SOMMET DE LA FRANCOPHONIE / INTERVIEW DE M.ABDOULAYE WADE PRESIDENT DU SENEGA L SUR LA SITUATION EN COTE D'IVOIRE ET LES DIFFERENTES MEDIATIONS
Jeudi 28 Septembre 2006
Wade : “ Je n’ai pas apprécié les initiatives de Mbéki ”
Le chef de l’Etat sénégalais réitère ses propositions pour le retour à la paix en Côte d’Ivoire et porte des critiques sur la médiation conduite par le président Thabo Mbeki.
Quelle est la solution pour la sortie de crise en Côte d’Ivoire, le statut quo institutionnel, le renforcement du pouvoir du Premier ministre ou une troisième formule ?
Si j’avais la solution, il y a longtemps que je l’aurais donnée. La question a été envoyée à la CEDEAO et cette instance va se réunir incessamment. J’ai parlé au président. On va se réunir et chacun va apporter ses idées ou des solutions. Il y a un problème de fond en Côte d’Ivoire. C’est qu’il y a une classe politique en Côte d’Ivoire qui depuis quelques années n’arrive pas à mettre en place un gouvernement. Il faut qu’ils acceptent de se faire des concessions mutuelles. Il faut bien qu’ils acceptent de se départager par un système électoral ou autre. A partir de ce moment-là, il y aura une solution.
Est-ce qu’on peut imaginer une solution du type Congo Kinshasa 1 + 4 comme l’a proposée le président gabonais Omar Bongo pour la Côte d’Ivoire ?
Je n’ai pas de proposition a faire parce que j’ai déjà fait une proposition. J’avais dit qu’il faut une pause de deux à trois ans en Côte d’Ivoire, mettre les partis en veilleuse, faire diriger la Côte d’Ivoire par des technocrates. Et puis on dit aux hommes politiques, j’espère que vous avez réfléchi déjà sur les conséquences de vos attitudes déraisonnables. Maintenant vous pouvez déposer des statuts d’un parti politique. En ce moment là on arrivera à des résultats et j’espère que les hommes politiques créeront de nouveaux partis politiques qui, peut être, supprimeront les barrières qui existent aujourd’hui entre eux. On n’a pas à les nommer, enfin on trouvera des solutions.
Est-ce qu’a votre avis la réunion à Ouagadougou entre Compaoré, Mbéki et Gbagbo a fait avancer les choses ou les a compliquées ?
Vous savez, je n’ai pas apprécié les initiatives de M. Mbeki qui est quand même un chef d’Etat au moins. En Afrique nous avons cette liberté accordée au chef d’Etat parce que nous sommes Africains et ce sont des liens qui existent entre nous qui permettent de nous occuper des affaires des uns et des autres. Aujourd’hui, moi je suis pleinement dans l’affaire du Darfour alors que je suis à des milliers de kilomètres.
Donc il faut comprendre M. Mbeki qui pense qu’il peut faire quelque chose. Parce qu’il n’est pas allé en tant que président du comité de paix et de sécurité. Le président Thabo Mbéki lie une vieille relation d’amitié avec le président Laurent Gbagbo. Cela aidant, je pense que çà n’a pas été un succès puisqu’il y a au moins deux des invités qui ne sont pas allés, je parle du président ATT et du président Tandja. Çà n’a pas abouti et çà ne pouvait pas aboutir. Je pense que quand la CEDEAO est saisie, il faut laisser la CEDEAO s’occuper de la question et non pas aller créer un groupe ou des sous-groupes informels qui ne peuvent, peut-être, exprimer une bonne volonté d’une personne ou de plusieurs personnes mais qui n’ont aucune valeur de légitimité.
Source "L'Inter"
SOMMET DE LA FRANCOPHONIE A BUCAREST EN ROUMANIE / INTERVIEW DE M.JACQUES CHIRAC PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE
Jeudi 28 Septembre 2006
Les principaux points abordés par Jacques Chirac
L'absence d'Emile Lahoud, le président du Liban
Je regrette une polémique qui n'a pas lieu d'être et à laquelle je n'entends pas participer. Les invitations pour un sommet francophone sont de la compétence exclusive du président du pays qui reçoit. Donc le président roumain a décidé ce qu'il convenait de faire en ce qui concerne les invitations. J'ajoute qu'il a sans doute consulté le Secrétaire général de la Francophonie mais qu’il ne m’a pas consulté. Je tiens à vous le dire, qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur ce point. Le président roumain s’est référé, non pas à des questions de personne ou à des questions de politique, mais aux déclarations et aux résolutions de l’Organisation des nations unies. Cela ne mérite pas de polémique.
La situation au Liban
Il y a toujours un risque mais aujourd’hui la situation me paraît relativement stabilisée et je souhaite que tous les Libanais, quel que soit leur engagement personnel, comprennent qu’il est essentiel pour l’avenir de leur pays, pour la démocratie, qu’ils soient réunis et rassemblés autour d’un Etat. Or il n’y a pas d’Etat s’il n’y a pas d’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Il est donc très important de faire en sorte que le Liban, par sa propre initiative, rétablisse l’autorité de l’Etat et notamment que les milices n’aient plus cours. Il n’y a pas d’Etat avec des milices sur une partie de son territoire. En revanche, s’agissant du Hezbollah –qui représente beaucoup au Liban-, il a une vocation légitime à être un parti politique associé normalement à la vie politique et démocratique du Liban. Je le souhaite et c’est un peu l’orientation qui est prise en ce moment
Désarmer le Hezbollah ?
Ce qui est essentiel c’est que ce désarmement soit fait au terme d’une discussion interne entre Libanais eux-mêmes, c’est à dire entre le gouvernement et le reste de la population du Liban. C’est un processus de politique interne. Ce n’est pas un processus imposé de l’extérieur et par la voie des armes.
Un élargissement supplémentaire de l’Europe ?
L’élargissement, il y a le principe et la pratique. Le principe, c’est que l’élargissement est, par définition, souhaitable parce que l’élargissement c’est l’enracinement de la paix et de la démocratie. Et la paix et la démocratie n’ont pas de frontières. Nous devons avoir tout naturellement l’ambition de développer la paix et la démocratie partout. Donc, théoriquement, l’élargissement est souhaitable. Et puis, il y a la pratique. La pratique, c’est que l’on ne peut pas s’organiser à beaucoup sans qu’il n’y ait des conséquences. […] Il faut un vrai débat sur l’élargissement au sein de l’Union européenne et il faut, pour ce qui concerne la France, qu’elle reste maîtresse de sa décision par la voie du référendum pour tout élargissement nouveau.
L’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie au sein de l’Union européenne
La Roumanie, comme la Bulgarie, ont fait des efforts considérables pour adopter l’acquis communautaire, c'est-à-dire nos règles de vie, et ça ne se fait pas instantanément. Alors, comme dans les élargissements précédents, la Commission, à juste titre, a remarqué qu’il y avait des faiblesses dans leur dispositif et, que, par conséquent, elle disait : oui, mais. Oui à l’entrée, mais vous devez impérativement corriger un certain nombre de faiblesses notamment dans le domaine agricole, dans le domaine financier, dans le domaine de la corruption, dans quelques domaines de cette nature.
Etes-vous afro-optimiste ?
L’Afrique c’est aujourd’hui 900 millions d’habitants mais […] ce sera 1,8 milliard d'habitants en 2050. […] Nous avons une Afrique où la population augmente considérablement et où les conditions de vie se dégradent sur le plan climatique. […] L’Afrique aura cette année entre 5 et 6 % de croissance de son PIB mais ce n’est pas suffisant pour assumer l’augmentation de la population, par conséquent, il n’y a pas 36 solutions. Les gens ne quittent pas leur village, leur pays, leur terre par goût. Ils le quittent par nécessité. Il n’y a pas d’autre solution qu’une augmentation importante de l’aide publique au développement si l’on veut faire évoluer normalement l’Afrique. [..] On considère qu’il faut, en gros, 100 milliards de dollars de plus par an pour l’aide publique au développement si l’on veut éviter les drames que l’on peut envisager. Cette aide, nous ne la sortirons pas des budgets des Etats. Ce n’est pas la peine d’y penser.[…] Il faut d’autres financements. [..] Ce que je veux, c’est que l’on mette en place des financements qui permettent de prendre une petite partie de l’augmentation annuelle de la richesse mondiale et de l’augmentation annuelle du commerce international pour le distraire au profit de l’aide au développement.
La situation politique en Côte d’Ivoire
Je pense qu’il n’y a pas d’autre solution qu’une prise en main de cette situation par les Africains. Quand je dis Africains, cela veut dire l’Union africaine et notamment la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), c'est-à-dire les gens de la région. Ce n’est pas à des étrangers d’imposer leur point de vue.
Renforcer les pouvoirs du premier ministre ivoirien ?
On ne peut pas avoir un gouvernement qui n’a pas d’autorité. Et donc, je considère que M. Konan Banny est un homme de sagesse qui n’est pas impliqué dans la défense d’intérêts particuliers en Côte d’Ivoire, qui incarne donc l’intérêt général. Je serai, pour ma part, tout à fait favorable à ce qu’une disposition constitutionnelle lui permette d’avoir les pouvoirs les plus larges possibles.
La situation au Darfour
On peut considérer que nous sommes à la veille d’une nouvelle crise humanitaire grave, très grave et qui ne manquera pas, à juste titre, d’émouvoir le monde entier. […] Je ne crois pas qu’il faut agir dans cette affaire en menaçant. Je crois qu’il faut convaincre. Et je pense qu’il faut faire prendre conscience aux pays arabes qui ont été tentés de soutenir la position du président Béchir qu’il ya des conséquences et qu’il faut tout faire pour trouver une solution politique qui permette en clair au président soudanais d’accepter les troupes de l’ONU. Il n’y a pas d’alternative à cela.
Source RFI
COTE D'IVOIRE / COMMUNIQUE DU RDR DE M.ALASSANE DRAMANE OUATTARA
Jeudi 28 Septembre 2006
Le Secrétariat Général du RDR s’est réuni ce jeudi 28 septembre 2006, de 16H à 18H, au siège du Parti, à la rue Le Pic, à Cocody, sous la présidence de Mme la Secrétaire Générale du RDR, le Prof. Henriette Dagri-Diabaté.
L’ordre du jour a porté sur l’analyse de la situation sociopolitique.
Le Secrétariat a noté que cette situation a été essentiellement marquée par les événements suivants:
- La réunion sur la sortie de crise convoquée par le Secrétaire Général de l’ONU, Son Excellence Monsieur Kofi ANNAN le 20 septembre à New-York, à laquelle le Président du Parti, le Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara a pris part ;
- Les graves menaces du Colonel Blé Dogbo, Commandant de la Garde Républicaine contre le Président du RJR, Yayoro Karamoko ;
- Le scandale des déchets toxiques déversés, de manière criminelle, à travers le district d’Abidjan.
1) La réunion du 20 septembre, à New York.
Le Secrétariat Général a attentivement suivi le compte rendu du déroulement de cette réunion et pris acte des audiences et contacts utiles que le Président du Parti et sa délégation ont eus, à cette occasion, avec de hauts responsables de l’Administration américaines, et des sommités du monde diplomatique africain et américain des Nations Unies.
Le Secrétariat Général adresse ses félicitations au Président du parti, le Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara et l’assure de tout son soutien.
Le Secrétariat général tient à remercier les Présidents Denis Sassou N’gesso de la République du Congo, Blaise Compaoré de la République du Burkina Faso, John Kuffor de la République du Ghana, ainsi que tous les amis de la Côte-d’Ivoire qui, une fois de plus, ont démontré leur engagement constant, dans la recherche de la paix dans notre pays, et de le voir ainsi renouer rapidement avec le progrès social.
Il remercie tout particulièrement Son Excellence Monsieur Kofi ANNAN, Secrétaire Général de l’ONU, qui, en invitant de façon officielle les principaux acteurs de la crise ivoirienne, a offert une tribune d’échanges multilatéraux qui a permis de réfléchir sur des pistes de sortie de crise.
Le Secrétariat Général s’est déclaré satisfait de cette réunion et a souscrit, sans réserve, aux propositions faites dans la perspective de la transition ; celles-ci se résumant en cinq points :
- Suspension de la Constitution
- Renforcement du pouvoir exécutif du Premier Ministre
- Mise en place d’un Conseil de la République
- Renforcement et adaptation du mandat des Forces Impartiales (ONUCI et Licorne)
- Renforcement des pouvoirs du représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU et du Haut représentant chargé des Elections.
Le Secrétariat Général s’est inquiété du rôle ambigu joué par Monsieur Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l’Union Africaine et Monsieur Thabo Mbeki, Président de la République d’Afrique du Sud, Médiateur dans la crise ivoirienne.
Le Secrétariat Général a noté, par ailleurs, avec surprise, les visites du Président Thabo Mbeki en Côte d’Ivoire, puis au Burkina Faso, avec le Président Gbagbo, alors que des réunions de la CEDEAO et de l’Union Africaine sont prévues dès le début du mois d’octobre pour réagir aux propositions de la réunion du 20 Septembre, à New York.
Compte tenu de cette attitude du Président MBeki, du nouveau cadre de médiation défini par la résolution 1633 avec notamment la mise en place d’un Groupe de Médiation Quotidienne et d’un Groupe de Travail International et, en raison du risque de voir se dévoyer le processus de paix, le Secrétariat Général demande aux responsables du RHDP de récuser le Président Sud-Africain qui a fait preuve de partialité, dans le rôle de médiateur.
2) Les menaces du colonel Blé Dogbo, commandant de la garde républicaine
Suite au compte rendu du Président du Rassemblement des Jeunes Républicains (RJR) et Président en exercice du Rassemblement des Jeunes Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RJDP), le Secrétariat Général a condamné avec la dernière énergie les menaces de mort proférées par le colonel Dogbo Blé Bruno, Commandant de la Garde Républicaine, contre Monsieur Karamoko Yayoro, le Jeudi 21 Septembre.
Le Secrétariat Général apporte son soutien total au mot d’ordre du RJDP et invite tous les militants du RDR à se tenir prêts à descendre dans la rue à la moindre manifestation des « patriotes » et à y demeurer jusqu’à l’obtention d’une transition véritable pouvant conduire à l’organisation d’élections justes, équitables et démocratiques.
Le secrétariat Général encourage le Président du RJR à donner une suite judiciaire à cette affaire et tient d’ores et déjà le Colonel Dogbo Blé Bruno pour responsable de toute atteinte à l’intégrité physique de Monsieur Karamoko Yayoro.
Enfin, le Secrétariat Général rappelle aux forces de l’ordre leur devoir Républicain et les invite à mettre fin à ces abus et ces dérives, contraires à l’exercice de la Démocratie.
3) Les suites de l’affaire des déchets toxiques
Le Secrétariat Général note avec satisfaction que, conformément aux recommandations du Bureau Politique du 12 septembre tenu sous la Présidence du Président du Parti, le Gouvernement s’est effectivement investi dans la gestion des suites de cette véritable catastrophe humaine et écologique. Il tient par ailleurs à remercier le gouvernement français pour la promptitude avec laquelle il a apporté son assistance face à ce drame.
Il déplore, cependant, le retard mis dans la diffusion des résultats des enquêtes en cours.
Le Secrétariat Général dénonce dans le cadre de ces enquêtes, les visites quasi quotidiennes rendues par le Procureur de la République au Chef de l’Etat.
Pour le Secrétariat Général, une telle relation laisse entrevoir une volonté manifeste de manipuler les résultats de l’enquête.
