, c’est une excellente chose ; mais le pays a carrément cessé de rembourser 522 milliards de francs CFA de dette publique. Est-ce que vous envisagez de demander l’inscription sur la liste des pays pauvres très endettés et la reconversion de la dette?
- Mais on l’avait fait depuis longtemps. Au temps du président Bédié il avait fait inscrire la Côte d’Ivoire sur la liste des PPTE (Pays pauvres très endettés), et on devait commencer à effacer la dette de la Côte d’Ivoire depuis mars 2000. Malheureusement entre temps il y a eu le coup d’Etat du 24 décembre 1999, et donc les institutions internationales ont suspendu cette opération. Quand je suis venu et que nous avons repris les relations avec les institutions financières internationales, nous devions aussi, en mars 2003, voir le début de la suppression de la dette de la Côte d’Ivoire. Malheureusement, avant cela, en septembre 2002, il y a eu la guerre que nous connaissons aujourd’hui; le coup d’Etat qui s’est transformé en rébellion. Donc ce n’est pas le fait qui pose problème mais c’est maintenant quand ça sera fait, quand on aura le calme, quand on sera tranquille, quand on sera engagé doucement dans un programme suivi qui sera appliqué jusqu'à son terme, je pense que cela se fera.
l Monsieur le Président, que se passerait-il en octobre prochain si les délais des élections présidentielles ne sont pas tenus pour des problèmes techniques ou autres ? Deuxième question, ces dernières semaines on vous a entendu citer abondamment les versets de la Bible au cours de vos meetings et vous promettez de chasser les démons de la Côte d’Ivoire. Pouvez-vous nous nommer exactement ces démons qui menacent selon vous l’avenir de la Côte d’Ivoire ?
- Mais je pense que celui qui fait la guerre contre son pays pour prendre le pouvoir est un démon. Ça je crois qu’il ne faut pas être sorti de la cuisse de Jupiter pour comprendre ça.
l L’appellation est assez surprenante…
- Oui, peut-être que l’appellation est assez surprenante mais le fait, lui, il est là. Le fait est devant nous. Moi, je n’ai jamais compris que des gens puissent vouloir régler les problèmes de la prise du pouvoir par les armes; je n’ai pas compris ça. J’ai fait toute ma vie sans envisager cela. Donc je ne comprends pas que les autres aient recours a cela
l Si par exemple il y a un autre coup d’Etat, parlons franchement, je touche du bois bien sûr, vous êtes destitué. Est-ce que vous ne serez pas tenté de prendre les armes parce que ce pouvoir, il vous appartient, c’est la rue qui vous a mis là ?
- Ce n’est pas la rue qui m’a mis là. C’est les urnes qui m’ont mis là.
l Les urnes et la rue quand même…
- Non, attendez …bien entendu contre un voleur de pouvoir on utilise la rue. On a fait des élections. Pendant qu’on est en train de dépouiller les bulletins, on arrête le président de la Commission nationale électorale, on le séquestre et on arrête de faire le décompte. Alors, les gens descendent dans la rue et ils disent non, il faut reprendre.
l Vous les avez incités à aller dans la rue…
- Ah oui, c’est moi qui les ai appelés à descendre dans la rue et je suis fier d’avoir fait ça. Et je pense que pour imposer la démocratie, pour que la démocratie entre dans les mœurs, il faut qu’il y ait des gens qui soient vraiment soutenus par leur peuple, parce que avant moi d’autres ont appelé les gens à descendre dans la rue et personne n’est descendu.
l Et la question de Francis Laloupo ?
- Oui il voulait savoir si il n’y avait pas d’élections en octobre; mais je ne sais pas pourquoi il me pose la question.
l Oui mais quelles sont les dispositions constitutionnelles éventuellement ?
- Elles sont claires. La Constitution de la République de Côte d’Ivoire dit que si pour une raison ou pour une autre et elle cite notamment si pour une attaque contre la Côte d’Ivoire on ne peut pas faire les élections, le président de la Commission électorale, l’organe qui organise les élections, je ne sais plus comment c’est écrit, informe le président de la République qui confère avec le président de la Cour suprême. Et le Président s’adresse à la nation et il reste en fonction. Voilà c’est clair.
l C’est une hypothèse plausible.