Enfin, le Secrétariat Général condamne l’agression dont a été victime le Président du MFA, Monsieur Anaky Kobéna, dans le cadre de cette affaire et note qu’une telle situation aurait pu être évitée si les résultats de l’enquête étaient régulièrement communiqués.
Aussi le Secrétariat Général réclame-t-il, pour la paix civile, que l’impunité cesse d’être la règle dans notre pays et que les coupables soient identifiés et sanctionnés
Fait à Abidjan, le jeudi 28 septembre 2006.
Pour Le Secrétariat Général
Mme La Secrétaire Générale
Pr Henriette Dagri-Diabaté
INTERVIEW DU PRESIDENT LAURENT GBAGBO SUR TELE SUD
Jeudi 28 Septembre 2006
Dans un entretien accordé à la télévision panafricaine basée en France, avec des représentations en Afrique, l'homme fort du pouvoir ivoirien donne sa conception du rôle du chef de l'Etat. Et sa vision des résolutions des crises en Afrique.
En marge des pourparlers de Marcoussis, s'est tenu le sommet de Kléber, quel était votre état d'esprit pendant la signature du décret de nomination du Premier ministre d'alors Seydou Elimane Diarra ?
Vous savez, ce n'est pas en marge. C'est après Linas Marcoussis qu'il y a eu Kléber. Bien sûr quand je suis arrivé pour assister à Kléber, Linas Marcoussis était achevé et c'est comme ça que j'ai découvert Linas Marcoussis. C'est un mauvais accord, il n'aurait jamais dû être signé. Mais comme il a été signé, il fallait l'endosser.
Mais votre parti était présent.
Oui, mais ce n'est pas moi. Le président de la République n'est pas d'accord. Le président de la république n'est pas chef de parti. Je me suis battu toute ma vie politique pour que le président de la République ne soit pas chef de parti et c'est pourquoi il ne faut pas mélanger les partis et l'Etat. Quand on n'a pas un sens élevé de l'Etat, on ne peut pas être chef d'Etat. Et il faut dissocier vraiment les deux. Alors pour ne pas créer une crise dans une crise, je l'ai endossé. Mais c'est un mauvais accord ; c'est pourquoi je dis et je répète aux africains qu'il faut que nous nous appropriions la solution à nos problèmes, nos crises. Parce que cet accord n'aurait jamais été signé dans une capitale africaine et tous les chefs d'Etats que je rencontre, c'est ce qu'ils me disent. Certains sont obligés de dire que c'est bon mais je pense que c'est un mauvais accord.
Pendant la mise en œuvre de ces accords-là, on vous accuse vous et votre parti d'être les principaux obstacles.
Mais j'ai fini d'appliquer l'accord.
Quelle a été justement votre contribution ?
Mais j'ai fini d'appliquer l'accord, les opposants civils et armés ont demandé un certain nombre de reformes. Je les ai toutes faites.
Mais ils ont failli affaiblir votre pouvoir, parce que le décret que vous avez signé pour le Premier ministre est un arrêt de votre politique ?
C'est justement pour cela qu'il y a eu le coup du 19 septembre 2002. Vous comprenez qu'on est dans une situation où l'affaire a été mal réglée. Je dis toujours que faire cela c'est donner une prime à la rébellion. C'est encourager les rébellions en Afrique. Donc moi je suis assez fort pour résister, c'est pourquoi j'ai endossé les accords de Linas Marcoussis parce que je connais mes forces. Mais je conseille aux autres Africains de ne jamais accepter une telle situation parce qu'elle est mauvaise et ils n'auront pas forcément les forces comme moi pour résister.
Pourquoi en novembre 2004, vous avez pris la lourde décision d'attaquer les positions des rebelles à Bouaké ?
C'était la seule chose qu'il fallait faire et je ne regrette pas. C'était la seule chose qu'il fallait faire au moment où les rebelles refusaient de désarmer ostensiblement le désarmement; ils parlaient avec arrogance, avec morgue, avec mépris. Il fallait leur rappeler qu'ils sont dans un Etat organisé qui peut les frapper où qu'ils soient à n'importe quel moment. C'était la seule chose. Depuis le ton a changé, les choses ont évolué.
Et en prenant cette décision, vous tuez des Français.
Oui mais ça c'est un autre problème. On n'a pas pris une décision pour aller tuer des Français. Vous le savez, mais des Français sont morts ; je demande qu'il y ait des enquêtes pou voir si la Côte d'Ivoire est responsable. Si cela est démontré, je présenterai des excuses à la France. Mais tant que les enquêtes n'ont pas lieu, je suis là. Mais je dis en ce qui concerne les positions de la rébellion qu'il fallait prendre ses responsabilités et cela a débloqué pas mal de choses.
Quelle est la nature des relations entre la Côte d'Ivoire et la France et particulièrement entre vous et le Président Chirac ?
Il ne faut pas personnaliser les rapports: ils ont été exécrables ; parce que moi je comprends si les Français considèrent que nous avons tué leurs soldats et surtout si certains d'entre eux considèrent que nous les avons tués exprès, je comprends qu'ils se braquent. Mais nous ne les avons pas tués exprès, et moi je demande toujours qu'il y'ait une enquête pour comprendre comment ils ont été tués. Je suis prêt, si les enquêtes démontrent que mes soldats sont coupables, à les punir et à présenter mes excuses à la France. Mais déjà j'ai pris des mesures. Dès que cet incident a eu lieu, j'ai débarqué la chaîne de commandement qui dirigeait les opérations. Je veux dire le chef d'état-major et le commandant de l'armée de l'air; je les ai dégagés. Je ne les ai pas punis, parce que je ne sais s'ils ont fait une faute mais je les ai mis à l'écart pour que l'enquête ait lieu. Donc j'ai eu une attitude normale de chef d'Etat.
Et contre attente, la France détruit votre flotte aérienne, attaque votre résidence, tire sur les jeunes patriotes. Autant d'interrogations qui méritent d'être élucidées monsieur le président ?
Oui, je veux dire que la vie politique n'est pas un long fleuve tranquille. Et moi je suis préparé pour les temps difficiles que je vis. Dieu m'a aussi préparé pour les temps difficiles. Je ne sais pas ce qu'aurait fait un autre Ivoirien dans ces circonstances. Certains sont venus me dire, en ce moment-là, de fuir ma maison. Moi Gbagbo Laurent, président de la République de Côte d'Ivoire, vous m'imaginez en train de fuir ma résidence sous prétexte que des soldats étrangers sont prêts devant sa résidence ? Mais cela ne se verra jamais, ce n'est pas possible. Si je dois mourir, je mourai dans ma résidence. Pas ailleurs. Donc ceux qui ont pensé cela parmi les Ivoiriens comme parmi les étrangers, ils se sont trompés. Le chef de l'Etat, si je ne peux pas mourir pour mon pays, ce n'est pas la peine d'être candidat à la présidence de la République. Je ne cherche pas la mort mais si elle vient me trouver dans ma fonction, je l'accepte.
Vous vous expliquez facilement les jeunes de la galaxie patriotique dans la crise…
Mais pourquoi vous dites " vous vous expliquez " ?
Oui mais quand les jeunes sont dans la rue, c'est que vous…
Pourquoi vous dites ça ? Voilà la vérité; on a attaqué la Côte d'Ivoire mais on ne voit pas ce qu'il y a derrière. Des Ivoiriens, hommes, femmes, jeunes, vieux se lèvent et se dressent contre la guerre. C'est cela et je suis d'accord.
Mais est-ce que ce n'est pas un danger pour l'avenir ?
Pourquoi ? On veut détruire la Côte d'Ivoire par la guerre civile, des Ivoiriens se dressent et disent non à la guerre. Et je suis fier d'eux. Et on ne me fera pas dire le contraire. Quand la France a été attaquée, mon père était dans l'armée mais l'armée française a été battue en 1940. Et après quand la France a été occupée de parties en parties il y avait des résistants, il y avait des gens qui faisaient des manifestations, il y avait des gens qui s'organisaient pour liquider des soldats allemands. Mais je suis d'accord avec eux. Autant je suis d'accord avec les Français, résistants d’hier, autant je suis d'accord avec les patriotes d'aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Il n'y a pas deux poids deux mesures. Je l'étais hier, je le suis aujourd'hui et je le serai demain.
La Côte d'Ivoire, votre pays, était considéré comme un pays infréquentable, sensible, à hauts risques. Quel est l'état des lieux aujourd'hui monsieur le président ?
Mais tous ces adjectifs que vous avez utilisés ne correspondent pas vraiment à la réalité. Parce que durant cette crise, nous avons continué à avoir des amis, des gens qui sont venus nous voir. Notre port est resté le deuxième port d'Afrique après le port de Durban (Afrique du Sud). Pour l'année 2005, nous sommes passés de 17 millions de tonnes de marchandises à 18 millions 500 mille tonnes de marchandises. Le pourcentage de bateaux admis est de moins 5% de bateaux mais de 17 millions à 18 millions et demi de tonnes de marchandises ; c'est-à-dire que des bateaux plus volumineux ont amené des marchandises plus nombreuses dans notre port. C'est une croissance positive, même si elle était de 1 ; 1 virgule et quelques…Nous sommes là, nous sommes debout, la Côte d'Ivoire est en guerre, on dit tout mais la Côte d'Ivoire est débout. Et c'est cela l'essentiel.
Les voisins, le Sénégal, le Ghana, la Guinée, le Bénin ont commencé à arranger leurs ports pour ravir le monopole.
Cela veut dire qu'ils nous considèrent comme les plus forts. Oui parce que quand quelqu'un est malade, c'est en ce moment-là que vous arrangez pour essayer de lui ravir le monopole. Ca veut dire que vous le considérez comme fort. Mais nous sommes toujours là. Toujours les premiers au niveau de l'économie dans l'espace UEMOA, et dans l'espace CEDEAO nous sommes deuxième après le Nigeria. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Mais, ce n'est pas su.
Ceux qui doivent le savoir le savent; c'est-à-dire le Fonds monétaire, la Banque mondiale, la BCEAO, la BAD, tous ceux qui doivent le savoir le savent. Mais, sinon comment savez-vous que nous vivons?
Les fonctionnaires ne sont pas payés…
Les fonctionnaires sont payés, les gens vont à l'hôpital, les gens viennent nous demander de l'aide. C'est dire que nous continuons à vivre normalement. Comment croyez-vous que nous vivons ? Ce n'est pas de l'orgueil mais il faut reconnaître que la Côte d'Ivoire est un pays essentiel dans cette union. Et que cette guerre-là n'a pas pu entamer ce caractère essentiel de la Côte d'Ivoire. La musique, l'art, tout cela continue de fleurir…
Et votre pays a été qualifié pour la coupe du monde pour la première fois d'ailleurs. Comment vous avez vécu ce moment-là ?
Ah mais c'était un moment fantastique pour la jeunesse.
Et le résultat ne vous disait rien ?
Non, non ! Nous ne participions pas pour participer; nous voulions gagner. Nous avons fait des éliminatoires qui n'étaient pas du tout faciles et nous nous sommes qualifiés. C'est la première fois que la Côte d'Ivoire se qualifie.
Cela en foi et sous votre mandat.
Sous mon mandat mais surtout ce n'est pas moi l'élément le plus fondamental. C'est pendant la guerre, c'est cela le plus important. Au moment où on croit que le pays est tombé, méprisé, rayé c'est en ce moment-là que les jeunes ivoiriens disent non. Les filles ivoiriennes se sont qualifiées pour le handball à Moscou, nos judokas ont remporté tous les trophées de la Francophonie, nos footballeurs se qualifient pour aller à la coupe du monde. Mais quel est ce pays-là ? Nous gagnons les tournois de basket en clubs comme en Nations. Quel est ce pays-là, qui au moment où on le croit à terre, il n'est pas à terre? C'est aussi le caractère incontournable de notre pays. J'invite tous les Etats de la sous région à se joindre à nous, à nous aider à faire passer la crise. En nous aidant, ils s'aident eux-mêmes. Il ne faut pas que les gens disent : " Oui, on n'aime pas Gbagbo ". Gbagbo n'est pas leur problème. Les Ivoiriens mettent à la tête de la Côte d'Ivoire celui qu'ils veulent; c'est Gbagbo que les Ivoiriens ont mis là. Ils doivent se joindre à lui pour mettre fin à la crise. En aidant l'Etat, Gbagbo et la Côte d'Ivoire, ils s'aident eux-mêmes. Tant que les gens ne raisonnent pas comme ça ce sont eux-mêmes qui auront des problèmes.
On va parler de l'actualité, vous étiez récemment au Liberia et puis il y a un incendie qui s'est déclenché quelque part. Avec le recul dans votre méditation profonde, ne sentez-vous pas une main criminelle derrière cet incendie?
Moi je n'ai pas à douter, on est au Liberia. Le problème, les enquêtes, la décision appartiennent au Liberia. Quand nous sommes sortis de la présidence de la République où l'incendie a eu lieu, nous nous sommes retrouvés, Mme Ellen Johnson, le président Kufuor et moi-même, je lui ai demandé : "Madame est-ce que vous pensez que c'est un court-circuit ? " Elle a dit : " Non, ce n'est pas un court circuit, nous savions qu'ils préparaient quelque chose pour le pays ". J'ai dit : "Mais qui ''ils'' ? Est-ce votre opposition ? " Elle a dit : " Ce sont des gens de Taylor ". Donc si les enquêtes ont lieu et qu'elles prouvent le contraire, je pense qu'elle va me dire. De toutes les façons, j'ai envoyé une délégation pour prendre les nouvelles du pays. Mais je pense qu'on est au Liberia, c'est ce que le chef d'Etat du Liberia me dit que j'écoute.
D'où tenez-vous cette force pour résister seul à la communauté internationale ?
Mais je ne résiste pas à la communauté internationale puisque officiellement, elle ne fait rien pour m'enlever.
Mais c'est l'impression qu'on a.
Il faut faire son travail. Moi je ne suis pas président de la République pour frimer. D'abord je n'aime pas les fêtes; je suis président de la République parce que j'ai une certaine idée de l'Etat et j'ai une certaine idée de la Côte d'Ivoire. A partir de ce moment-là, j'ai la force qu'il faut pour défendre l'Etat et pour défendre la Côte d'Ivoire. C'est tout. Et les lois qu'il faut qui existent en Côte d'Ivoire, nous donnent suffisamment de moyens de résister et nous résistons.
En tant que chef de l'Etat, quelle lecture faites vous du problème des audiences foraines, le DDR et l'identification en concomitance ?
Depuis 2002, tous les points du programme sont exécutés sauf le désarmement. Le jour où ceux qui viennent aider, je veux parler de la communauté internationale, comprendront qu'on a tout exécuté sauf le désarmement, et qu'il est temps d'exécuter le désarmement, alors la crise sera finie. Aujourd'hui, et Jacques Chirac l'a bien compris, il a écrit un mot pour nous saluer à l'occasion de la fête de l'indépendance. Il a dit : " désarmement, identification "
C'est Jacques Chirac qui l'a écrit ?
C'est lui qui l'a dit aujourd'hui. Donc c'est une grande avancée
Récemment les jeunes leaders ont donné une grande leçon en s'unissant désormais pour parler de paix. Votre commentaire ?
Je les admire et je ne peux que les admirer. Et je leur dis bravo; je dis qu'ils ont raison. Ce pays-là, je le connaissais depuis longtemps mais depuis que je suis chef d'Etat je le connais encore mieux. Ce pays fait des miracles. Ce pays peut nourrir, aider toute la sous région à s'en sortir. Il faut qu'on nous donne la paix, la sérénité et la stabilité. Il faut que tous les enfants de ce pays comprennent qu'ils peuvent avoir de l'ambition. Et ils ont le droit d'avoir de l'ambition mais pas avec des armes. On peut être différents et être ensemble, c'est pourquoi il y a des lois. Les jeunes gens ont raison, unissons-nous autour de notre mère patrie, autour de nos lois.