- Ce n’est pas une hypothèse, c’est une disposition constitutionnelle.
l Au jour d’aujourd’hui est-ce qu’on peut éventuellement aborder cette hypothèse ?
- Laquelle ?
l Celle que les élections n’auront pas lieu en octobre, il y a des dirigeants africains qui émettent de plus en plus de réserves sur ces délais ?
- Ecoutez, il faut qu’ils parlent de leur pays et nous, qu’ils nous laissent traiter nos affaires. Moi ici, je fais tout avec le gouvernement pour que les élections aient lieu. Elles auraient dû avoir lieu d’ailleurs en 2005. Cet article constitutionnel si vous avez une Constitution de la Côte d’Ivoire prenez-la, c’est l’article 38 de la Constitution de la Côte d’Ivoire.
l Monsieur le Président, vous qui êtes très à cheval sur ces choses-là est-ce qu’on ne risque pas, de report en report, d’arriver à un état d’exception, ce que vous avez combattu durant des années quand même; c’est un mot qui vous effraie, je sais, mais ces reports successifs pourraient amener la Côte d’Ivoire à une sorte de no man’s land constitutionnel ?
- Mais qui est responsable, parce qu’en tout posez-vous la question, qui est responsable, qui a fait la guerre ici ? Moi, j’étais là tranquillement, je gouvernais mon pays, je préparais en même temps les élections de 2005. Qui est responsable ? Si vous, vous vous posez la question de la conséquence sans vous poser la question de la cause, vous êtes en erreur intellectuelle.
l François Soudan, de Jeune Afrique. Alors monsieur le Président, je voudrais parler de vos relations avec la France, plus exactement avec la plupart des dirigeants français actuels avec lesquels comme on le sait, vos relations sont délicates pour ne pas dire conflictuelles (…). Le président Chirac et vous-même, vous ne vous parlez pratiquement plus depuis les événements de novembre 2004. Nicolas Sarkozy, candidat quasiment déclaré à la présidentielle de mai 2007, a prononcé le 19 mai à Cotonou, un discours de politique africaine au cours duquel il a parlé de vous et de votre pays en des termes à peine allusifs et assez crus. Je le cite. Il a dit : “Je vois bien que certains pays d’Afrique avec lesquels la France avait depuis toujours entretenu des rapports d’amitié paraissent aujourd’hui la rejeter. Ceux qui s’en prennent à la France et l’accusent de tous les maux, sont eux-mêmes dans le passé et ils semblent avoir besoin d’un bouc émissaire pour cacher leur propre incurie et s’inventent par ce nouveau mythe une légitimité de façade. Qu’ils trouvent eux-mêmes leur chemin. Peut-être nous retrouverons-nous plus tard”. Alors, certes, Sarkozy ne cite pas directement la Côte d’Ivoire mais chacun l’aura compris. Il suffisait de l’interroger, lui ou ses conseillers, pour savoir que c’est à vous qu’il faisait allusion. Que pensez-vous de ces phrases du ministre d’Etat français ? Et quel commentaire faites-vous de ce malaise persistant, ce long déchirement qui vous oppose, vous le fils d’un ancien combattant de l’armée française, à la France officielle ?
- Je ne ferai pas, vous vous en doutez, de commentaires sur le discours de Sarkozy parce que ça ne me regarde pas ses discours et parce qu’il est en campagne électorale. Je vous signale seulement que Sarkozy avait fait prendre des visas par certains de ses collaborateurs pour préparer sa visite en Côte d’Ivoire, lesquels visas lui ont été donnés par la Côte d’Ivoire. Donc s’il n’est pas venu en Côte d’Ivoire, ce n’est pas nous qui sommes responsables de sa non venue ici. Que, entre Français, ils s’interrogent entre eux et qu’ils parlent, qu’ils règlent leurs problèmes ; moi, je les attends tous.
l Monsieur le Président, est-ce que vous pensez justement qu’avec cette crise qu’on connaît dans les relations entre la France et la Côte d’Ivoire depuis la crise que connaît votre propre pays, est-ce que vous pensez que c’est vraiment une opportunité pour redéfinir les rapports entre vos deux pays ? Dans ce cas-là comment envisagez-vous l’avenir des relations et une nouvelle politique de coopération entre la Côte d’Ivoire et la France? - Mais, moi je suis dans une crise, je ne suis pas encore sorti de cette crise et vous voulez déjà me lancer dans des définitions du futur. Quand on traverse une période comme celle-ci, on prend note ; on prend note de tout et c’est après qu’on aligne ces notes et on voit ce qu’il faut faire. Je prends des notes sur tout ce qui arrive, sur tout ce qui se dit, sur tout ce que j’entends, sur tout ce que je vois et après cela nous verrons. l Mais on vous a entendu justement à certaines occasions parler de révolution, de redéfinition de ces rapports, on vous a même entendu parler de définir cette crise comme une révolution historique, comme un tournant dans l’histoire de la Côte d’Ivoire - Ah oui, vous n’avez pas tout cité, j’ai dit une révolution démocratique qui était en train de se faire et qui a commencé depuis au moins 1990. C’est une révolution démocratique et j’ai dit d’ailleurs au sommet de Tripoli que les Africains seraient bien naïfs de croire qu’en s’engageant dans une telle révolution démocratique ils pouvaient le faire sans payer aucun prix. Donc je suis prêt à payer ce prix-là et nous le payons. Mais il faut qu’on aille résolument dans la direction de cette révolution démocratique ; il faut tourner le dos au parti unique ; il faut tourner le dos à la complaisance ; il faut tourner le dos au fait qu’on ferme les yeux sur telle ou telle combine. C’est ça, nous sommes engagés dans une révolution démocratique et nous avançons. l Monsieur le Président, de nombreux Ivoiriens s’interrogent sur la situation du corps du général Guéi dont on dit qu’il n’est toujours pas inhumé. Compte tenu de la symbolique de l’inhumation et du phénomène funéraire dans la plupart des pays d’Afrique noir, il nous semble qu’il vous revient à vous en tant que président de la République de décider de ce qu’il y a lieu de faire. Que déciderez-vous ?
- Vous vous trompez. Guéi a été un chef d’Etat, Guéi a été chef d’Etat-major, mais il ne revient, en tout cas dans nos coutumes à nous ici en Côte d’Ivoire, il ne revient pas à quelqu’un de fixer la date d’inhumation du corps d’un autre. C’est sa famille et sa famille seule qui doit la fixer. Je dois vous dire que sa famille l’a fixée, elle a publié la date des obsèques et l’Etat est à ses côtés, l’Etat fera son travail. Mais tenez-vous bien, un enterrement c’est un problème de famille, ce n’est pas un problème d’Etat, même si l’homme a occupé de hautes fonctions au niveau de l’Etat. Ce que l’Etat doit faire nous le ferons. En ce qui concerne l’Etat de Côte d’Ivoire, nous rendrons un hommage public et solennel à Robert Guéi mais ça c’est notre devoir. Sa femme a déjà été enterrée parce que sa famille est venue me voir, les enfants sont venus me voir pour dire nous voulons enterrer notre mère tel jour. C’est eux qui ont fixé la date, nous les avons aidés et ils ont déjà enterré Mme Guéi. Pour le général ce sera très bientôt. Et les dates sont déjà dans les journaux.
l Monsieur le président la mort du général Guéi m’amène tout naturellement à vous interroger sur deux choses. La loi d’amnistie qui dispose que les crimes de sang et les crimes économiques sont exclus du champ de l’exonération, que pensez-vous monsieur le Président qu’il adviendra des personnes identifiées comme auteurs de l’activisme des escadrons de la mort ?