Quel est l'état des lieux du processus de paix dans votre pays?
Je pense qu'il n'a pas démarré vite mais maintenant il a démarré. Nous sommes en train de faire les audiences foraines maintenant pour que ceux qui n'ont pas des …
Les audiences foraines dont le guide a été contestée par Affi N'Guessan.
Pourquoi vous dites cela ?
Non mais, c'est ce que le camp adverse dit !
Oui, mais pourquoi vous dites cela? Le guide pratique des audiences foraines est signé par le Premier ministre et je connais tous ceux qui ont travaillé à établir ce guide. Ne simplifiez pas les choses, les choses existent en Côte d'Ivoire. Elles sont régies par la loi. Il fallait rappeler cette loi qui date de 1961. Ce n'est pas nous qui avons fait cette loi. Donc le guide pratique des audiences ne fait que décliner la loi. C'est tout, il n'ajoute rien et il ne retranche rien à la loi. Mais en plus, le Premier ministre a publié un deuxième guide pratique pour les certificats de nationalité qui ne se délivrent pas n'importe comment (…). Je dis qu'on est là pour respecter la loi parce que nous sommes différents. Il nous faut respecter la loi pour continuer à vivre en communauté. La loi est la loi.
Comment voulez-vous finalement la sortie de crise ?
Mais on va passer par les élections. Je souhaite que les élections aient lieu le plus tôt possible.
Nous sommes à deux mois d'octobre.
Pourquoi les gens s'accrochent toujours au mois d'octobre? Le mois d'octobre m'importe peu. Pour moi c'est que nous soyons prêts pour faire des élections propres. Si on les a en octobre, c'est tant mieux
Il y a une pression de la communauté internationale, ils disent que si en octobre les élections n'ont pas lieu, votre mandat va être menacé…
Venez me rendre visite en novembre. Ecoutez, comment voulez-vous que le seul monsieur élu président de la République dans un pays, on lui dise tu n'es plus président de la République et on prend quelqu'un qui n'a aucun mandat pour faire de lui un chef d'Etat. Mais c'est impossible. Donc je dis que nous allons à la sortie de crise. Nous préparons les élections et ce n'est pas le mois d'octobre qui nous intéresse. Ce qui nous intéresse, c'est d'avoir des élections. Moi je souhaite qu'on ait des élections présidentielles d'ici la fin de l'année et puis les autres élections législatives, municipales, on pourra les faire. Le mois d'octobre, ce n'est rien pour nous. On est crise, les gens font comme la situation est nouvelle. Elle n'est pas nouvelle. En France en 1939, la loi a été votée pour proroger le mandat des députés jusqu'en en 1942, parce qu'il y avait la crise qui arrivait. Donc on peut dépasser des dates. Et il y a des exemples : le mandat du parlement a été prolongé de dix sept ans en France. Et quand il s'agit de la Côte d'Ivoire, alors…En Angola, le mandat du président de la République a été prolongé de 1991 à maintenant, ça fait quinze ans. Donc ce n'est pas cela qui est le problème. Le problème, c'est de savoir si nous préparons effectivement les élections. Oui, et c'est pourquoi le Premier ministre a demandé mon avis quand il a décidé de publier le guide pratique des audiences foraines. Le discours que j'ai fait le 6 août était un commentaire. C'était pour bien expliquer que ce n'est pas n'importe qui, qui fait n'importe quoi.
Monsieur le président de la République, nous sommes en fin d'entretien, quel est le mot de fin que vous comptez adresser aux téléspectateurs et aux Ivoiriens.
Il faut que je salue tous les africains. D'abord de l'Afrique et de la diaspora. La Côte d'Ivoire traverse une crise, mais ce n'est pas la fin du monde. Tant qu'on n'a pas été malade on ne sait pas ce que c'est que la bonne santé. Et tant qu'un pays ne traverse pas une crise, il ne devient jamais un grand pays. Nous allons nous battre pour sortir de cette crise, et nous allons en sortir. Nous touchons du bout des doigts la fin de la crise, nous apercevons les lueurs de la fin de tunnel. Donc il faut dire cela à tous nos amis de l'Afrique de l'Asie, de l'Europe.
Propos retranscrits par
Bidi Ignace
PROCESSUS DE PAIX EN COTE D'IVOIRE / LES PRESIDENTS GBAGBO ET M'BEKI AU BURKINA-FASO
Mercredi 27 Septembre 2006
Avant la prochaine rencontre de la CEDEAO , les Présidents GBAGBO et M'BEKI médiateur de la crise ivoirienne se sont rendus au Burkina-Faso afin de s'entretenir avec le Président Blaise COMPAORE sur les voies à explorer pour une sortie rapide de cette crise .
Il faut rappeler que la Côte d'Ivoire et le Burkina ont en partage des frontières communes.
GAMBIE / ELECTIONS PRESIDENTIELLES / VICTOIRE ECRASANTE DU PRESIDENT YAYHYA JAMMEH
Mercredi 27 Septembre 2006
Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 1994, a largement remporté la présidentielle de vendredi avec plus de 67% des suffrages, ouvrant la voie à son troisième mandat de cinq ans à la tête de ce petit pays ouest-africain enclavé dans le Sénégal.
M. Jammeh, 41 ans, a remporté 264.404 voix, soit 67,33% des suffrages exprimés, contre 104.808 voix à son principal opposant, l’avocat Ousainou Darboe, qui a reccueilli 26,6% des voix, a annoncé samedi soir la Commission électorale indépendante (IEC). “Je déclare donc Yahya Jammeh élu président de la république de Gambie”, a déclaré Mustapha Carayol, président de la commission.
Le troisième candidat, Halifa Sallah, a obtenu de son côté 23.473 suffrages, soit 5,98% des voix, selon l’IEC. Selon la commission, M. Jammeh est arrivé en tête dans 47 des 48 circonscriptions du pays, la circonscription restante ayant été remportée par M. Darboe. Moins de 400.000 des 670.336 enregistrés ont participé au scrutin selon l’IEC, qui a annoncé un taux de participation de 58,58%.
Lors d’une conférence de presse samedi soir au Palais de la république de Banjul, le président réélu a “remercié le peuple gambien” qui lui “a fait confiance” en le réélisant à la tête du pays. Il a ensuite rappelé s’être engagé pendant la campagne à “éradiquer la pauvreté et améliorer les conditions de vie des populations”.
Jammeh a notamment rappelé son projet de mettre en place “dès octobre” une zone “d’industrie électronique” de pointe susceptible selon lui d’engendrer la création de pas moins “de 100.000 emplois” (BIEN: 100.000) dans un pays au taux de chômage élevé où 65% de la population vit avec moins d’un dollar par jour. “Les Gambiens m’ont transmis un message très clair (...) cela prouve qu’ils adhèrent à mes projets et mon ambition de faire de ce pays (...) l’un des meilleurs du monde”, a-t-il encore estimé, avant de s’engager à ne “jamais trahir le peuple”.
COTE D'IVOIRE / SITUATION SOCIO-POLITIQUE / DECLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN PARTI AU POUVOIR
Mercredi 27 Septembre 2006
La situation socio-politique en Côte d'Ivoire a été marquée, ces dernières semaines, par de graves développements, notamment : - l'expédition punitive menée par des élèves-policiers contre les étudiants du Campus de Cocody ; - le scandale des déchets toxiques qui a débouché sur la démission du gouvernement du Premier ministre Charles Konan Banny ; - le blocage par le G7 du processus des audiences foraines, la suspension de la participation des mouvements rebelles au dialogue militaire, ainsi qu'au processus DDR, les positions prises par le GTI lors de sa dixième réunion et le voyage à New York de l'opposition politico- armée. Au regard de la brutalité, de l'enchaînement et de la gravité de ces évènements, le Front populaire ivoirien s'était réservé d'intervenir dans la précipitation et s'était imposé le recul nécessaire à une analyse lucide et objective de la situation. Aujourd'hui, nous prenons la parole, au nom du FPI, pour faire, avec l'opinion nationale et internationale, l'analyse de la situation qui prévaut dans notre pays et donner la position de notre parti sur l'évolution du processus de paix…
I. LA SITUATION NATIONALE
1) Les évènements du Campus de Cocody
Souvenons-nous qu'en représailles à un incident qui se serait passé le 29 août à la gare SOTRA d'Adjamé, les étudiants du Campus de Cocody ont subi la furia des élèves-policiers qui ont effectué une expédition punitive soldée par un bilan très lourd : un (1) étudiant tué par balle, plusieurs blessés graves, dont certains par balles, des objets et biens matériels endommagés ou volés. Ce 31 août 2006, de 9 h 30 à 14h, soit pendant plus de 4 heures de temps, les étudiants aux mains nues se sont retrouvés sans défense et sans protection à la merci de la colère de ceux là-mêmes qui sont chargés d'assurer la sécurité publique.
Face à cette grave dérive qui rappelle les tristes évènements de mai 1991, les autorités décident de suspendre le Directeur de l'Ecole de Police et diligentent des enquêtes pour situer les responsabilités afin de prendre les sanctions qui s'imposent. L'opinion attend avec impatience le résultat de ces enquêtes.
Le FPI, pour sa part, réaffirme toute sa solidarité à la grande famille des étudiants, réitère ses condoléances les plus attristées aux parents et amis de feu Asseu Konan Olivier et souhaite beaucoup de courage et prompt rétablissement aux blessés. Il demande que les résultats des enquêtes soient rendus publics dans les meilleurs délais et que les responsables et les coupables soient sanctionnés et punis avec fermeté, afin que de telles situations ne se reproduisent plus.
2) Le scandale des déchets toxiques
Au cours de la même période et alors que les Ivoiriens étaient encore sous le choc de ces évènements douloureux, un autre drame est signalé avec le déversement de déchets toxiques dans plusieurs endroits du District d'Abidjan dans la nuit du 19 au 20 août 2006. Ce scandale écologique et sanitaire, qui constitue un crime au regard de la réglementation nationale et internationale a déjà fait 7 morts, et de milliers de personnes intoxiquées. Face à l'inaction du gouvernement, les populations réagissent violemment et dressent des barricades. Le gouvernement est contraint à la démission ; des enquêtes sont diligentées qui se traduisent par plusieurs arrestations au niveau de l'entreprise importatrice (PUMA Energy), au sein du Port autonome d'Abidjan, à la Douane et au niveau de l'entreprise d'avitaillement commise à la récupération des déchets toxiques (Tommy). Le Premier ministre démissionnaire prononce, à travers une déclaration télévisée, la suspension des Directeurs généraux du Port et de la Douane, et du Gouverneur du District d'Abidjan.
Profondément choqué, peiné et scandalisé par ce douloureux évènement, le FPI adresse sa compassion à toutes les victimes de ces déchets toxiques et ses condoléances les plus attristées à toutes les familles endeuillées. Le FPI attend avec impatience les résultats de cet acte abominable qui traduit la profondeur de la dégénérescence des valeurs humaines dans notre pays et la monstrueuse cupidité de certains de nos compatriotes doit être sévèrement sanctionnée.
3) Les blocages du processus de paix
Ce contexte de traumatisme national est amplifié à l'heure actuelle par l'enlisement du processus de sortie de crise. Les Forces Nouvelles ont rejeté le Guide des audiences foraines élaboré par le Premier ministre et suspendu leur participation au processus DDR depuis le 8 août 2006. Le G7 leur a emboîté le pas le 17 août à Daoukro.
La rencontre de Yamoussoukro II du 5 septembre 2006, qui a réuni le Président de la République et l'opposition politico-armée, a constaté le refus absolu des rebelles de voir la loi s'appliquer sur les questions des jugements supplétifs et de la délivrance du certificat de nationalité. La médiation du Président de l'Union africaine, le Président Sassou Nguesso, les 10 et 12 septembre 2006, n'a apporté aucune évolution à la situation.
Réuni le 8 septembre 2006 à Abidjan, le Groupe de Travail international (GTI), “tout en réaffirmant son plein soutien au Premier ministre, a exprimé sa vive préoccupation quant aux nombreux blocages persistants” qui résulteraient d'après lui, et principalement de : - l'absence de volonté politique des principaux acteurs politiques ;
- le désaccord profond qui prévaut entre les principaux acteurs politiques ivoiriens sur la question fondamentale de la nouvelle liste électorale crédible ;
- la dualité institutionnelle et les conflits d'interprétations juridiques qui paralysent le fonctionnement du gouvernement et rendent difficile la mise en œuvre du processus de paix et de réconciliation et qui fausse la neutralité du processus électoral ;
- l'impossibilité pour le Premier ministre d'exercer les pouvoirs qui lui ont été attribués par la Résolution 1633, notamment pour les nominations aux emplois civils et militaires” Tirant les conséquences de l'impossibilité d'organiser les élections présidentielles au 31 octobre 2006, comme prescrit dans la Résolution 1633, le GTI recommande au Nations unies : “d'adopter des mesures exceptionnelles et dérogatoires pour permettre la délivrance du jugement supplétif et du certificat de nationalité ;
- de définir un nouveau cadre de transition propre à apporter remède au blocages identifiés ci-dessus”, c'est-à-dire d'organiser purement et simplement un coup d'Etat constitutionnel qui dépouillerait le Président de la République de toutes ses prérogatives au profit du Premier ministre. En réponse à cette déclaration scandaleuse, le Président de la République a décidé de ne pas se rendre à la rencontre de New York pour protester contre l'attitude partisane du GTI, sa mauvaise foi manifeste et pour ne pas ''cautionner la mascarade''. Faisant le constat du refus des mouvements rebelles de désarmer, le Président de la République a conclu que le processus de Linas-Marcoussis a échoué, il faut en sortir pour en bâtir un autre sous l'égide du Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine (U.A).
4) Conclusion
Quatre (4) ans après la signature de l'Accord de Linas-Marcoussis, le processus de paix, parrainé par la France, est à bout de souffle. Comme en 2004 après les Accords d'Accra III, il bute sur la question du désarmement et de la réunification du pays, malgré la clarté de la Résolution 1633 et de la feuille de route du Premier ministre.
L'action du Premier ministre Charles Konan Banny est donc un échec évident :
- le DDR est au point mort ;
- la rébellion est dans la nature toujours armée ;
- la réunification n'est pas encore à l'ordre du jour ;
- les audiences foraines devant préparer à l'identification et au recensement électoral sont bloquées ;
- la situation économique et sociale du pays s'est gravement détériorée ;
- le moral des populations est au plus bas ;
- l'autorité de l'Etat est gravement malmenée ;
- l'indiscipline, l'incivisme et la corruption s'emparent progressivement de tous les rouages de l'administration.
D'où les graves dérives observées ces dernières semaines et dont les populations civiles en sont les victimes innocentes.
II. ANALYSE DE LA SITUATION
Pour le FPI, les évènements douloureux vécus par le pays ces derniers mois n'ont qu'une seule signification et une seule motivation : la poursuite du complot de déstabilisation ourdi de l'intérieur et de l'extérieur et mis en œuvre depuis le 19 septembre 2002. Tirant les leçons de leur échec (militaire et politique), les forces de la déstabilisation néocoloniale ont décidé d'attaquer les trois piliers de la résistance patriotique : le moral de la population, la cohésion et la loyauté des Forces de Défense et de Sécurité et la Constitution, en exploitant leur présence au sein du gouvernement (G7), de l'économie nationale et dans les instances internationales (GTI et Conseil de Sécurité).
En livrant les étudiants sans défense à la colère des forces de l'ordre, les ennemis de la République font d'une pierre plusieurs coups :
- punir la FESCI qui, aux yeux du ministre chargé de la Sécurité jouirait d'une impunité intolérable ;
- affaiblir et aliéner un maillon essentiel de la Résistance patriotique ;
- mettre le pouvoir dans l'embarras et saper son autorité.
La dissémination de déchets toxiques sur l'ensemble de la Ville d'Abidjan est une autre forme de guerre, la guerre chimique menée contre ce peuple qui refuse de céder, de capituler, de se soumettre. Mais, en réalité, qu'il s'agisse du G7 ou du GTI, l'expérience de ces quatre années de conduite du processus de paix montre à l'évidence que la force qui opère de plus en plus à visage découvert qui tire les ficelles, qui s'oppose au désarmement, à la réunification du pays et à la paix en Côte d'Ivoire, c'est la France Chiraquienne.
S'étant juré d'étouffer dans l'œuf l'expérience de la démocratie et de la Refondation initiée par le Président Laurent Gbagbo et de perpétuer les rapports néocoloniaux au sein de son pré-carré, la France a décidé de mener la guerre à la Côte d'Ivoire sur tous les fronts. C'est pourquoi, dès le début de la crise (26 septembre 2002), elle a refusé d'activer les Accords de défense qui lient les deux pays, prétextant qu'il s'agissait d'une affaire ivoiro-ivoirienne, alors qu'elle savait bien, de par les puissants moyens d'espionnage dont elle dispose, que les assaillants qui attaquaient la Côte d'Ivoire avaient été regroupés et entraînés dans les pays voisins qui leur servaient en même temps de base arrière. Plus grave, le Président français avait tout mis en œuvre pour empêcher que d'autres pays amis aident la Côte d'Ivoire à mater la rébellion.
Au début de la crise, lorsque nos soldats sont entrés à Bouaké à la poursuite des assaillants qui s'y étaient réfugiés, ce sont les autorités françaises qui ont exigé que les FDS leur accordent 48 heures, le temps d'évacuer leurs ressortissants et ceux d'autres pays occidentaux. Cela a duré une semaine, le temps que la rébellion prenne racine dans la ville de Bouaké.
Les autorités françaises ont organisé l'échec de la médiation ouest-africaine et des négociations de Lomé afin de les transférer à Linas-Marcoussis, parce que feu le Président Eyadéma refusait de prendre en compte une quelconque revendication politique de la rébellion. Le premier acte de la légitimation de la rébellion au plan international est venu d'une autorité française, Monsieur Dominique De Villepin alors ministre des Affaires étrangères qui, le 4 janvier 2003 s'est rendu personnellement à Bouaké pour rencontrer le MPCI, après qu'il eut exfiltré de Côte d'Ivoire, le 25 novembre 2002, Monsieur Alassane Dramane Ouattara, le cerveau et le financier de la rébellion.
Le 8 janvier 2003, ce sont les troupes françaises qui organisent la prise en compte du MPIGO et du MJP dans les négociations de Marcoussis en signant avec ces mouvements un accord de cessez-le-feu, qu'elles font endosser le 13 janvier 2003 par le Président Fologo aux négociations de Lomé.
C'est à Kléber que les autorités françaises ont organisé ''le coup d'Etat gouvernemental'' en dépossédant le FPI des 3/4 de portefeuilles ministériels au profit de l'opposition politico-armée dont des portefeuilles de souveraineté et Stratégique comme la Défense, l'Intérieur, la Justice et les Affaires étrangères.
C'est avec la complicité des forces françaises basées à Bouaké que les rebelles ont organisé à Bouaké du 24 au 26 septembre 2003, la casse de la succursale de la BCEAO, emportant un butin de près de 20 milliards de FCFA pour améliorer la santé financière de la rébellion. Le 6 novembre 2004, les soldats français détruisent au sol la flotte aérienne de la Côte d'Ivoire et tirent, le 7 novembre, sur les jeunes patriotes aux mains nues faisant une soixantaine de morts et plus de 2000 blessés.
C'est à l'initiative de la France que toutes les Résolutions iniques sont régulièrement prises contre la Côte d'Ivoire et que sont rédigés les communiqués scandaleux du GTI. C'est la France qui a décidé des sanctions contre Blé Goudé et Eugène Djué, deux leaders de la jeunesse ivoirienne, qui luttent pour la réunification de leur pays et pour la défense de la sémocratie. Ces sanctions n'ayant eu aucun effet sur l'ardeur de la lutte patriotique, les autorités françaises tentent désespérément, ces dernières semaines, de s'attaquer au président de l'Assemblée nationale, le Professeur Mamadou Koulibaly et au président du FPI.
La diplomatie française a tout mis en œuvre pour plomber les actions du médiateur de l'Union africaine, le Président Thabo Mbeki et pour enfermer la médiation dans le carcan du GTI qu'elle instrumentalise pour mener sa guerre contre le régime ivoirien. Le Président Chirac a mis en lambeaux les relations historiques entre la Côte d'Ivoire et la France et terni, dans le cœur des Ivoiriens, l'amitié et la fraternité à l'égard de la France.
Le GTI, conçu par le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine et reconnu par la Résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'ONU comme un instrument d'assistance au règlement du conflit, est devenu, avec le rôle nocif joué par la diplomatie française, une poche de nuisance. Derrière le rideau de fer de la ligne d'interposition, les troupes françaises participent, avec la rébellion, au pillage des ressources naturelles et minières de notre pays (café, sacao, soton, bois, or, etc.). En Côte d'Ivoire, la France ne travaille pas à la restauration de la paix ; elle est partie en conflit. Sa force Licorne est le bouclier de la rébellion et sa diplomatie est son arme de combat pour orchestrer, à travers des Résolutions et des arrangements, la chute du régime ivoirien et l'accession au pouvoir de ses poulains, la rébellion politico-armée. La paix en Côte d'Ivoire passe par le retrait de la France du processus de sortie de crise.
III. NOTRE POSITION
Le Front Populaire Ivoirien est profondément préoccupé par la division du pays qui perdure malgré toutes les concessions politiques faites par le Chef de l'Etat, le Président Laurent Gbagbo. Il s'incline devant les souffrances endurées par les populations ivoiriennes et tient à leur réaffirmer qu'il est à leurs côtés dans la peine, dans la lutte et dans la victoire inéluctable. Déterminé à agir dès aujourd'hui avec vigueur et engagement pour mettre un terme à cette crise artificielle qui n'a que trop duré, le FPI :
- adresse ses sincères félicitations au chef de l'Etat, le président Laurent Gbagbo pour l'acte de responsabilité et de courage politique qu'il vient de prendre, en refusant de cautionner la mascarade politique de New York en en décidant de prendre acte de l'échec du processus de paix de Linas-Marcoussis ;
- soutient pleinement cette décision et s'engage à poursuivre son action en faveur de la restauration de la paix et de l'intégrité territoriale de la Côte d'Ivoire dans un nouveau cadre piloté par l'Union africaine ;
- demande en conséquence la dissolution du Groupe de Travail international et le départ du pays de toutes les forces militaires françaises de l'opération Licorne et du 43ème BIMA ;
- adresse sa profonde gratitude au Médiateur de l'Union Africaine, le Président Thabo Mbeki pour son soutien constant à la cause de la paix en Côte d'Ivoire, à la République Populaire de Chine, à la Fédération de Russie, à tous les pays frères d'Afrique grâce auxquels l'odieux complot ourdi par les autorités françaises pour plonger la Côte d'Ivoire dans le chaos, a été déjoué à New York ;
- leur demande de rester mobilisés et vigilants, car le serpent du néocolonialisme n'est pas encore mort ;
- demande que le médiateur de l'Union africaine soit pleinement et exclusivement chargé du règlement de la crise ivoirienne et unique interlocuteur du Conseil de Sécurité de l'ONU et de la communauté internationale;
- adresse ses félicitations renouvelées aux Forces de Défense et de Sécurité, au Général Philippe Mangou, chef d'Etat-Major des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI), pour les actes de loyauté à la République, de bravoure et de don de soi, qu'ils ont toujours posés pour la défense de la patrie ; les assure de sa reconnaissance et de sa solidarité ;
- appelle à la mobilisation, ses militants et militantes, les patriotes et démocrates de tous bords, afin d'engager, dès aujourd'hui, avec vigueur et détermination, la principale bataille, celle du départ de notre pays des Forces armées françaises, forces d'occupation, d'exploitation et d'asservissement. La paix en Côte d'Ivoire est à ce prix.
Fait à Abidjan, le 22 septembre 2006
Pour le Front populaire ivoirien
Le Président Pascal Affi N’Guessan
SENEGAL / COMMEMORATION DU NAUFRAGE DU BATEAU "LE JOOLA "
Mercredi 27 Septembre 2006
Commémoration du naufrage du Joola, il y a 4 ans
SÉNÉGAL - 26 septembre 2006 - AFP
De sobres cérémonies commérant le naufrage du bateau sénégalais Le Joola, qui a fait officiellement 1.863 morts il y a quatre ans, ont été organisées mardi à Ziguinchor, dans le sud du Sénégal, ainsi qu'en Gambie, pays voisin.
"La commémoration de cet événement se fait par devoir de mémoire", a déclaré le ministre sénégalais des Forces armées, Bécaye Diop, à la tête d'une délégation officielle dépêchée pour l'occasion à Ziguinchor, une des principales villes de la région naturelle de la Casamance
C'est cette ville que Le Joola reliait à Dakar, la capitale, lorsqu'il a chaviré le 26 septembre 2002. La catastrophe a fait 1.863 morts et disparus selon le bilan officiel. Seules 64 personnes ont survécu au naufrage.
"Le drame du Joola devrait éviter aux jeunes de notre pays de voyager dans des embarcations de fortune à la recherche de fortune", a de son côté estimé Moussa Cissokho, président d'une des associations sénégalaises des familles des victimes du naufrage, en référence à de récents drames dans lesquels ont péri des Africains tentant de migrer clandestinement vers l'Europe.
Les manifestations commémoratives de Ziguinchor, qui avaient démarré avec une prière à la grande mosquée, ont été marquées par un dépôt de gerbes de fleurs Place du 26 Septembre, et une visite au cimetière de Kantène (près de Ziguinchor) où sont inhumés des naufragés non identifiés.
Elles se sont achevées en début d'après-midi avec jets de fleurs dans le fleuve, après des discours officiels, chants religieux musulmans et chrétiens ainsi que des rites des religions traditionnelles en présence de quelque 800 personnes au port de Ziguinchor.
Le recueillement était également à l'ordre du jour en Gambie, avec une visite du cimetière de Bassori (ouest) où sont enterrées d'autres victimes de la catastrophe, a annoncé l'ambassade du Sénégal à Banjul.
Une cérémonie de récitation de Coran dédiée aux naufragés devait par ailleurs être organisée à Pipe Line (banlieue sud de Banjul), d'après la même source.
La presse sénégalaise, qui a largement rendu hommage mardi aux victimes, a affirmé que des mandats d'arrêt seraient émis prochainement par la justice française à l'encontre de responsables présumés du naufrage, dans lequel ont péri des ressortissants français et européens.
Jusqu'à mardi après-midi, cette information n'avait pu être confirmée de source française.
SENEGAL / Mme ROYAL EN VISITE
Mercredi 27 Septembre 2006
La socialiste française Ségolène Royal, favorite des sondages à gauche pour l'élection présidentielle de 2007, a eu un entretien mardi à Dakar avec le président sénégalais Abdoulaye Wade axé sur la coopération et les énergies renouvelables.
"Il m'a reçue en tant que fille du pays, présidente de région, et en tant que personne politique engagée dans un cheminement dont on verra l'issue", a déclaré Mme Royal à l'issue de la rencontre
M. Wade et Mme Royal ont discuté de la coopération et de la nécessité, selon la présidente de la région française de Poitou-Charentes, d'"écoutes mutuelles qui seront le mieux à même de bien cibler l'aide au développement".
A propos des énergies renouvelables, Mme Royal a évoqué son "appel à projet auprès des industriels" de sa région, pour mettre au point des réchauds solaires à destination de villages africains.
M. Wade, a-t-elle dit, a décidé de s'associer à cet appel, et a suggéré que les réchauds soient fabriqués au Sénégal.
Mme Royal a par ailleurs estimé que la question de l'immigration était "totalement liée à la résolution des inégalités de revenus" entre le Nord et le Sud. "Il y a là une urgence, un impératif absolu", a-t-elle dit.
Lundi, en route pour le Sénégal, Ségolène Royal a estimé qu'il y avait "des choses pas mal" dans l'accord signé samedi à Dakar par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et les autorités sénégalaises, mais qu'il "ne va pas très loin en termes d'aide au développement".
M. Sarkozy, trois jours avant le voyage de Mme Royal, prévu de longue date, est venu samedi à Dakar signer un accord sur la "gestion concertée des flux migratoires".
Devant les journalistes, Mme Royal a fait valoir, dans l'avion qui l'emmenait à Dakar pour une visite de deux jours, que le ministre avait "repris" plusieurs idées qu'elle défend, notamment sur le "co-développement", la "coopération décentralisée" ou les visas à entrées multiples, tous éléments qui figurent d'ailleurs dans le projet socialiste pour 2007.
"Ma venue a permis de rectifier un certain nombre de choses dans le bon sens, d'accélérer les choses", a dit encore Mme Royal.
Le député socialiste Jean-Louis Bianco, qui l'accompagne dans ce voyage, a jugé l'accord "un peu bâclé" même s'il comporte "des points positifs".
Il a noté lui aussi qu'il était "très faible" sur le co-développement, avec seulement 2,5 millions d'euros prévus, "alors que l'Espagne en met 20 millions", et qu'il ne prévoyait pas de visas saisonniers pour les "travailleurs non-qualifiés". Il a regretté aussi qu'il ait été négocié "sans savoir ce qu'en pensent les autres partenaires européens".
Centré initialement sur la seule coopération décentralisée, une expérience menée notamment en Poitou-Charentes, le voyage de Mme Royal dans son pays natal s'est élargi au co-développement et aux politiques d'immigration, déjà discutées lors de ses voyages en Italie et en Espagne.
Ce voyage au Sénégal "est un voyage auquel je pense depuis longtemps, peut-être qu'inconsciemment il y a un retour aux sources", a confié Mme Royal à son arrivée à Dakar. Née dans la banlieue de la capitale, où son père, militaire, était affecté, Ségolène Royal y a vécu deux ans.
"Je viens là me ressourcer", "me rapprocher de mes origines", a-t-elle encore déclaré.
Elle a insisté encore sur la nécessité de "rebâtir l'aide au développement", de faire "du développement respectueux des gens", plutôt que de "penser à la place des gens dans une logique néo-colonialiste".
"Si je suis en responsabilité, je redéfinirai la politique de coopération
LE PRESIDENT LAURENT GBAGBO N'IRA PAS A NEW-YORK POUR LA REUNION SUR LA COTE D'IVOIRE EN MARGE DE L'ASSEMBLEE GENERALE
Mercredi 20 Septembre 2006
Le président ivoirien Gbagbo refuse d'aller à la réunion de l'Onu le 20 septembre
AFP - Le président ivoirien Laurent Gbagbo a annoncé jeudi qu'il n'irait pas à la réunion de l'Onu du 20 septembre, cruciale pour l'avenir du processus de paix ivoirien, en indiquant qu'il ne voulait pas cautionner une "mascarade" et que les négociations étaient "terminées".