- Moi, je ne crois pas qu’il existe ce qu’on appelle les escadrons de la mort parce que on m’a accusé moi-même d’être le cerveau des escadrons de la mort. Tous les procès que j’ai engagés à Paris, je les ai gagnés. D’abord contre Paris Match, j’ai gagné mon procès, Paris Match a fait appel et nous attendons ; j’ai gagné le procès contre Le Monde qui avait barré à sa Une que j’étais un des cerveaux des escadrons de la mort. J’ai gagné mon procès, mon épouse a gagné son procès ; tous ceux qui étaient cités comme nos bras séculiers ont gagné leurs procès contre Le Monde. Ça, c’est une bonne chose. J’étais en Italie quand ce coup d’Etat, qui n’a pas sa place en Côte d’Ivoire, et qui n’a aucun sens, a éclaté. Cette nuit-là, du 18 au 19 septembre, il y a eu au moins 300 morts, dont Me Boga Doudou. J’arrive, on me dit Guéi est mort. On ne me dit pas que Boga est mort. Si c’est moi qui ai tué Guéi, qui a tué Boga Doudou ? Parce qu’ils sont morts la même nuit et dans les mêmes conditions. Quand j’ai gagné le procès contre Le Monde – parce que c’était assez pitoyable, ce qui avait été écrit dans ce journal que je respectais jusque-là –, j’ai demandé et obtenu 1 euro de dommages et intérêts parce que je ne vais pas m’enrichir sur le dos de cadavres. Il fallait que l’on sache que c’est faux, et qu’on instrumentalise des morts pour accuser un régime. Ce n’est pas acceptable. Ce ne sera pas accepté.
COTE D'IVOIRE / COMMUNIQUE RELATIF AU DIALOGUE MILITAIRE ENTRE FANCI ET FAFN A YAMOUSSOUKRO
Vendredi 2 Juin 2006
Le mercredi 31 mai 2006, s’est tenue à l’Hôtel Président de Yamoussoukro, une réunion de travail dans le cadre de la poursuite du dialogue militaire entre les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN).
Cette rencontre présidée par Monsieur le Ministre de la Défense a porté sur les sujets suivants :
- Présentation du Comité de Dialogue Militaire
- Lecture du Chronogramme consolidé portant sur l’actualisation du chronogramme DDR. Les deux Forces ont pris connaissance du chronogramme consolidé des quatre programmes prioritaires.
Elles se sont engagées à poursuivre les opérations de pré regroupement en cours. Une réunion est prévue en vue de l’actualisation du chronogramme DDR.
- Désarmement et Démantèlement des milices. Cette opération est prévue pour commencer le 08 juin 2006.
- Redéploiement de l’Administration. Les FDS et les FAFN ont estimé qu’il est du ressort du politique. Cependant, elles s’engagent à la sécurisation et la création d’un environnement favorable.
La prochaine réunion aura lieu à Abidjan le jeudi 15 juin 2006.
Fait à Yamoussoukro,
le 01 juin 2006
SENEGAL/ NOMINATIONS
Jeudi 1 Juin 2006
Wade change le chef d'Etat major général des armées et nomme Abdoulaye Fall ex-responsable des casques bleus de l'ONUCI à Abidjan
Le général Abdoulaye Fall devient le nouveau chef d'Etat major général des armées à la place du général Pape Khalilou Fall. Ce dernier, selon le décret présidentiel est nommé ambassadeur
COMMUNIQUE DU CONSEIL DES MINISTRES DU MERCREDI 31 MAI 2006
Jeudi 1 Juin 2006
Un Conseil des ministres s’est tenu ce mercredi 31 mai 2006 au Palais de la Présidence de la République, de 11 heures à 14 heures sous la présidence du Chef de l’Etat, son Excellence Monsieur Laurent Gbagbo...
C’est sur une note de gaieté qu’a débuté le Conseil de ce jour. En effet, avant l’examen de l’ordre du jour, le Premier ministre a pris la parole pour souhaiter au nom du gouvernement un joyeux anniversaire au Président de la République, un joyeux anniversaire repris en chœur par tous les ministres présents. Le Président de la République a remercié le Premier ministre et les ministres et la séance s’est poursuivie dans une ambiance plus que détendue.