"Je n'irai pas à New York et n'y enverrai aucune délégation", a déclaré M. Gbagbo lors d'un discours à Abidjan devant plus de 2.000 soldats de l'armée ivoirienne, dont l'ensemble de l'état-major.
L'Onu doit examiner le 20 septembre les suites à donner au processus de paix ivoirien, ainsi qu'au mandat de M. Gbagbo, qu'elle avait prolongé d'un an en octobre 2005.
"Je n'irai pas pour protester contre la manière cavalière et impolie dont le GTI (Groupe de travail international, chargé d'évaluer les progrès du processus de paix ivoirien) traite les histoires de mon pays", a-t-il expliqué.
"Le GTI est incapable de nous aider à désarmer les rebelles et à aller aux élections", a-t-il estimé, soulignant: "Je ne veux pas cautionner la mascarade".
"Les négociations sont terminées", a ajouté le président Gbagbo.
"Il s'attaquent à l'assemblée nationale, à tout ce qui est élu, à tout ce qui est démocratique. Tout ce qui est élu les énerve, et eux, ils m'énervent", a-t-il ajouté à propos de la communauté internationale.
Le processus de paix entamé à Marcoussis "a échoué", a-t-il déclaré en référence aux accords de paix signés en janvier 2003 sous l'égide de la France, et qui instituaient notamment un gouvernement d'union nationale.
"Cela fait quatre ans que nous sommes dans un processus qui a échoué car ceux qui l'ont initié ont commis des erreurs", a-t-il jugé.
Source : AFP
COTE D'IVOIRE / PRISE DE POSITION DES ECCLESIASTIQUES SUR LA CRISE
Mercredi 20 Septembre 2006
SITUATION SOCIO-POLITIQUE : Les évêques prennent position
Chers compatriotes,
habitants et amis de la Côte d’Ivoire
Voilà déjà quatre ans que notre pays est entré dans une crise fratricide et dévastatrice. Cette crise est enracinée dans une course effrénée au pouvoir. Elle est motivée et soutenue par des intérêts internes et externes des plus sournois et sordides. S’alimentant dans le mensonge organisé et programmé, elle semble s’éterniser. Des réunions se sont multipliées à la recherche de solution pacifique. Que de résolutions prises à cet effet ! Mais que d’échecs de ces nombreuses médiations ! Au seuil du 31 Octobre 2006, rien ne semble présager d’un dénouement heureux de la crise. De contre vérité en contre vérité, de mauvaise foi en mauvaise foi, de calculs politiciens en calculs politiciens, nous en sommes arrivés, en jouant avec le feu, à la dégradation la plus totale : la catastrophe intolérable des déchets toxiques. Que représente en fait le déversement des déchets toxiques, sinon la déchéance humaine élevée au rang de valeur ? Dans le cœur de ceux qui ont proposé ces déchets toxiques, instrument de mort, et de ceux qui les ont réceptionnés moyennant argent, y a-t-il encore un brin d’humanité ? Nous sommes en droit de nous poser la question devant cet acte odieux et hautement criminel. Nous souhaitons que les vrais coupables en répondent devant la loi et devant le peuple. Avant tout, nous confions à la miséricorde du Seigneur ceux qui malheureusement ont perdu la vie dans cette catastrophe. Nous exprimons notre compassion aux victimes et nous demandons aux autorités de poursuivre les efforts entrepris en faveur de leur santé. Interloqués, nous nous demandons si nous avons encore une conscience d’homme. Comment peut-on planifier l’intoxication et la mort de tout un peuple en permettant à un navire de transporter des déchets hautement toxiques ? Comment peut-on entrer dans une telle logique de planification en acceptant de déverser ce produit de manière à cerner tous les habitants de la ville d’Abidjan ? Le temps n’est il pas venu de nous interroger sérieusement et de poser le geste qualitatif sur le chemin de la pacification du pays ? Ce geste pourra nous sortir du manque de conscience et nous rendre la dignité d’homme créé à l’image du Dieu amour. Cet acte fera sortir notre pays du bourbier politique dans lequel il s’enlise dangereusement. Nous, vos frères Evêques, gardons encore l’espoir de notre capacité à tous de réagir positivement. Nous osons, dans les larmes, vous adresser un message. Nous voulons nous laisser interpeller dans notre conscience d’homme pour poser des actes que l’histoire humaine retiendra. Quittons les chemins de la haine pour emprunter ceux de l’amour et de la vérité. Acteurs politiques, membres de la communauté internationale, membres de la société civile, puissiez-vous ouvrir vos cœurs à l’interpellation que nous vous adressons au nom de Dieu !
Aux acteurs politiques
“ La politique ne doit pas perdre de vue sa dimension communautaire de recherche de bien commun ou public. Le peuple doit être le premier servi et respecté. C’est en vue de son bien- être que l’on est élu et que l’on travaille dans le domaine politique ”. (Le Chrétien face à la politique N 54). Depuis le début de la crise ivoirienne jusqu’à ce jour, vous, hommes politiques, donnez l’impression de ne pas aimer votre pays. Chacun campe sur ses positions et ne veut faire aucune concession, accusant l’autre de bloquer le processus. L’intérêt du parti ou mouvement politique prime sur le bien de la Nation. Nous, vos frères Evêques, venons donc vous demander de vous libérer de la haine, de l’orgueil, de la vengeance, de la rancune et surtout de la soif de l’argent gagné à n’importe quel prix. Respectez ce peuple que vous avez promis de servir. Ces attitudes vous rendent esclaves, limitent votre intelligence, bloquent votre élan de générosité et d’objectivité. L’histoire ne retiendra rien de vous si vous persistez à ne faire aucune concession pour le bien du pays. Soyez attentifs au cri de détresse du peuple qui ploie sous le fardeau des difficultés de tous genres : difficultés morales, financières, sociales auxquelles l’on ajoute les problèmes de santé causés par le déversement des déchets toxiques et l’insalubrité de nos villes et villages. La Côte d’Ivoire ne sait que faire des hommes politiques manipulés et manipulateurs. Elle a besoin de citoyens qui aiment leur pays. Le peuple ivoirien des deux zones est lassé de vos discours et rencontres qui n’aboutissent jamais. Soyez ce que vous prétendez être, représentants du peuple au service du peuple. Soyez tout simplement ce que Dieu a fait de vous : ses enfants, ses bien aimés. Convertissez vous ! Changez de mentalité ! Montrez votre amour pour le pays ! Nous savons que certains d’entre vous font l’effort de servir le pays dans l’honnêteté. Nous les félicitons et encourageons à poursuivre leurs efforts dans ce sens.
A la communauté internationale
Nous voulons vous exprimer notre gratitude pour tous les efforts déployés par les structures internationales que vous représentez afin de nous sortir de cette crise. Vous avez vu nos souffrances et notre douleur et vous avez accepté de venir nous aider. Dans ce sens vous avez multiplié des rencontres, des concertations avec les acteurs politiques ivoiriens. Des accords ont été signés, des résolutions prises, des programmes élaborés, allant du désarmement à la démobilisation et à la réinsertion. Tout ceci devait nous amener à des élections propres et crédibles en passant par la réunification du pays et le redéploiement de l’administration. Mais force est de reconnaître aujourd’hui que la situation n’a nullement évolué vers la paix attendue et souhaitée. Tous vos efforts n’ont pas été concluants parce que le langage de vérité et de justice n’a pas été employé pour le bien du peuple. Vous avez avoué votre impuissance devant la complexité de la crise ivoirienne. D’ailleurs, durant tout ce processus, vous n’avez cessé de nous répéter, à juste titre, que seuls les Ivoiriens peuvent trouver la solution à leur mal. N’y a-t-il pas contradiction entre les résolutions de l’ONU et le fait de dire que la solution de sortie de crise dépend des Ivoiriens ? Ne faudrait-il pas aider la Côte d’Ivoire à sortir de la crise en s’appuyant, conformément à ce que vous-mêmes avez dit dans la résolution 1633, sur la Constitution et les Institutions Républicaines ? Ce constat d’échec n’annonce-t-il pas que le moment est venu d’impliquer effectivement les Institutions, tous les partis politiques, sans exception, et toute la société civile ivoirienne dans la résolution de cette crise ?
A la société civile
Nous avons tous constaté l’échec de nos principaux acteurs politiques à tous les niveaux, à toutes les étapes de notre crise. Nous invitons la société civile à s’impliquer dans la recherche de solution à la crise. Toutes les couches de la société ivoirienne doivent y être représentées. Nous pensons qu’en vous impliquant, vous pourrez accélérer le processus de paix car dans la plupart des conflits c’est vous qui payez le plus lourd tribut. Ceci suppose de votre part, un esprit de liberté responsable vis-à-vis des chapelles politiques. Cette liberté vous permettra d’être plus objectifs dans l’appréciation et la résolution des problèmes. Vous aurez aussi à cultiver un amour très fort de votre pays, une ouverture intelligente au monde extérieur et une volonté ferme pour refuser les armes et la démagogie comme moyen de règlement des problèmes d’injustices. Chers compatriotes, habitants et amis de la Côte d’Ivoire, L’espoir est permis. Malgré la gravité de la situation, il n’y a pas lieu de désespérer ni de se laisser abattre. Avec le phénomène des déchets toxiques, nous avons pris la mesure de notre capacité de nuisance inutile, dans la poursuite de nos intérêts particuliers au détriment de celui de tous. Cependant cette déchéance morale peut être une occasion de prise de conscience, de remontée. Nous pouvons et nous devons nous ressaisir. Nous avons l’impérieux devoir de reprendre le bon chemin en ouvrant nos cœurs à la vie, à l’amour, à la paix, à la culture de la non-violence. Comptons sur Dieu. Lui seul peut nous donner un cœur nouveau, un esprit nouveau. Tournons-nous vers lui pour implorer sincèrement sa grâce. Poursuivons avec plus d’ardeur et de ferveur, la prière pour la paix que nous vous avons proposée il y a déjà quelque temps. Enfin avec le psalmiste disons : “ Crée en moi, un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit ” (Ps 50, 12).
Fait à Yamoussoukro
le 14 Septembre 2006
En la fête de la Croix glorieuse
Vos Frères
Pour les Archevêques et
Evêques de Côte d’Ivoire Monseigneur Barthélemy Djabla,
Vice-Président de la CEC
SCANDALE DES DECHETS TOXIQUES / MISE EN PLACE D'UNE COMMISSION NATIONALE D'ENQUETE
Mercredi 20 Septembre 2006
Par arrêté N° 167/PM/CAB du 15 septembre 2006, le Premier ministre a institué la Commission nationale d'enquête sur les déchets toxiques dans le district d'Abidjan.
Cette commission est chargée :
-de diligenter une enquête sur le déversement des déchets toxiques dans le district d'Abidjan ;
-d'identifier les personnes qui y sont impliquées ; et
-de situer leur degré de responsabilité dans ces faits.
La durée de la mission est d'un mois maximum à compter de l'institution de la commission.
Présidée par un Magistrat Hors Hiérarchie, désigné par le président de l'Assemblée nationale ;
-un représentant de l'Assemblée nationale désigné par le président de l'Assemblée nationale ;
-un représentant du Conseil économique et social désigné par le président du Conseil économique et social ;
-un représentant du Barreau de Côte d'Ivoire désigné par le Bâtonnier de l'Ordre des Avocats ;
-un représentant de l'Office National de la Protection civile désigné par le ministre de la Défense ;
-un enseignant spécialiste du droit de l'environnement désigné par le Directeur de l'Ufr des sciences juridiques, administratives et politiques ;
-un expert en environnement désigné par le ministre de l'Environnement ;
-un expert en santé désigné par le ministre de la Santé ;
-un officier de police désigné par le ministre de l'Intérieur ;
-un expert en sciences agronomiques désigné par le ministre de la Production animale et des Ressources halieutiques ;
-deux personnalités de la société civile reconnues pour leur intérêt pour l'environnement, désignées par le Premier ministre ;
-deux représentants des collectifs des victimes.
Les membres de la Commission nationale d'enquête exercent leur mission en toute indépendance et reçoivent des administrations toutes informations en rapport avec leur mission.
Par arrêté N° 169/PM/CAB du 17 septembre 2006, le Premier ministre a nommé Madame Fatou Diakité, Magistrat Hors Hiérarchie, Conseiller à la Chambre administrative de la Cour Suprême , président de la Commission nationale d'enquête sur les déchets toxiques. Cette commission sera installée le mercredi 20 septembre 2006 à 16 heures à la Primature par le ministre de la Défense , assurant, en l'absence des deux ministres d'Etat, l'intérim du Premier ministre.
Fait à Abidjan,
le 18 septembre 2006
NB : Les surtitres et titres sont de la rédaction.
"L'INTELLIGENT"
SCANDALE DES DECHETS TOXIQUES / NETTOYAGE DES SITES POLLUES
Mercredi 20 Septembre 2006
Le nettoyage du premier site des déchets toxiques déversés à la décharge d'Akouédo est terminé. La décharge en compte trois. L'équipe mise en place par l'entreprise Trédi, filiale du groupe Séché, spécialisée dans l'enlèvement de ce type de déchet, a fini de pomper et de curer le site qui a marqué le lancement des travaux, le dimanche dernier, en présence du premier ministre Charles Konan Banny. Selon un expert ivoirien qui participe au travaux de ramassage «nous avons pompé et curé le premier site. En ce moment, les déchets sont stockés sur du géotextile en attendant l'arrivée de matériel et d'engin plus adaptés pour confiner, c'est-à-dire rassembler les déchets dans un seul endroit et, ensuite, nous allons les conditionner dans des fûts et citernes avant de les transporter au port d'Abidjan». L'équipe est maintenant sur le deuxième site où elle a entrepris l'opération de pompage.
Pendant ce temps, une autre équipe s'est rendue à Abobo du côté du site de Coco Service et de celui du plateau Dokui vers le zoo d'Abidjan pour étudier les possibilités d'accès à ces sites. Ces déchets, déversés dans huit zones de 14 sites à Abidjan, fin août, ont provoqué sept morts par intoxication, 24 hospitalisations et suscité plus de 37.000 consultations médicales Selon le président Laurent Gbagbo, cependant, le nombre de personnes intoxiquées par ces déchets ne dépasserait pas les 14.000, une partie de patients ayant consulté les médecins à plusieurs reprises.
Coulibaly Zié Oumar
COTE D'IVOIRE / PROCESSUS DE PAIX / COMMUNIQUE DU GROUPE INTERNATIONAL DE TRAVAIL
Mercredi 20 Septembre 2006
Communiqué de presse - L’Onuci invite les parties ivoiriennes à privilégier le dialogue
ONUCI - 9/20/2006 1:08:44 PM
Le quatrième anniversaire du déclenchement de la crise ivoirienne le 19 septembre 2002 coincide avec les efforts importants que déploie la communauté internationale en vue de restaurer la paix et la sécurité dans le pays. C’est dans ce cadre que se situe la réunion de haut niveau initiée par le Secrétaire général des Nations Unies et qui s’ouvre demain à New York.
L’objectif est, entre autres, de faire le point de l’exécution des décisions prises à la rencontre tenue à Yamoussoukro le 5 juillet dernier et de trouver les voies et moyens les meilleurs en vue d’accélérer la mise en oeuvre effective de la feuille de route du Gouvernement de Réconciliation Nationale.
L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) réitère son appui sans réserve aux efforts du Gouvernement destinés à rétablir la confiance entre toutes les parties ivoiriennes et à trouver une issue pacifique et définitive à un conflit qui n’a que trop duré.
L’ONUCI lance un appel à toutes les parties concernées pour qu’elles continuent de privilégier le dialogue pour la réalisation rapide des tâches contenues dans la feuille de route. Il s’agit notamment du désarmement des ex-combattants, du démantèlement des milices, des opérations d’identification et du redéploiement de l’administration pour une préparation des élections dans les conditions idoines
Dans ce contexte, l’ONUCI engage les parties à reprendre le dialogue de manière plus soutenue en gardant à l’esprit le seul intérêt des populations ivoiriennes qui ont payé le tribut le plus lourd au cours des quatre années de crise.
COTE D'IVOIRE / SCANDALE DES DECHETS TOXIQUES / ARRESTATIONSS
Mercredi 20 Septembre 2006
Scandale des déchets toxiques :
L’inculpation des deux Français confirmée
Deux cadres français de la société Trafigura, affréteur du navire qui a déchargé les déchets toxiques à Abidjan, ont été inculpés lundi d'infraction à la législation sur les déchets toxiques et d'empoisonnement, a annoncé mardi le ministère ivoirien de la Justice.
Des sources proches de la présidence et diplomatique avaient indiqué lundi à l'AFP que les deux hommes avaient été écroués à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca), laissant supposer une inculpation préalable par le juge d'instruction en charge de cette affaire.
"Ils ont été inculpés pour empoisonnement et infraction à la législation sur les déchets toxiques, puis ils ont été écroués à la Maca", a confirmé à l'AFP le chargé de communication du ministère de la Justice, Aboubacar Ouattara.
Claude Dauphin et Jean Pierre Valentini, respectivement directeur et responsable de la zone Afrique de l'Ouest de Trafigura Beheer BV, avaient été interpellés samedi à Abidjan et étaient depuis interrogés par la police judiciaire. Placés sous un régime équivalent à la résidence surveillée, ils avaient interdiction de quitter le territoire et leurs passeports leur avaient été confisqués.
Les deux hommes devaient recevoir mardi une visite des autorités consulaires françaises à la Maca.
La société Trafigura, affréteur du navire qui a déchargé les déchets toxiques à Abidjan, a confirmé lundi soir l'arrestation à Abidjan des deux cadres français.
"Trafigura est choqué par l'arrestation de Claude Dauphin, directeur, et Jean-Pierre Valentini, directeur et responsable de la zone Afrique de l'Ouest, cet après-midi en Côte d'Ivoire", a indiqué le groupe, dont le siège est situé aux Pays-Bas, dans son communiqué reçu par l'AFP.
Selon Trafigura, les deux hommes faisaient partie d'une "mission humanitaire" du groupe. Les autorités ivoiriennes leur auraient demandé de ne pas quitter le territoire alors qu'ils s'apprêtaient, samedi, à prendre un avion.
Leur arrestation lundi intervient après "un rendez-vous chez un juge chez qui ils s'étaient rendus volontairement".
Les déchets, déversés sur plusieurs sites à Abidjan fin août, ont provoqué la mort de sept personnes par intoxication et 24 hospitalisations, et ont été à l'origine de plus de 37.000 consultations médicales, selon le dernier bilan fourni dimanche par l'Onu.
Trafigura est l'affréteur du Probo Koala, le navire grec qui a accosté le 19 août à Abidjan chargé des déchets qu'il avait auparavant tenté de décharger sans succès aux Pays-Bas, selon les autorités néerlandaises.
DECRET N° 2006-307 DU 16 SEPTEMBRE 2006 PORTANT NOMINATION DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT
Samedi 16 Septembre 2006
LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Vu la Constitution;
Vu la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 21 octobre 2005 ;
Vu le Décret N° 2006-306 du 16 septembre 2006 portant nomination du Premier Ministre;
Vu la Décision N° 2006-001 du 15 septembre 2006 établissant la liste des membres du Gouvernement,
DECRETE
Article 1 : Sont nommés membres du Gouvernement:
PREMIER MINISTRE, Ministre de l'Economie Et des Finances, Ministre de la Communication : M. Charles Konan Banny
Ministre d'Etat, Ministre chargé du Programme De la Reconstruction et de la Réinsertion : M. Saro Kigbafori Guillaume
Ministre d'Etat, Ministre du Plan et du Développement : M. Antoine Bohoun Bouabré
Ministre de la Défense : M. Aphing Kouassi Réné
Garde des sceaux, Ministre de la Justice : M. Koné Mamadou
Ministre des Affaires Etrangères : M. Bakayoko Youssouf
Ministre de l'Administration du Territoire : M.BAMBA Cheik Daniel
Ministre de la Sécurité : M. DJA Blé Joseph
Ministre de l'Agriculture : M. Amadou Gon Coulibaly
Ministre des Mines et de l'Energie : M. Monnet Léon Emmanuel
Ministre de la Construction, de l'Urbanisme et De l'Habitat : M. Amon Tanoh Marcel Benoît
Ministre de la Réconciliation nationale et des Relations avec les Institutions : M. Dano Djédjé Sébastien
Ministre des Infrastructures économiques : M. Achi Patrick
Ministre de la Santé et de l'Hygiène Publique : M. Allah Kouadio Rémi
Ministre de l'Eduction nationale : M. Amani N'Guessan Michel
Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique : M. Cissé Ibrahima
Ministre de l'Enseignement technique et de la Formation Professionnelle : M. Soumahoro youssouf
Ministre de la Fonction publique, de l'Emploi et De la Réforme administrative : M. Oulaye Hubert
Ministre des Transports : M. ABDELAZZIZ Thiam
Ministre de la Coopération et de l'Intégration Africaines : M. Mabri Toikeuse
Ministre de la Culture et de la Francophonie : M. Mel Eg Théodore
Ministre de la Solidarité et des Victimes de Guerre : M. Dakoury-Tabley Louis André
Ministre de la Production animale et des Ressources Halieutiques : M. Douati Alphonse
Ministre de l'Environnement et des Eaux et Forêts : M. AHIZI Aka Daniel
Ministre de la Famille et des Affaires sociales : Mme Peuhmond Adjoua Jeanne Brou
Ministre de la Lutte contre le SIDA : Mme Adjobi Christine
Ministre de l'Industrie et de la Promotion du Secteur privé : Mme Téhoua Amah Marie
Ministre du Commerce : Dosso Moussa
Ministre du Tourisme et de l'Artisanat : M. Koné Amadou
Ministre des Nouvelles Technologies de l'Information Et de la Communication (NTIC) : M. Bakayoko Hamed
Ministre des droits de l'Homme : M. Joel N'GUESSAN
Ministre de la Jeunesse, de l'Education civique et des Sports : M. Banzio Dagobert
Ministre Délégué auprès du Premier Ministre chargé De l'Economie et des Finances : M. Diby Koffi Charles
Ministre Délégué auprès du Premier Ministre Chargé de la Communication : Mme Coffi Studer Martine
Secrétaire d'Etat auprès du Premier Ministre chargé de la Bonne Gouvernance : Mme YOMAN Ginette
Secrétaire d'Etat auprès du Premier Ministre chargé de la Protection Civile : M.YAO Noel
Article 2 : Le présent décret abroge toutes les dispositions antérieures contraires.
Article3 : Le présent décret, qui prend effet à compter de sa signature, sera publié au Journal Officiel de la République de Côte d'Ivoire.
Fait à Abidjan, le 16 septembre 2006
Laurent GBAGBO
Copie certifiée conforme à l'original
Le Secrétaire Général du Gouvernement
F. TYEOULOU DYELA
Cliquer pour la photo individuelle des membres du Gouvernement
COTE D'IVOIRE / DECHETS TOXIQUES / REACTIONS DES POPULATIONS RIVERAINES DES SITES POLLUEES
Vendredi 15 Septembre 2006
Tôt dans la matinée du Vendredi 15 Août 2006, des manifestations ont paralysé les quartiers de Riviera II et III ainsi que l’entrée du quartier Riviera Palmeraie à Cocody.
Si au départ, le mécontentement s’expliquait par le déversement des déchets toxiques, très vite, les choses ont pris un tournant qui laisse croire que des individus mal intentionnés cherchaient à créer un affrontement ouvert avec les Forces de l’ordre.
Les manifestations se sont poursuivies toute la matinée et ont pris fin aux environs de 16h.
Deux incidents majeurs ont eu lieu au cours de celles-ci : l’incendie de la maison du DG du port, M. Marcel Gossio et la bastonnade de l’ex Ministre des transports, M. Anaky Kobena.
Joël-landry ( joël_landry2@yahoo.fr )
COTE D'IVOIRE / DISCOURS DU PRESIDENT GBAGBO A L'ADRESSE DU CHEF D(ETAT-MAJOR LE GENERAL PHILIPPE MANGOU
Vendredi 15 Septembre 2006
Monsieur le chef d'état-major des Armées, M. le commandant supérieur de la gendarmerie, M. le Directeur général de la police nationale, M. l'Inspecteur général des armées, M. l'Inspecteur général de la Police, M. le Directeur général des services de Santé des armées, MM. les Officiers généraux, M. le Directeur général de la Douane, M. le Directeur général des Eaux et Forêts, Mmes et MM. les Officiers supérieurs, Mmes et MM. les Officiers subalternes, Mmes et MM. les sous-officiers, Mmes et MM. les soldats du rang, chers amis des FANCI, de la Gendarmerie, de la Police, des Douanes, des Eaux et Forêts . Ce pays tient debout. Il tiendra debout tant qu'il y aura une unité entre un Chef d'Etat, son armée et son peuple. Le chef, l'armée, le peuple. Telle est la solidité de tous les Etats qui ont connu la démocratie depuis l'antiquité. Et telle est la solidité de tous les Etats aujourd'hui encore. Vous avez demandé de venir me voir pour qu'on échange. Vous voulez me parler. Je vous écoutés, je vous ai écoutés, je vous ai compris. A mon tour, je vais vous livrer quelques réflexions que m'inspirent les événements actuels.
Le scandale des déchets toxiques est arrivé et a aggravé une situation déjà difficile pour les Ivoiriens. Mais pour les croyants, vous savez que Dieu n'envoie pas à quelqu'un des épreuves qui sont au-dessus de ses forces. Je peux tenir et je tiendrai (Ndlr : applaudissements). Les procès sont en cours, les arrestations sont en cours, donc je ne commenterai pas les actions de justice qui sont en train de se dérouler. Je peux vous dire seulement que concernant les déchets toxiques, j'ai déjà reçu deux fois le Procureur de la République, hier et aujourd'hui (Ndlr : mercredi et jeudi). Il travaille d'ailleurs en harmonie avec le commissaire du gouvernement qui est le procureur près les armées. Nous avons juste dans la situation des responsabilités. Les services et les hommes responsables sont aujourd'hui quasiment tous connus, à l'intérieur ou à l'extérieur de la Côte d'Ivoire. La justice est en train de travailler d'arrache-pied sur les culpabilités maintenant pour désigner ceux qui sont coupables pour qu'on les défère, qu'on les juge et qu'ils payent pour leurs crimes. Ne vous laissez pas distraire. Car vous savez que dans cette affaire comme dans toutes les autres que je viens d'évoquer, on veut vous distraire. Mais voulant vous distraire, c'est moi qu'on veut distraire. Je tiens. Je tiens bon.
Nous avons aussi connu la descente des élèves policiers et des policiers sur les campus universitaires. Je ne peux pas accepter cela. J'ai dit seulement qu'en 1992, j'ai été emprisonné par ceux qui nous gouvernaient à l'époque (et qui semblent avoir la mémoire un peu courte), parce que j'ai défendu le point de vue selon lequel notre armée n'avait pas le droit, avec nos uniformes et nos armes, de descendre sur le campus et de s'attaquer à des citoyens paisibles. Je le disais hier, je le dis encore aujourd'hui. Hier, j'ai fait la prison pour défendre la liberté des gens, aujourd'hui, le temps est venu pour que je punisse ceux qui se sont livrés à de tels actes de barbarie. Là aussi, je suis à la barre. Hier, le rapport administratif m'a été déposé. J'attends que le gouvernement soit formé pour que les sanctions soient prises, et elles le seront.
Aujourd'hui même, il y a quelques heures, le Premier ministre m'a appelé pour me dire que nous aurons bientôt un gouvernement et qu'il travaille d'arrache-pied, et que ce week-end, nous aurons un gouvernement. Je lui ai souhaité bon vent. Et je le dit sincèrement parce que je pense qu'il n'est pas bon qu'un pays reste longtemps sans gouvernement actif. Je suis prêt à le recevoir, à examiner la liste de ceux qu'il me propose et à signer un décret pour éloigner le fait du vide. Là aussi, nous travaillons.
Chers amis, voici les événements qui sont venus s'ajouter à ce que nous connaissons depuis le 19 septembre 2002. S'agissant de cela, vous m'offrez l'occasion de faire quelques commentaires. Le processus dans lequel on nous a engagés depuis Marcoussis et Kléber a échoué. Ce processus, s'il n'avait pas échoué, on l'aurait su. Cela fait quatre ans que nous sommes dans ce processus et nous n'arrivons pas à la paix. Cela veut dire que ce processus a échoué. Pourquoi a-t-il échoué ? Il a échoué parce que ceux qui l'ont initié ont commis un certain nombre d'erreurs, de fautes, qu'il nous faut indiquer clairement.
Premièrement, ce processus a consisté à légitimer la rébellion contre l'avis des textes de l'Union africaine et de l'ONU. Une rébellion, on ne la légitime pas. Et ceux qui l'ont légitimée portent une responsabilité dans le fait que nous ne sommes pas encore sortis de la crise. Mais nous sortirons de la crise. D'un donc, ils ont légitimé les rebelles. De deux, ils ont suspendu la venue de la paix au bon vouloir des rebelles : il faut que le désarmement se fasse de façon volontaire. Il faut donc faire tous les caprices des rebelles. Et depuis 2002, nous ne faisons que les caprices des rebelles. Pourquoi voulez-vous qu'un enfant capricieux arrête de faire ses caprices s'il a la promesse qu'on continuera de faire ses caprices ? Je n'ai jamais vu ça dans l'éducation, en tant que père et en tant qu'enseignant, en tant que sous-officier jadis. Je n'ai jamais vu ça (Ndlr : applaudissements). Si les officiers et les sous-officiers veulent laisser la force de l'armée aux caprices des soldats, il n'y aura pas d'armée. Il y a des règles. Et les règles sont ici la Constitution et les lois. Mais on nous a engagés dans les caprices. Premier groupe de caprices, l'accord même de Marcoussis. Cet accord n'aurait jamais été signé dans aucune capitale africaine. Mais pour le signer, on a délocalisé les négociations et on a invité le Chef de l'Etat. J'ai voulu montrer ma bonne foi à la communauté internationale, c'est là mon erreur. J'ai donc accepté cet accord, c'est là mon erreur. Et j'ai commencé à l'appliquer et je l'ai appliqué intégralement, c'est là mon erreur. Pour vous montrer comment nous l'avons appliqué, la rébellion a demandé des modifications de lois. Nous avons demandé, par la suite, à Accra, puis à Pretoria, une seule chose : le désarmement. L'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire a fait douze réformes, c'est-à-dire a modifié douze lois, sur demande de la rébellion.
Ensuite, on m'a dit qu'il y a des lois modifiées qui n'étaient pas conformes, dans l'esprit et dans la lettre, aux souhaits de l'accord de Marcoussis, c'est-à-dire aux souhaits de la rébellion. Et on m'a demandé de rectifier. J'ai pris sept décisions de rectification des lois déjà votées par l'Assemblée nationale. Ensuite, on m'a dit qu'il y a encore, dans les lois rectifiées, trois qui ne sont pas bien rectifiées. J'ai pris décisions de rectification des lois rectifiées.