Le Conseil a démarré par une communication du ministre de la Justice rendant compte de l’opération pilote des audiences foraines.
Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme
La phase pilote des audiences foraines s’est déroulée du 18 au 24 mai 2006 sur les 7 sites initialement prévus: Bangolo, Botro, Bouna, Méagui, Port-Bouët, Sandégué et Tiapoum. 3907 personnes ont été satisfaites dont 3137 ont obtenu un certificat de nationalité. La liste des bénéficiaires des jugements supplétifs et des certificats de nationalité délivrés a été affichée les vendredi 26 et samedi 27 afin de permettre les réclamations éventuelles. Un atelier de restitution est prévu le jeudi 1er juin 2006 en vue de tirer les leçons nécessaires à une organisation parfaite de l’opération proprement dite.
Le Président de la République a félicité le Premier ministre et le ministre de la Justice pour l’organisation de la phase pilote. Pour le Président de la République, il faut laisser la phase pilote se dérouler normalement. A la suite de l’atelier de restitution qui se tiendra le jeudi 1er juin, le Premier ministre entreprendra les aménagements qui assureront la fiabilité et le succès de cette opération. Il s’agit pour le Président de la République et pour tous d’accompagner le Premier ministre dans cette étape décisive. Il faut aller jusqu’au bout pour déboucher sur les élections. Nombreux sont les Ivoiriens qui n’ont pas de papiers. Le besoin est réel. C’est pourquoi, aucun obstacle ne doit s’opposer aux Ivoiriens qui doivent pouvoir se rendre partout en Côte d’Ivoire, dans leur localité de naissance pour obtenir un jugement supplétif. Ceux qui vont pour les audiences foraines doivent trouver un pays ouvert, car il faut que chaque Ivoirien puisse se déplacer librement pour aller partout en Côte d’Ivoire se faire délivrer un papier.
Le Président de la République adhère et soutient l’opération. Le démarrage effectif des audiences devra correspondre avec le regroupement effectif (DDR) pour permettre cette circulation libre. Le Premier ministre a ajouté que les audiences doivent se dérouler de telle sorte que les résultats ne soient contestés par personne. Il faut redoubler de vigilance, lorsque la grande opération sera lancée, pour prévenir toute fraude d’où qu’elle vienne. Les audiences foraines sont la porte d’entrée dans le processus de sortie de crise et il faut veiller à ce que l’opération se déroule dans des conditions de transparence et d’ouverture.
Selon le Président de la République, il y a deux écueils entre lesquels il faut dérouler le processus.
1) - Pour aller à la sortie de crise, il ne faut pas que le processus dérape pour donner aux uns et aux autres des prétextes pour sortir du processus, soit en arguant de fraude massive, soit en arguant que tous les Ivoiriens n’ont pas été pris en compte.
2) - Ne pas permettre les fraudes car il s’agit de préserver la nationalité ivoirienne. Il y a lieu de tout mettre en œuvre au plan organisationnel afin d’empêcher matériellement les fraudes éventuelles. L’atelier de restitution doit donc permettre de renforcer le processus surtout en cette période pré-électorale. Enfin, le Président de la République a tenu à dire au plan de l’observation générale que les choses bougent, les esprits sont plus calmes et plus sereins aujourd’hui qu’il y a quelques mois. Cela explique que les choses bougent, avancent. C’est à nous-mêmes Ivoiriens d’en prendre conscience et d’encourager et de soutenir ceux qui permettent ces avancées.
Abordant son ordre du jour, le Conseil a examiné plusieurs projets de décrets ainsi que des communications. DECRETS
Mesures générales ministère de la Justice et des Droits de l’homme
Un projet de décret portant modalités d’application de la loi 2004-663 du 17 décembre 2004 portant dispositions spéciales en matière de naturalisation. Ce texte rentre dans le cadre des réformes politiques prévues par l’accord de Marcoussis et vient régler, de manière exceptionnelle, la question de la naturalisation des étrangers mineurs ou majeurs au moment de notre indépendance, et qui n’ont pu bénéficier des dispositions spéciales prévues par les articles 17 à 23 de la loi n° 61-415 du 14 décembre 1961 portant Code de la nationalité.
Les bénéficiaires sont les personnes âgées de moins de 21 ans à la date du 20 décembre 1961 et les personnes nées entre cette date et le 25 janvier 1973 date d’entrée en vigueur de la loi du 21 décembre 1972 modifiant la loi de 1961.
De même sont bénéficiaires les personnes qui résident en Côte d’Ivoire avant le 7 août 1960, majeures qui n’ont pas pu exercer leur droit d’option dans les délais prescrits. Les demandes de naturalisation à titre exceptionnel sont adressées au Président de la République accompagnées des documents justificatifs. L’attribution de nationalité entraîne la jouissance immédiate des droits s’y rattachant, hormis les incapacités légales qui produisent leur plein effet. La durée de validité du décret est de 12 mois à compter de sa signature.
Ministère de l’Agriculture Deux décrets portant institution au profit du FIRCA (Fonds interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil agricoles) d’une cotisation professionnelle sur le coton graine d’une part et sur la noix de cajou d’autre part.
Le FIRCA est destiné au financement des programmes de recherche appliquée, de conseil, de formation et de renforcement des capacités des organisations professionnelles agricoles dans tous les secteurs de productions végétales, animales et forestières. A la suite des concertations organisées au sein des deux filières, la cotisation pour la période quinquennale de commercialisation 2006-2010 est fixée à:
-5 francs par kilogramme de coton graine
- 5 francs par kilogramme de noix de cajou
Ministère de la Fonction publique, de l’Emploi et de la Réforme administrative
Un projet de décret portant relèvement des taux d’inscription au concours et fixant le régime général de rétribution des personnels assurant le fonctionnement des jurys d’examens ou de concours, ou accomplissant à titre d’occupation accessoire, une tâche d’enseignement dans certains établissements ou centres d’enseignement de l’Etat. Avec l’augmentation considérable du nombre de concours organisés par la Fonction publique, qui sont passés de 184 en 2000 pour 20.112 candidats à 375 en 2004 pour 41.406 candidats, les charges induites nécessitent la mobilisation de ressources humaines et financières adéquates.
Tenant compte des réalités et singulièrement de la situation financière des candidats, le gouvernement a autorisé un relèvement limité des taux des concours à 2.500 F.CFA.
Mesures Individuelles
Sur présentation des ministres en charge des départements concernés, et après délibérations, le Président de la République a signé plusieurs décrets portant nomination du Président de la Commission nationale de supervision de l’identification, du Secrétaire général de la Commission nationale pour l’UNESCO, ainsi que de Directeurs d’administration centrale aux ministères de l’Intérieur, de l’Education nationale, des Transports, de la Production animale et des Ressources halieutiques, de la Famille et des Affaires sociales, de l’Industrie et de la Promotion du secteur privé, de la Jeunesse, de l’Education civique et des Sports.
Fait à Abidjan, le 31 mai 2006
Prof. Hubert Oulaye
de l’Emploi et de la Réforme administrative
Porte-parole du Gouvernement.
COTE D'IVOIRE / CAP-VERT / COOPERATION RENFORCEE
Jeudi 1 Juin 2006
Dans le cadre du renforcement de la coopération entre la Côte d'Ivoire et les Iles du Cap-Vert , S.E.Madame Fatimata TOURE SY , Ambassadeur a effectué une mission de travail à PRAIA ou elle a rencontré les Responsables du Port Autonome , de la Chambre de commerce et d'industrie , des opérateurs économiques , de l'Agence des Investissements après avoir été reçue en audience par S.E.Pedro PIRES , Président de la République à qui , Madame l'Ambassadeur a fait le point sur les avancées du processus de paix .
Madame l'Ambassadeur était accompagné du Conseiller commercial de l'Ambassade , M.GNANZOU KOUTOUAN.