En outre, on m'a dit encore comme les rebelles ne sont pas sur le point de désarmer, et qu'on ne pourra faire le référendum pour modifier l'article 35, il fallait que je prenne une décision avec l'article 48 pour modifier les conditions d'éligibilité pour que certaines personnes soient éligibles. J'ai pris cette décision. En tout donc, nous avons opéré douze plus sept, plus trois, plus un, cela fait 23 changements dans notre corpus législatif. Nous avons opéré 23 changements, c'est-à-dire 23 arrangements. Mais nous n'avons pas vu venir le désarmement qui était notre seule revendication à vous et à moi. C'est pourquoi je dis que ce processus a échoué. Alors aujourd'hui, au lieu d'avouer qu'ils ont échoué, les initiateurs de ce processus veulent faire porter le chapeau à d'autres. Non, cela ne se passera pas ainsi ! Cela ne se passera pas et cela n'arrivera pas. La Côte d'Ivoire est notre pays. Nous, nous sommes ici parce que c'est chez nous (Ndlr : applaudissements) ! Nous ne sommes pas ici parce que nous y sommes affectés en tant que fonctionnaires (Ndlr : applaudissements). Nous ne sommes pas ici pour un jour ou deux pour une réunion ! Nous sommes ici parce que nous sommes nés ici et nous allons être enterrés ici. Voilà la différence entre nous et certaines personnes. Les changements qui interviennent dans la législation en Côte d'Ivoire touchent notre vie. Il y a quelques personnes qui disent : "GBAGBO est têtu". Je ne suis pas têtu. Mais je suis Président de la République de mon pays. Et je sais que tout dérapage de ma part entraînera des dangers pour des millions de personnes.
Donc tant qu'il faut faire des transgressions pour que la paix advienne, je l'ai fait. Mais je vous l'ai dit, j'ai déjà fait 23 arrangements. Qui dit mieux en Côte d'Ivoire ? J'ai déjà accepté 23 arrangements. J'ai même pris le contre-pied de ce que l'Assemblée nationale a fait. Je le faisais parce que je sais que ceux qui étaient en face ne cherchaient pas des modifications de lois. Aujourd'hui, le jeu est clair.
Le GTI vient, il fait des communiqués que personne ne lui demande, et puis il s'en va. Mais lui, il s'en va, nous, on est ici (Ndlr : applaudissements). Et quand je ne réponds pas, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas matière à répondre ! Mais c'est parce que dans la fonction que j'occupe, je suis obligé d'épargner des vies en gardant le silence quelquefois. Les processus engagé depuis Marcoussis a échoué. C'est parce qu'il a échoué que j'ai engagé l'opération César (qu'on a appelée l'opération Dignité). Dès novembre 2004, je me suis rendu compte que si on ne sortait pas de ce processus-là pour aller dans un autre, on aurait jamais les élections en octobre 2005. Cette opération n'est pas allée jusqu'à son terme, mais je ne veux pas entrer dans des problèmes de droit. Mais nous sommes là et vous voyez bien que nous sommes en 2006, en septembre, et ils n'ont toujours pas désarmé. Or il faut qu'ils désarment parce qu'il faut qu'on aille aux élections. Comme ce processus a échoué, j'ai écrit au président de l'Union africaine et au médiateur de l'Union africaine pour leur demander de convoquer d'urgence une réunion du Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine. Je suis en train d'écrire des propositions pour un nouveau processus que je vais leur faire. Il nous faut sortir du processus qui a échoué pour entrer dans un processus porteur d'espoir. J'ai donc demandé à l'Union africaine de réunir le Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine et là, je ferai des propositions pour un autre processus. Chaque fois que nous avons avancé, c'est parce que les Africains eux-mêmes se sont occupés de l'Afrique.
Tous les progrès que nous avons réalisés en 2005, c'est à Pretoria que nous les avons réalisés, c'est à Abidjan, c'est à Yamoussoukro. Il faut que l'Afrique s'approprie la paix en Afrique. Il faut que l'Afrique s'approprie la paix en Côte d'Ivoire. Le GTI est venu et a parlé. Je ne vais pas lui répondre sur tous les points, mais je n'irai pas à New York (Ndlr. Applaudissements). Je n'irai pas à New York et, contrairement à ce que j'avais pensé il y a quelques temps, je n'y enverrai aucune délégation (Ndlr. Applaudissements).
Je n'irai pas à New-York, pour protester contre la manière cavalière, impolie, dont le GTI traite les affaires en Côte d'Ivoire, mon pays. Je n'irai pas à New-York, pour montrer aux gens que la Côte d'Ivoire est une terre des hommes. Nous allons tout faire pour maintenir notre pays debout.
Les Institutions de cette République sont debout. Mais je constate que eux, ils s'attaquent aux Institutions démocratiques. Après s'être attaqués à l'Assemblée nationale, ils veulent s'en prendre maintenant au Président de la République, puis à la Constitution ; c'est-à-dire que tout ce qui est élu les énerve. Et moi, eux, ils m'énervent (Ndlr. Applaudissements). C'est pourquoi je n'ai pas parlé vite, parce que quand on veut parler clair, il faut prendre le temps de penser clair. C'est pour quoi je n'irai pas à New-York, parce que je ne veux pas, par ma présence, ou par la présence d'une délégation présidentielle de Côte d'Ivoire, cautionner la mascarade que le GTI est en train de faite ici. Il s'avère maintenant que ce GTI-là est incapable de nous aider à désarmer les rebelles et à aller aux élections. C'est ça qui est évident aujourd'hui. Il s'avère maintenant que le GTI est incapable de s'aligner sur l'acte constitutif de l'Union africaine qui condamne et rejette les changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Mais si ces gens se trompent, c'est parce que leurs analyses de base sont fausses. Je l'ai toujours dit, ils se trompent d'analyse quand ils croient que la crise que nous vivons est une crise identitaire. Cela fait longtemps, quatre ans, que je leur dit que c'est faux. Mais il y a des médecins ici. Quand tu poses un mauvais diagnostic, tu ne peux pas guérir le malade. Le malade a un appendicite et toi, tu diagnostiques un paludisme. Mais pendant que tu soignes son paludisme, tu peux le faire pendant cinq ans, dix ans, mais lui, il va mourir.
Parce que l'appendicite va finir par être aigu et lui il va mourir. Ils diagnostiquent un problème identitaire alors que c'est un coup d'Etat, pour des gens qui voulaient s'emparer du pouvoir, un point, un trait. Ce coup d'Etat n'a pas commencé en 2002. Vous qui n'êtes pas nés avec l'arrivée de GBAGBO au pouvoir, et dont certains sont peut-être plus âgés que moi, vous vous souvenez, mais en tout cas l'armée est votre instrument de travail, donc vous connaissez son histoire. Déjà en 1990, l'armée s'était belliqueux. Elle était dans la rue, elle avait pris la télévision, la radio, la tour de contrôle de l'aéroport. Il lui a manqué une tête qui voulait le pouvoir. Il lui a manqué une tête pour prendre le pouvoir. Elle n'a donc pas pu prendre le pouvoir. Ses chefs sont restés (et c'est tout à leur honneur), fidèles et loyaux au Président Félix Houphouët-Boigny : les généraux Ori Félix, Houphouët Kouassi, qui étaient les chefs de l'armée, sont restés fidèles au Président Houphouët. Ils n'ont pas suivi les jeunes soldats qui avaient pris les rues. C'était la première alerte.
En 1999, il faudra aux historiens du temps pour démêler les chevaux. On ne sait plus qui a commencé, qui a fait quoi. Mais la même situation s'est présentée où les soldats étaient partout. Mais là, il s'est trouvé quelqu'un pour dire : "Je prends le pouvoir". Il s'est trouvé quelqu'un ou un groupe de gens pour dire : "Nous prenons le pouvoir".
Les loyalistes ont été arrêtés, emprisonnés, bastonnés. Et je les connais, et je connais ceux qui les ont frappés. Mais un chef doit avoir un ventre profond pour que son pays progresse. C'est pourquoi on est toujours assis côte à côte. Mais ceux qui ont revendiqué la tutelle du coup d'Etat se sont fait connaître aussitôt par des écrits et des propos. Le Chef d'Etat est parti. Moi, je ne partirai pas. Je suis ici avec vous. Je suis ici avec mes soldats, je suis ici avec mon peuple. Dans l'histoire de Rome, le Chef d'Etat était effectivement non pas seulement le chef des armées, mais le chef de guerre. Il dormait au milieu de sa troupe. Quelque fois, en discutant avec des amis, je dis qu'il faudrait mettre comme condition, pour être Président de la République, d'avoir fait l'armée (Ndlr. Applaudissements). Je crois que si tous les dirigeants politiques qui parlent aujourd'hui avaient fait l'armée et connaissaient l'armée, ils parleraient différemment (Ndlr. Applaudissements). Ils parleraient différemment, ils seraient un peu plus sages. Mais ils n'ont pas crapaüté (Ndlr. Applaudissements). Certains parmi vous me reconnaissent non pas parce que je suis Chef d'Etat, mais parce que nous avons crapaüté ensemble. Nous avons foulé le sol de nos forêts la nuit, le jour. Nous avons porté des A 52, nous nous sommes fait brûler par des balles à blanc qu'on tirait trop près de nous. Nous nous sommes battus. J'ai enseigné moi-même la discipline et le combat dans notre armée à l'Ecoles des Forces armées. Après avoir été soldat, j'ai été instructeur. Beaucoup parlent parce qu'ils ne savent pas ce que c'est que la vie. Des gens dont la vie est en permanence donnée pour que la République vive. Ils ne savent pas. Il y en a à qui je dis quelquefois qu'un grade n'est pas un bonbon qu'on donne (Ndlr. Applaudissements). Un grade, ce n'est pas un bonbon qu'on donne.
Un grade est la conséquence de la sueur, du sang, de la vie dure. C'est ça un grade. Si j'écoutais certains, on aurait maintenant peut-être 250 généraux. Mais je ne ferai pas ça. Je sais trop la valeur de votre vie.
Je dis donc que le GTI s'attaque à tout ce qui est démocratique, s'attaque à tout ce qui est élu démocratiquement. La Constitution a été votée à plus de 86%, l'Assemblée nationale élue avec des débats contradictoires, le Président de la République élu, voilà les œuvres du GTI. Eh bien, je ne me laisserai pas faire. Je ne me laisserai pas faire. Le premier rôle du Président de la République, c'est de défendre sa Constitution, parce qu'il prête serment sur la Constitution. Je défendrai la Constitution sur laquelle j'ai prêté serment. Je ne me laisserai pas faire. Je ferai des propositions aux Africains pour qu'on emprunte une autre voie. Je dis : "J'ai fait 23 changements, 23 arrangements ; qu'ont fait les autres ?" Ah si, ils ont accepté d'être ministres (Ndlr. Applaudissements). Ils ont accepté d'avoir des véhicules de service ; qu'ont-ils fait ? Rien. Et on ne leur dit rien.
Je ne peux plus accepter ça. Aujourd'hui, je vous le dis, certains parlent. Ils disent : "L'armée de Gbagbo". Mais moi, puis-je vous mettre au monde ? D'abord, le nombre que vous êtes, dix-huit mille. Je ne peux pas mettre dix mille enfants au monde, même si on dit…(rires). Non, cessons de plaisanter. Cette armée-là, je l'ai trouvée là. Cette armée-là a vu les errements de 1990. Elle a vu les errements de 1999, elle a décidé de rester loyale, derrière la loi. Comment se fait-il que les hommes politiques ivoiriens ne peuvent pas suivre la loi ? Comment ? C'est eux qui demandent toujours des arrangements. Mais j'ai déjà fait 23 arrangements, je n'ai vu aucun résultat. Ils ont demandé les audiences foraines (ce n'est pas moi qui ai demandé les audiences foraines). Je leur rappelle les règles pour faire les audiences foraines. Ils disent : "Ah non, il faut qu'on fasse des arrangements". Je ne ferai plus aucun arrangement. Les arrangements sont terminés. Les négociations sont terminées.
D'ailleurs, quand Kofi Annan est venu à Yamoussoukro, je lui ai dit que les négociations étaient terminées. Il m'a donné raison, nous avons écrit et consigné. Cela est écrit et consigné. Maintenant, allons aux audiences foraines. "Non Président, quand vous faites ça…" Mais moi, je ne fais rien. "Quand vous dites ça…" Mais moi, je ne dis rien. C'est la loi qui dit. Il y a une loi sur les audiences foraines. Ce n'est pas moi qui ai été l'auteur de cette loi. Je l'ai trouvée là, je l'applique. Il y a une loi sur les certificats de nationalité. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite. Je l'ai trouvée là, je l'applique. Un homme politique qui est incapable de suivre une loi, ce n'est pas un homme politique. C'est un marchand de gombo au marché. Quand il voit que tu es bien habillé, il dit : "C'est cent francs". Quand il voit que tu n'es pas bien habillé, il dit : "C'est dix francs". Les prix sont variables selon la tenue du client qui arrive. Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas comme ça, la loi est la loi. Les Latins disent : "Dura lés ced lés". Des gens sont venus le 19 septembre 2002, faire un coup d'Etat, pour s'emparer du pouvoir. Ils ont tué. Guéi est mort. Boga est mort. Dagou Loula est mort. On n'a même pas fini de faire les enquêtes, ils disent : "Non non non. Faites une amnistie pour qu'on ne cherche pas". On veut chercher, ils disent : "Non, c'est une amnistie". J'ai fait l'amnistie parce que naïvement, je croyais que, bon… en faisant l'amnistie, c'était fini. Mais on a fait l'amnistie, ils sont devenus encore plus arrogants parce qu'ils étaient amnistiés. Ceux-là, ils sont venus faire un coup d'Etat, ils ont échoué. Ils ont transformé ce coup d'Etat en guerre civile, ils ont échoué. Devant cet échec, le GTI vient maintenant pour dire : "Comme vous avez échoué, écartez-vous. Nous on va gagner pour vous. On va dissoudre la Constitution, on va dissoudre les lois". Eh bien, cela ne se passera pas. J'ai résisté à un coup d'Etat avec des fusils, je résisterai à un coup d'Etat avec des suppressions de la Constitution. Je n'accepterai pas ; parce que ça c'est le coup d'Etat qu'ils veulent continuer. Mais je ne l'accepterai pas.
Maintenant il est évident, Mesdames et Messieurs, que le GTI est manipulé par des gens pour lesquels ce n'est pas la paix pour la Côte d'Ivoire qui est importante. Ce n'est pas leur problème. Ce qui est important pour eux, c'est de faire en sorte que GBAGBO ne soit plus Président. Dites leur que GBAGBO est encore là.
Dites-leur que GBAGBO est arrivé au pouvoir par le vote des Ivoiriens, il n'en partira que par le vote des Ivoiriens. GBAGBO n'est pas venu au pouvoir avec des oucarts d'étrangers venant faire un jour ou deux, un week-end. Il est venu avec le vote de ses compatriotes, il quittera le pouvoir, comme c'est écrit dans la Constitution, avec le vote de ses compatriotes. C'est tout. Celui qui ne peut pas comprendre ça, eh bien qu'il nous laisse tranquilles. Celui qui ne peut le comprendre, qui ne peut pas l'accepter, qu'il nous laisse tranquilles. Mais les temps arrivent et les temps sont proches où il nous faudra prendre des décisions. Mais pour le moment, je demande à l'Union africaine de réunir son Conseil de sécurité et de paix pour que j'y vienne faire des propositions précises de sortie de crise.