M.LIMA ,Ambassadeur ,Conseiller diplomatique du Président capverdien a assisté à l'audience.
SENEGAL / CELEBRATION DE LA JOURNEE DE L'AFRIQUE PAR LES AMBASSADEURS AFRICAINS ACCREDITES AU SENEGAL
Jeudi 1 Juin 2006
La célébration de la journée de l’Afrique, placée sous le thème « travaillons ensemble pour l’intégration et le développement de l’Afrique», s'est tenue le jeudi 25 Mai 2006 à Dakar. Organisées par le groupe des Ambassadeurs africains au Sénégal, deux manifestations ont eu lieu: une cérémonie solennelle tenue dans la matinée au Théâtre Daniel SORANO et une soirée culturelle à la Résidence de l’Ambassadeur d’Egypte. Y ont pris part de nombreuses hautes personnalités, représentant les institutions publiques et privées du pays hôte, le Corps diplomatique, et les communautés des 24 pays africains représentés au Sénégal.
La cérémonie solennelle a été ouverte par l’hymne de l’Union Africaine, suivie de la projection d’un film documentaire sur l’Afrique, puis d’un récital de poèmes de Léopold Sédar Senghor et d’autres poètes de la Tunisie, Gabon, Cote d’Ivoire, Mali, Madagascar, Cameroun et du Sénégal. Le fameux tub «Africa » du chanteur sénégalais, Ismaël Lô, ainsi que les danses des troupes de la Guinée et du Gabon ont agrémenté la cérémonie.
Par ailleurs, dans son allocution de bienvenue, Son Excellence Monsieur Emmanuel MBONJO-EJANGUE, Doyen du Corps diplomatique, après un bref aperçu historique, a mis l’accent sur les principaux objectifs de l’Union.
Le Message de Son Excellence Monsieur Denis SASSOU NGUESSO, Président en exercice de l’Union Africaine, a été lu par SEM Valentin OLLESSONGO, Ambassadeur de la République du Congo. Celui-ci a mis en lumière la nécessité pour les africains de procéder à un changement d’attitude à tous les niveaux – local, national, régional et continental – et de réorienter les énergies et efforts vers la mobilisation de leurs ressources humaines et matérielles, afin de réaliser le vaste objectif d’édification d’une Afrique intégrée et développée.
Pour sa part, représentant Son Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République du Sénégal, Monsieur Kader SOW, Ministre d’Etat à la Présidence, dans son discours, a fait appel à la coopération de la communauté internationale pour l’édification d’une Afrique unie et prospère.
Concernant la soirée culturelle, elle a été rehaussée par une exposition d’œuvres d’art mettant ainsi en valeur les richesses culturelles des pays africains, la prestation des groupes artistiques, dont ceux du Cameroun, Cap Vert, de la Guinée, de la Mauritanie, du Gabon et plus spécifiquement les talentueuses danseuses de l’Egypte.
Le clou de la soirée a été la présentation et le partage des mets et spécialités des pays africains qui ont été fortement appréciés. Citons, entre autres, le Thieub dieune du Sénégal, le Pastilla et le couscous du Maroc, le Catchioupa du Cap-Vert, le Caldeirada de la Guinée-Bissau, le Rechta de l’Algérie, le Tajin de la Tunisie, le Tamia de l’Egypte, le Varanga de Madagascar, le Tameia du Soudan, l’Odika du Gabon, le Garri Foto du Ghana, le Fonio de la Guinée, le Ndolé et le Missolé du Cameroun… , l'attiéké et l'aloco de Côte d'Ivoire ont été fort appréciés par les nombreux invités. Les mets ont été, en plus, bien arrosés par les vins d’Algérie et de l’Afrique du Sud.
Enfin, la soirée dansante animée par les variétés musicales des pays du continent a clôturé la célébration de la journée de l’Afrique, dans une ambiance conviviale et surchauffée.
A l'ANNEE PROCHAINE POUR D'AUTRES DIVERTISSEMENTS LORS DE LA SECONDE EDITION D'UNE JOURNEE TRES MEMORABLE