Chers amis, voilà ce que j'avais à vous dire et je voudrais vous remercier de votre loyauté pas vis-à-vis de moi, mais vis-à-vis de la République. Je l'incarne pour le moment, demain, d'autres personnes l'incarneront. Vous-mêmes, demain d'autres personnes seront à votre place. Je demande que cette crise soit une grande leçon pour nous tous. Je demande que cette crise soit une grande leçon pour la Côte d'Ivoire. C'est vrai qu'on ne devient pas une grande nation sans passer par les crises. Mais les crises ont leurs bons côtés. Elles nous instruisent, et ici, celui qui n'a pas encore été instruit, c'est que lui ne sera jamais instruit. Nous avons vu tellement de choses, nous avons vu des gens prendre des positions tellement contradictoires, que celui qui n'a pas été instruit ne le sera plus jamais. Vous savez, notre pays est grand. Notre pays peut donner un morceau de pain à chacun de ses fils chaque jour. C'est ça que nous voulons organiser. C'est pourquoi nous faisons la politique. C'est pourquoi aussi d'autres ne veulent pas que nous fassions la politique. Regardez-moi bien. Je suis le seul chef d'Etat africain certainement à n'avoir aucune maison à l'étranger. Je n'ai aucun compte à l'étranger. Et je ne cherche aucun compte à l'étranger, ni aucune maison à l'étranger. Je ne cherche pas la bénédiction des pays étrangers. Je cherche la bénédiction des Ivoiriens. Je cherche la paix des Ivoiriens. Le temps des négociations est fini. Aujourd'hui, c'est le temps du désarmement et des élections. Ceux qui sont en face de nous nous ont démontré qu'ils ne veulent pas désarmer. Il faut que j'en appelle à l'Afrique pour lui dire : "Ceux qui ne veulent pas désarmer sont là, je fais quoi ?"
Chers amis, la paix est à portée de main. La paix est à portée de main mais les gens ne veulent pas d'elle parce que beaucoup de ceux qui sont aujourd'hui des vedettes tomberaient dans l'anonymat s'il y avait la paix. Ils tomberaient dans l'anonymat, ils ne seraient plus connus, ils n'auraient plus rien. Mais ça, ce n'est pas ma faute. Il y a beaucoup à qui on dit à l'étranger : "Oui, tenons bon, nous allons faire ça, faire ça, faire ça et puis on va avoir GBAGBO". Mais ils ne m'auront pas, parce que quand ils parlent pour dire : "On va faire ça, on va faire ça", j'entends. C'est le message que je veux vous faire passer. Mais c'est le message que je veux faire passer au monde entier. Volontairement, je n'irai pas à New York. Pour leur montrer qu'ils ont tellement agi mal que je n'attends plus d'eux la paix. Ce n'est plus d'eux que j'attends la paix. Je leur ai laissé le destin de mon pays pendant quatre ans. Pendant quatre ans, ils ont joué avec mon pays. Je ne peux plus accepter ça. Que c'est un lieu pour venir gagner de l'argent, que c'est un lieu pour venir à la plage. Nous, c'est notre endroit de vie. C'est le petit carré que Dieu nous a donné sur toute la terre. Nous y sommes avec ceux qui veulent être Ivoiriens comme nous. Ce lieu-là, nous n'acceptons pas de l'empoisonner. C'est pourquoi nous allons poursuivre jusqu'au dernier, les responsables des déchets toxiques... Je vous prie de me croire. Dès qu'on m'a annoncé le scandale des déchets toxiques, j'ai pris ma Bible et je me suis mis immédiatement à genoux pour prier. J'ai dit au Seigneur : "Tu m'envoies une épreuve supplémentaire. Mais je te demande une chose : permets-moi d'être juste et d'être sans faiblesse". Dans ce dossier, je serai juste. Je ne permettrai pas que quiconque qui n'est pas coupable ou responsable soit frappé. Je serai juste, mais je serai sans faiblesse. Tous ceux qui sont coupables ou responsables paieront pour la vie des Ivoiriens qu'ils ont tués.
Retournez donc à vos postes. Soyez forts. Vous allez entendre encore beaucoup de provocations, mais celui qui vous cherche, c'est moi qu'il cherche. Pensez à ça et soyez forts. Soyez responsables. Nous avons commencé un combat, qui va prendre fin bientôt.
COTE D'IVOIRE / SITUATION SOCIO-POLITIQUE / ADRESSE DU GENERAL PHILLIPE MANGOU CHEF D'ETAT-MAJOR AU PRESIDENT LAURENT GBAGBO
Vendredi 15 Septembre 2006
Face aux attaques injustes de la communauté internationale, la grande muette a sollicité et obtenu une rencontre avec le chef de l’Etat. Hier, le général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées a crié l’indignation des gardiens de notre souveraineté à leur chef suprême. Voici en intégralité le discours des Forces de défense et de sécurité.
Excellence Monsieur le président de la République,
Je voudrais, avant tout propos, et au nom de l'ensemble des personnels des Forces de défense et de sécurité, vous adresser nos vifs remerciements pour la promptitude avec laquelle vous avez accepté de nous recevoir afin d'échanger sur les derniers développements de l'actualité socio-politique de la Côte d'Ivoire.
Depuis quelques semaines, en effet, notre cher pays, déjà gravement malade de la crise armée qui le secoue depuis septembre 2002, s'est davantage enfoncé dans l'abject et le suicidaire, avec le déversement sur son sol de déchets hautement toxiques.
Près d'une dizaine d'Ivoiriens en sont déjà morts, et plus de vingt trois mille autres souffrent en ce moment dans leur chair.`
(minute de silence)
Les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire, à l'instar de tous les Ivoiriens, paient au prix fort cet acte hautement criminel. Elles voudraient ici, par ma modeste voix, adresser leurs condoléances les plus attristées à la Nation entière, en présentant, par la même occasion, leurs vœux de prompt rétablissement aux malades.
Les Forces de défense et de sécurité voudraient saluer votre sens de la responsabilité, ainsi que celui de Monsieur le Premier ministre depuis le déclenchement de cette tragédie.
C'est le lieu d'exprimer notre profonde gratitude à tous les Etats, associations, collectivités ou individus, amis de la Côte d'Ivoire, qui nous assistent en ces moments particulièrement difficiles.
C'est dans ce paysage et cette atmosphère de profonde tristesse qu'il se trouve malheureusement encore (mais ce n'est pas véritablement une surprise) des individus prompts à exploiter honteusement la détresse de nos populations en s'évertuant à jeter l'opprobre sur certaines personnes physiques ou morales, sur certaines institutions, notamment les Forces armées. Alors que l'occasion était belle pour toutes les filles et tous les fils de ce pays de s'unir et de rechercher ensemble des solutions de sortie de crise.
Les Forces de défense et de sécurité, dans leur quête de paix, se sont scrupuleusement appliquées à respecter les obligations édictées par les différentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Elles ont ainsi bouclé leurs opérations de pré-regroupement depuis le 28 mai 2006 (soit en dix jours) et tiennent prêts leurs états en personnel et en matériel, alors que la rébellion n'a, jusqu'à ce jour, pas achevé son pré-regroupement et qu'elle traîne les pieds pour la remise de ses états aux Forces impartiales. En outre, elle a décidé de façon unilatérale de mettre fin à sa participation au dialogue militaire.
A ce jour, aucune voix ne s'est élevée pour condamner tous ces manquements.
Comment expliquer dès lors sinon par une partialité maladive, une cécité volontaire elle-même découlant d'un désir de nuisance que l'on ne puisse mentionner tous ces efforts ?
Comment expliquer, en effet, sinon par une mauvaise foi manifeste que les Forces de défense et de sécurité aient pu faire l'objet d'une interpellation aussi grotesque, injuste que fallacieuse par le Groupe de travail international en sa séance du 8 septembre 2006 lui-même si peu enclin à réagir lorsque les symboles de l'Etat sont souillés et attaqués ?
Les Forces de défense et de sécurité observent et se réservent le droit de reprendre leurs positions initiales si rien n'est fait sous peu.
D'où vient-il sinon d'un machiavélisme des temps modernes que l'on puisse un seul instant mettre en doute le caractère républicain des Forces de défense et de sécurité qui, depuis septembre 2002, font front contre les déstabilisateurs de tout poil ?
A la vérité et de toute évidence, les Forces de défense et de sécurité ne sont diabolisées que parce qu'elles constituent un obstacle majeur à la réalisation des sombres desseins d'individus prêts à brader leur mère patrie pour se partager des reliques.
Permettons-nous ensemble une petite rétrospective, Excellence Monsieur le président de la République, même si nous ne savons que trop qu'il n'y a pas plus sourd que celui qui refuse d'entendre et plus aveugle que celui qui refuse de voir.
Les institutions militaires et policières de Côte d'Ivoire datent des années soixante.
Les Forces armées nationales, la gendarmerie nationale, la police nationale, l'administration des Douanes et des Eaux et Forêts ne sont donc pas des créations sorties tout droit de l'imagination du président Gbagbo.
Cette armée a servi le président Félix Houphouet-Boigny avec la plus grande loyauté et le plus grand dévouement.
Et nul dans ce pays n'ignore les conditions de l'avènement de la transition militaire de décembre 1999 en même temps que les humiliations, les tortures et autres assassinats subis par ceux qui avaient opéré le noble et digne choix de la République.
Certains parmi eux qui ont pu en échapper sont heureusement encore vivants et portent à jamais les stigmates de cette barbarie. Ceux-là continuent de servir la République - parce qu'ils l'ont dans l'âme, parce que l'amour de leur patrie n'est pas lié à la tribu de celui qui la dirige.
Ils l'ont fait hier pour Houphouet-Boigny et Henri Konan Bédié, ils le font aujourd'hui pour Laurent Gbagbo. Ils sont prêts à le faire demain pour n'importe quel Ivoirien auquel le peuple voudra bien confier sa destinée.
Que tous ceux qui ne vivent que pour et par les coups d'Etat sachent que les militaires-là (et ils sont fort heureusement d'une écrasante majorité) ne prendront jamais les armes contre la République et n'accepteront jamais que la mère patrie soit attaquée.
Pourquoi diantre ceux qui, hier, au pouvoir se sont servis de cette armée s'époumonent-ils à vouloir jeter le discrédit sur cette noble institution ?
Pourquoi diantre cette feinte et soudaine amnésie, fruit d'une véritable ingratitude, voire d'une malhonnêteté coupable vis-à-vis de ceux qui n'ont jamais trahi et qui ne trahiront jamais ?
Excellence Monsieur le président de la République, les Forces de défense et de sécurité demeurent foncièrement républicaines et unies, en dépit de toutes les tentatives entreprises çà et là dans le seul but d'entamer leur cohésion et leur engagement.
Les Forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire, qui ont pris le juste parti de la légalité, sont prêtes, de ce fait, à s'opposer, de toute leur énergie, à l'imposture chaque fois que de besoin.
Aussi tiennent-elles à rassurer l'ensemble de la communauté nationale et internationale sur leur détermination à poursuivre sans relâche le combat pour la justice et la liberté dans la paix, seuls gages d'un développement véritable.
Les Forces de défense et de sécurité tiennent également à signifier qu'elles ne sauraient rester les bras croisés face à tous ceux qui, par des manœuvres aussi sordides que macabres, tenteront soit par des actes, soit par des décisions ou résolutions incongrues de berner le peuple ivoirien qui n'attend pour retrouver la paix que le désarmement, rien que le désarmement.
Les Forces de défense et de sécurité vous prient, enfin, Excellence Monsieur le président de la République, de bien vouloir transmettre leurs encouragements à Monsieur le Premier ministre en lui apportant leur appui dans sa quête de paix.
Comptant sur la sagesse et la mesure de tous les acteurs impliqués dans la résolution de la crise ivoirienne, les Forces de défense et de sécurité restent ouvertes au dialogue et aux propositions constructives susceptibles de nous ramener la paix.
Excellence Monsieur le président de la République, les Forces de défense et de sécurité, pour leur part, voudraient faire bloc autour de vous et vous assurer de leur indéfectible soutien, en témoigne leur présence massive cet après-midi.
C'est en cela qu'elles vous demandent de garder votre légendaire courage face à toutes les adversités d'où qu'elles viennent. Elles vous demandent de continuer à travailler dans la sérénité avec Monsieur le Premier ministre pour doter notre pays d'un nouveau gouvernement afin de permettre la reprise de toutes les activités devant nous conduire à la paix et à la réunification de notre pays.
Que Dieu vous bénisse !
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire !
Je vous remercie
Général Philippe Mangou
Chef d’état-major des FANCI
SENEGAL ESCALE TECHNIQUE DU PRESIDENT BECHIR DU SOUDAN A DAKAR
Vendredi 15 Septembre 2006
Le président Béchir n'a pas manqué de remercier son homologue sénégalais pour l'intérêt particulier qu'il porte au Soudan « mais surtout pour les efforts qu'il ne cesse de déployer pour la résolution du conflit au Darfour ». selon Omar El Béchir, le président sénégalais est connu à l'échelle de l'Afrique par ses efforts visant à trouver des solutions aux problèmes. C'est ainsi qu'il s'est félicité de voir que Me Abdoulaye Wade a joué un rôle très important dans l'accord de paix au Darfour signé à Abuja. « Le Sénégal a aussi contribué dans l'envoi de troupes de l'Union Africaine au Darfour, et dans la normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad », a indiqué le président Béchir.
L'entretien entre les deux chefs d'Etats a permis au Soudanais d'expliquer la position de son pays sur la transition entre les troupes de l'Union africaine et celles des Nations unies. « Certains médias hostiles au Soudan ont fait état d'un renvoi des troupes africaines par le gouvernement soudanais. Notre position est que les forces africaines doivent continuer leurs missions au Darfour et que celles-ci ne soient pas transmises aux troupes des Nations Unies », a souligné Omar El Béchir.
Il ajoute que dans l'accord de paix au Darfour signé à Abuja, il a été clairement mentionné que toute faction qui ne signerait pas serait déclarée contre la paix et devrait par conséquent être sanctionnée. « Nous voyons maintenant l'inverse. Ceux qui viennent de former une nouvelle coalition dénommée Front du salut mènent des combats contre les troupes du gouvernement soudanais et reçoivent de l'assistance militaire en provenance de l'Erythrée et du Tchad. Cette coalition est contre la faction signataire de l'accord d'Abuja et reçoit la visite de certains Occidentaux. Ce qui veut dire qu'il y a certains milieux qui encouragent cette coalition anti-paix au Soudan, d'autant que le chef de cette faction se trouve en France et rencontre des responsables partout en Europe », déplore le président Béchir.
S'exprimant sur l'intervention des Nations Unies au Soudan, le président Abdoulaye Wade qui a salué l'excellence des relations entre son hôte et lui, a expliqué que l'intervention des Nations Unies est une décision prise par l'ensemble des pays africains y compris le Sénégal après appréciation de la situation et des informations fournies par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. « La position de l'Afrique a été que nous n'avons pas les moyens, ni en troupes, ni en finances, de régler le problème du Darfour. Il fallait donc faire appel au Conseil de sécurité. À côté des présidents Obasanjo et Mbecki, je fais partie de ceux qui ont pris cette décision », a déclaré Maître Abdoulaye Wade.
Conseil de sécurité
Il a toutefois indiqué qu'il bénéficie d'une proximité avec le Soudan qui lui a permis d'apprécier l'évolution de la situation. « En prenant cette décision, nous avions pensé que le Soudan accepterait et qu'il fallait simp